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Le FFS alerte sur les risques de statu quo

Publié le 14/02/2016, par dans Non classé.

Le Front des forces socialistes (FFS) et après son rejet du projet de révision de la Constitution et son boycott de la séance d’adoption de ce dernier, a tenu vendredi une session ordinaire de son conseil national.
La résolution sanctionnant les travaux de cette réunion est revenue dans le volet politique sur la Loi fondamentale en notant que « cette énième révision n’est qu’une continuité du feuilleton de la violence constitutionnelle exercée contre le peuple algérien depuis 1963».

Le conseil national du FFS rappelle dans son texte que « tout projet constitutionnel ne reflétant pas le plus large consensus possible est inéluctablement voué à l’échec et ne permettra nullement de répondre à la crise multidimensionnelle que vit notre pays». Il estime que « seul un processus constituant permettra au peuple algérien de recouvrer sa souveraineté dans un cadre consensuel et pacifique pour l’avènement d’une deuxième République». Analysant par ailleurs la situation économique du pays, le conseil national du FFS a tenu à exprimer « sa profonde inquiétude quant à la dégradation de la situation économique et sociale».

Alors que le pouvoir persiste dans sa gestion unilatérale et autoritaire, souligne le conseil, la précarité, alerte-t-il, « s’installe durablement et menace la cohésion sociale du pays». Le FFS tient de ce fait à réaffirmer « son rejet des politiques d’austérité qui frappent en premier les couches les plus défavorisées de la société». Et d’ajouter qu’il « demeure convaincu que la construction d’un consensus national est la seule solution en mesure de sortir le pays du statut quo».

Réagissant à la situation qui prévaut dans le monde, le plus vieux parti de l’opposition déplore « la poursuite des politiques de guerre qui, loin de lutter efficacement contre le terrorisme, aboutissent à la destruction des Etats et à des situations humanitaires catastrophiques». Et d’assurer de son « attachement aux solutions politiques comme seule voie de réglementer des conflits, et au respect de l’intégrité et de l’unité des pays». Le FFS s’inquiète d’ailleurs des « conséquences graves pour toute la région que pourrait engendrer une intervention militaire en Libye», et déplore l’impuissance des pays maghrébins face à cette situation. « Le FFS est convaincu que seule la construction démocratique d’un Grand Maghreb est à même d’apporter à la région et à nos concitoyens la paix, la stabilité et le développement.»

A noter que la réunion du conseil national du FFS s’est tenue quelques jours après la commémoration du 40e jour de la disparition de son président Hocine Aït Ahmed. La résolution du FFS est revenue sur « la formidable mobilisation populaire et nationale lors de ses funérailles». Une traduction, note le FFS, de « l’attachement des Algériennes et des Algériens aux valeurs qu’il a toujours défendues : l’unité nationale, la démocratie, la justice sociale et les droits de l’homme».

Se disant conscient de ses responsabilités, le FFS « assure le peuple algérien qu’il poursuivra sans relâche son combat pour préserver et faire aboutir ses idéaux». Lire la suite

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Label et la bête

Publié le 14/02/2016, par dans Non classé.

Dieu nous a donné de la steppe, du soleil et d’excellentes races de moutons. Avec un peu plus d’organisation, on pourrait en faire une source permanente de devises», dit Belkacem Mezrou, secrétaire général de la Fédération nationale des éleveurs (FNE) et éleveur lui-même à Ouled Djellal, le pays du mouton.
A l’heure où le pétrole commence à tirer sa révérence, il est peut-être temps de se tourner vers des ressources naturelles renouvelables et génératrices de richesse et de développement durable.

Le mouton de Ouled Djellal, véritable patrimoine sur pattes, en est une.
L’origine de ce produit du terroir authentiquement algérien est aussi confuse que l’histoire non encore écrite de ce pays. Trois thèses se disputent l’origine de ce bel ovin à la belle prestance. Les tenants de la première hypothèse pensent que cette race est née chez les Amazighs qui l’ont domestiquée puis améliorée par sélections au fil des siècles.

Les seconds soutiennent qu’elle a débarqué avec les légions romaines tandis que la troisième voie, et c’est la plus courante, affirme qu’elle est arrivée lors des invasions des tribus des Banu Hilal qui ont déferlé sur l’Afrique du Nord, il y a un millénaire. Toujours est-il que ce mouton au gabarit impressionnant et qui fournit une viande d’excellente qualité est typiquement algérien, puisqu’il n’existe pas ailleurs et que son biotope se limite aux steppes dont l’altitude se situe entre 250 et 600 m. « Au-delà, il ne s’acclimate guère», affirme Belkacem Mezrou.

Les Français qui ont été les premiers à s’y intéresser ont pris soin de décrire ses caractéristiques physiques, aujourd’hui dûment répertoriées et reconnues. Les Algériens, pour leur part, par le biais du ministère de l’Agriculture, ont récemment procédé à l’analyse de son ADN afin de protéger ce label qui intéresse aussi grandement nos voisins immédiats. D’autant plus que les contrebandiers, qui bradent les produits locaux pour une poignée de dirhams ou dinars tunisiens vers nos voisins de l’est et de l’ouest, ont réussi à faire expatrier des troupeaux entiers.

Un pays de steppes et de moutons

Ce que l’on connaît du mouton blanc d’Ouled Djellal est qu’il a une espérance de vie qui oscille entre 11 et 14 ans. Sa toison fournit très peu de laine, il aime le soleil, supporte la chaleur, le froid et les grandes marches à travers la steppe pour se repaître d’armoise, de remth et autres plantes caractéristiques de ces altitudes.

Au cours de sa vie, une brebis peut donner à son maître jusqu’à 20 agneaux. Sa croissance est très rapide et un agneau peut prendre jusqu’à 200 g par jour, dit-on. Adulte, il peut peser jusqu’à 40 kg. Il représente aujourd’hui un peu plus de 60% du cheptel national constitué de 5 ou 6 races ovines principales comme le Telagh El Hamra, le Rembi, le Taâdmit, issu d’un croisement entre une femelle Ouled Djellal et un mérinos d’Arles en 1932, la race barbe et la sidahou du Sud. A bien regarder la carte de l’Algérie, on se rend compte que le pays, en dehors d’une mince bande côtière, n’est qu’un vaste territoire partagé entre steppes et désert.

En grand connaisseur du sujet, Belkacem Mezrou soutient que l’Algérie possède 9 wilayas steppiques et 18 autres semi-steppiques. De quoi permettre aux 30 millions de moutons que compte le cheptel national de gambader en toute liberté à travers les 40 millions d’hectares de cette contrée dédiée à l’agropastoralisme.

Le secrétaire général de la FNE soutient que l’Algérie a atteint l’autosuffisance en matière de viande ovine depuis deux ou trois ans. Plus besoin d’importer le mouton néo-zélandais ou australien quand le nôtre les dépasse largement en qualité et en saveur. Maintenant, il s’agit plutôt d’inverser cette tendance : en mettant en place des mécanismes de soutien aux éleveurs et à leurs produits, on peut envisager d’exporter cette excellente race qu’est le Ouled Djellal, d’ici deux à trois ans. Trois complexes-abattoirs répondant aux dernières normes internationales en matière de technologie et d’hygiène ont d’ores et déjà été réalisés dans les zones agropastorales : Aïn M’lila, Hassi Bahbah et Bouktob à El Bayadh.

En outre, d’une capacité de 2000 têtes d’ovins/jour et 600 bovins/jour, l’abattoir de Hassi Bahbah, qui va très bientôt ouvrir ses portes, devra satisfaire les demandes des grands groupes comme Sonatrach, l’ANP ou les COUS des universités. Pour ces abattoirs, la FNE réclame un droit de regard, voire une participation à leur capital et gestion afin de barrer la route aux intermédiaires de tous poils qui phagocytent cette filière.

Ces intermédiaires sont accusés d’être derrière la cherté de la viande rouge, notamment ovine. Pour les éleveurs, il existe toute une faune parasitaire d’intermédiaires entre le producteur direct et le consommateur qui font flamber les prix. Selon Belkacem Mezrou, les moutons sont d’abord achetés au marché d’Ouled Djellal ou directement chez les éleveurs par des intermédiaires originaires de Médéa et M’sila, pour les revendre à Alger ou dans les marchés à bestiaux des grandes villes où d’autres intermédiaires les rachètent pour les revendre aux abattoirs et aux bouchers professionnels.

Avec une moyenne de 3 à 4 intermédiaires qui prennent à chaque fois des marges de 2000 à 3000 DA, cela fait au final un supplément de 300 DA sur le kilo de viande. Au lieu de se vendre à 800 ou 900 DA le kilo, le mouton est proposé entre 1200 à 1300 DA chez le boucher. Au cas où la filière de la viande ovine serait restructurée et son marché régulé, le prix du kilo pourrait devenir plus abordable.

En voie d’être labellisé

Bien avant d’atterrir dans l’assiette du consommateur, on doit recevoir l’alimentation adéquate comme complément de ce que le mouton broute sur les parcours steppiques. Orge, paille, luzerne, maïs, vesce, le bétail dispose d’une large variété d’aliments pour son engraissement. C’est pour cela que la filière de l’élevage est directement liée à celle de la céréaliculture.

Dans sa ferme sise à Melili, une vaste zone steppique à l’ouest de Biskra, où Belkacem Mezrou nous conduit, ce principe de lier ces deux filières est déjà mis en application, en ce sens que notre homme a entrepris depuis quelque temps de Lire la suite

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El Ouahrania, la pionnière La dame de terre et de fer

Publié le 14/02/2016, par dans Non classé.

Rien ne prédestinait Boudia Houria, dite Sabrina, une Oranaise pur sucre, à devenir un jour une solide paysanne aux mains calleuses qui se lève au chant du coq pour élever chèvres et moutons et cultiver dattes et tomates.
Jeune fille dans la vingtaine, elle avait quitté le cocon familial au début des années 1980 et avait pris la destination de Biskra avec, dans ses bagages, un projet de hammam. Et plutôt que d’investir son argent dans les eaux ferrugineuses qui font la réputation du pays, elle achète pour 26 millions de centimes 16 hectares de terre inculte qu’elle se met aussitôt à défoncer au bulldozer.

Pourtant, elle ne connaissait absolument rien à l’agriculture, elle n’avait même jamais vu une vache ou une chèvre de près et les seuls poulets qu’elle connaissait venaient de la boucherie de son quartier. Sur le domaine, il y a un forage à l’arrêt qu’elle remet aussitôt en marche. Dans la foulée, elle plante 400 palmiers, cultive des fèves et sème de l’orge et du blé à pleines poignées. La machine est lancée.
Voir une femme concurrencer les hommes dans un domaine qui a toujours été leur chasse gardée n’était pas commun à cette époque où très peu d’hommes étaient venus défricher à Biskra.

Aujourd’hui, 30 ans après le début de son aventure, El Ouahrania, comme on l’appelle ici, garde la même pêche et la même énergie. Elle possède 600 palmiers, 100 oliviers, une trentaine de chèvres et de moutons, quelques serres pour les légumes et le reste des terres est consacré à la céréaliculture. Elle se lève chaque jour aux aurores et, jusqu’à la nuit tombée, elle se consacre aux nombreuses tâches de sa ferme avec son fils aîné.

Même en été, lorsque sa famille fuit la fournaise du Sud pour l’air clément du bord de la mer, Sabrina est fidèle au poste, comme un capitaine qui ne doit jamais quitter son navire. Son seul problème, comme tous les agriculteurs que nous avons rencontrés à Biskra, est le manque de main-d’œuvre. « Il n’y a pas de chômage à Biskra. Grâce au CNAC et à l’Ansej, tout le monde est devenu patron…», dit-elle avec une amertume. Sur ce plan-là, Sabrina en a gros sur le cœur.  » Il y a beaucoup de ‘ben-âamisme’, du piston et de la corruption dans ce domaine. Il y a des gens qui n’ont jamais fait d’agriculture et qui ont pris des milliards. Il n’y a pas de contrôle de l’Etat.

Des jeunes ont pris des serres et des crédits pour s’acheter des voitures et se pavaner avec», dit avec ce franc parler qui la caractérise cette femme de poigne.

Et si c’était à refaire ? Sans hésiter, notre paysanne répond : « Je recommencerais car je travaille par passion et non pour l’argent. Des gens sont venus ici les mains vides et ont réussi. Aujourd’hui, ils sont patrons et possèdent des dizaines de serres.» « Il n’y a que le travail qui paie», dit-elle en conclusion. Lire la suite

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De l’intérêt national et des intérêts particuliers

Publié le 14/02/2016, par dans Non classé.

L’activité est toujours considérée comme illicite. Mais la contrebande, pourtant tolérée, coûte des sommes astronomiques à la collectivité nationale.
Non seulement elle provoque l’hémorragie de l’économie nationale, mais en plus elle déverse sur le pays des milliers de tonnes de drogues, tous types confondus, et constitue pour certains pays, notamment le Maroc, une vraie arme qu’ils utilisent contre l’Algérie.

Les chiffres donnés récemment par le ministre de l’Intérieur donnent une idée sur l’ampleur de cette pratique sur l’économie nationale. En déplacement à Tlemcen au début de l’année, Noureddine Bedoui a indiqué que la contrebande coûte annuellement au pays 3 milliards de dollars. De quoi acheter du lait et des céréales que le pays ne produit pas. Cela représente une économie de 30 milliards de dollars sur 10 ans. Enorme.

Plus grave, l’ancien ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, avait affirmé que 25% des carburants commercialisés dans le pays alimentaient la contrebande. Cela concerne notamment la frontière avec le Maroc, mais également celle de l’Est du pays, puisque le marché tunisien s’approvisionne également en carburant algérien.

Dans le lot des produits illégalement exportés, on trouve également des pâtes alimentaires, de l’huile, du sucre et d’autres produits subventionnés par l’Etat. Des journalistes, de retour de Oudjda, dans l’ouest du royaume chérifien, racontent que les produits algériens occupent une place de choix dans les échoppes de la ville. En contrepartie de ces « exportations», des Algériens, aidés par des ressortissants marocains notamment, ramènent avec eux d’énormes quantités de drogues.

Ainsi, à titre d’exemple, un total de 109 244,628 kg de résine de cannabis ont été saisis durant les onze premiers mois de 2015, dont 60,35% au niveau de la région ouest du pays, avait affirmé la police nationale dans un bilan qui concerne les premiers mois de l’année écoulée. Et les quantités deviennent de plus en plus énormes.

Chaque jour, des communiqués de l’armée ou de la gendarmerie indiquent que d’énormes quantités de drogue sont saisies dans différentes régions du pays. Des tonnes de drogues qui proviennent principalement du Maroc. Il est évident que toutes ces activités génèrent des milliers d’emplois et que des milliers de familles vivent, directement ou indirectement, de ces activités.

Chose qui a été vérifiée lorsque l’ancien wali de Tlemcen avait décidé de plafonner les quantités d’approvisionnement de carburant à 500 DA. La mesure avait poussé des dizaines de propriétaires de véhicules (hallaba) à cesser leur activité et se reconvertir dans d’autres activités.

Ce nouveau serrage de vis que constitue le creusement de tranchées tout au long de la frontière algéro-marocaine va priver des centaines de contrebandiers de leur gagne-pain. Mais cela va permettre également au pays de faire d’énormes économies. Lire la suite

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De la tradition à la modernité

Publié le 14/02/2016, par dans Non classé.

Dans cette famille originaire de Aïn Naga, on est dans l’agriculture vivrière traditionnelle et l’élevage des moutons depuis des générations.
« On cultivait des fèves, des petits pois et on faisait un peu de blé et un peu d’élevage», raconte Salah Hriz, 47 ans, paysan de père en fils. Oui, mais cela c’était avant l’arrivée des serres et des forages par sondes. Il faut quitter la route principale et suivre une longue piste poussiéreuse et cahoteuse pour arriver sur les vastes terres hérissées de grandes serres que Salah exploite du côté de Mansouria, dans la commune de Aïn Naga, à l’est de Biskra, en allant vers Zribet El Oued.

Salah est l’exemple type de la transition réussie qui s’est opérée dans les steppes du Sud d’une agriculture de subsistance à une agriculture d’investissement.

C’est après avoir raté son bac à la fin de l’année 1987 que Salah met un trait définitif sur ses études et se tourne vers le travail de la terre. « J’ai commencé par louer trois petites serres en 1987 et quand j’ai vu que cela marchait plutôt bien, j’ai décidé de me lancer dans la culture de la tomate», explique-t-il. Il finira par exploiter plus de 120 grandes serres pour produire pommes de terre, poivrons, carottes, courgettes, fèves, petits pois et autres légumes. Aujourd’hui, Salah a opté pour la serre chapelle. Comme son nom l’indique, c’est une très grande serre d’un hectare, ou un peu plus, qui coûte 500 à 800 millions de centimes.

Deux sont dédiées à la tomate, les deux autres au cantaloup.
Salah se rappelle que c’est à partir de 2004 que le secteur a vraiment pris son essor lorsque les aides que l’Etat injectait massivement dans le secteur ont commencé à donner des résultats concrets. « Avec les dispositifs CNAC et Ansej, tout le monde est devenu patron. Nous faisons face à un manque de main-d’œuvre très grave qui commence à entraver nos activités», fulmine Salah.

Ce n’est pas tout, le plus grand problème rencontré par notre agriculteur est la commercialisation des produits maraîchers qui sortent chaque jour des serres. « L’Etat doit intervenir pour réguler le marché», dit Salah. « Les autorités viennent nous voir uniquement quand elles veulent montrer des exemples de fellahs qui ont réussi. Nos pistes sont impraticables, le mazout a augmenté, l’électricité n’est pas toujours disponible, les semences sont rares et chères, il n’y a plus de main-d’œuvre et je vous informe que l’année prochaine, il n’y aura pas de pommes de terre», se plaint Salah.

Il a également planté plus de 500 oliviers, mais maintenant qu’ils arrivent à maturité, il faut une main- d’œuvre expérimentée pour récolter, tailler, greffer, sans compter la trituration des fruits, le conditionnement de l’huile et sa commercialisation. Avec l’introduction des grandes serres couvrant un hectare, c’est toute une petite industrie qui s’est installée dans la région pour fournir le système du goutte-à-goutte et de tous les intrants et composants des serres. Leur installation est la spécialité des Marocains, mais il est clair qu’il y a là un nouveau créneau à exploiter. Lire la suite

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Biskra, le jardin potager de l’Algérie

Publié le 14/02/2016, par dans Non classé.

Premier fournisseur national de produits agricoles, la région de Biskra est devenue, en une décennie, le jardin potager du pays.
Cette vocation est en train de se renforcer avec l’arrivée d’investisseurs privés dans le domaine, mais la désorganisation du secteur et l’inexistence sur place d’une véritable industrie de conditionnement et de transformation gâchent le tableau.

Un alignement de serres à perte de vue. Seules les quelques palmeraies qui émergent ici et là, comme des îlots de verdure au milieu de cette mer de plastique qui brille au soleil, rappellent que nous ne sommes pas au sud de l’Andalousie ni même au Maroc, mais bel et bien en Algérie. Plus précisément à Biskra, dont les immenses plaines steppiques sont devenues le garde-manger d’un pays qui réapprend tout doucement à produire ce que ses propres citoyens consomment.

Il faut se rendre à l’évidence que celle que l’on surnommait la reine des Zibans, la perle du désert ou encore la porte du Sahara est devenue en une décennie le jardin potager qui fournit la plupart des légumes qui garnissent l’assiette de l’Algérien. « Biskra est devenue le premier producteur national de produits agricoles.

Elle contribue pour 6,74% sur le plan national», souligne fièrement Messaoud Guemari, président de la Chambre de l’agriculture de la wilaya, en guise d’entrée en matière.
Cette réputation de pôle national de production repose sur trois produits-clés : la datte Deglet Nour de Tolga, le mouton de Ouled Djellal et les produits maraîchers.

Si les deux premiers produits sont connus depuis toujours, nous allons nous intéresser au troisième. « Petits pois, carottes, fèves, courgettes, tomates, concombre, aubergines, ail, oignons, laitue… 38 wilayas s’approvisionnent à Biskra en produits maraîchers divers», dit-il encore.

Une nouvelle vocation

Pourtant, au début de cette nouvelle aventure agricole, personne n’était prêt à miser le moindre dinar pour produire des tomates ou des courgettes dans une région dont la vocation agropastorale était essentiellement axée sur la datte et le mouton. Le tourisme saharien, qui avait fait les beaux jours de Biskra n’étant plus qu’un lointain souvenir sur une carte postale jaunie depuis que la ville a perdu son âme et que l’Algérie a remisé au placard sa vocation touristique, il fallait impérativement s’inventer d’autres avenirs ou, à défaut, se remplir le ventre.

Comment donc Biskra, qui n’était pas spécialement connue pour ses produits maraîchers, est devenue le potager national que l’on connaît aujourd’hui ? C’est en 1982 que les services de l’agriculture de la wilaya distribuent gracieusement 22 serres en plastique à des fellahs qui ne connaissent rien à cette nouvelle technique et qui acceptent avec circonspection de l’expérimenter.

On installe les serres, on adapte les techniques d’irrigation et on plante quelques variétés de légumes à titre expérimental. Les récoltes dépassent les espérances des responsables comme des fellahs. Le reste est facile à deviner : le bouche à oreille crée un effet boule de neige dans le désert… Une nouvelle vocation est née. Les 22 serres de 1982 se sont multipliées et sont, aujourd’hui, au nombre de 130 000 couvrant plus de 5000 hectares.

Ce n’est pas tout. Il fallait un autre coup de pouce des autorités compétentes. Une année après l’introduction des premières serres à Biskra, une loi gouvernementale tombe à point nommé pour booster le secteur et donner encore plus de force à l’élan de fellahs, ravis de cueillir à tour de bras piments, courgettes et tomates. « La loi n°18/83 relative à l’accession à la propriété foncière agricole a encouragé les gens à venir investir ici. Elle a dynamisé le secteur de l’agriculture dans le Sud», se souvient Messaoud Guemari.

Il faut dire que l’ancienne Vescera romaine a bien des atouts dans sa manche. En premier lieu, sa position géographique qui fait d’elle un carrefour entre le Nord et le Sud. Puis des ressources naturelles exceptionnelles comme l’eau souterraine abondante et les terres, mélange d’argile et de sable, de très bonne qualité. En dernier lieu, vient le climat de la région et ce magnifique soleil qui donne toute leur saveur aux fruits et aux légumes. « Biskra est une zone extra-primeurs qui possède un climat propice aux produits maraîchers. Sa proximité avec les grandes villes du Nord qui consomment ses produits en font un gros avantage», dit encore le président de la Chambre régionale d’agriculture.

Un pays de cocagne

Après l’élevage ovin et camelin et la phœniciculture, Biskra s’est donc tournée vers le maraîchage et l’arboriculture. On vient de toute l’Algérie pour investir dans ce nouvel eldorado. Chacun ramène son expérience, son savoir-faire et son enthousiasme. Beaucoup de paysans spécialisés dans le travail des serres sont venus, par exemple, de Tipasa où le béton a laissé peu de place à l’extension des exploitations.

D’autres sont venus de Kabylie ou de l’Oranie, attirés par la réputation de la région et la disponibilité de terrains à des prix défiant toute concurrence. On expérimente et on se lance en pionnier dans de nouvelles filières. Dans cette région où le palmier est roi, aujourd’hui, plus de 4000 hectares d’oliviers ont été plantés. Arrivés du Nord dans les bagages des nouveaux exploitants, le figuier, le grenadier et la vigne se remportent également de beaux succès.

Finalement, Biskra se révèle un pays de cocagne où tout pousse pour peu qu’on consente à irriguer la terre de sa sueur. « La loi sur le foncier agricole et le Plan national de développement agricole (PNDA) ont changé la face de l’agriculture. Celui qui voulait travailler était le bienvenu. Il y avait une caisse pleine et il suffisait de ramener la facture et on payait.

Certains jours, à la commission des agréments, on passait jusqu’à 1000 dossiers par jour. Le gros avantage est que les fellahs travaillaient leurs propres terres», dit Messaoud Guemari. Cela permettait enfin de réparer quelque peu les incommensurables ravages d’une « révolution agraire socialiste» chère à un certain Boumediène qui avait réussi la prouesse de décimer la paysannerie algérienne avant de faire de ses derniers représentants des fonctionnaires de l’Etat. La terre revenait enfin entre les mains des fellahs. Ceux qui avaient encore l’amour du pays et du métier.

Après les petits fellahs, ce sont aujourd’hui Lire la suite

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