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Trop expéditif, absence de témoins et manque de moyens

Publié le 02/03/2017, par dans Non classé.

Expédié en deux jours, le procès de Chouaïb Oultache, l’assassin présumé de Ali Tounsi, ancien patron de la police, n’a pas fini de faire parler de lui. L’affaire laisse planer de nombreuses zones d’ombre, qui suscitent des interrogations.
Même si la partie civile est convaincue de la culpabilité d’Oultache, tout en écartant totalement l’acte isolé, pour privilégier la thèse du « complot», la défense de l’accusé est convaincue de l’innocence de ce dernier. Cependant, le tribunal s’est montré très expéditif, en bouclant le dossier en l’espace de deux jours…

En fermant la parenthèse d’une affaire aussi importante que l’assassinat du patron de la police algérienne, le 25 février 2010 dans son propre bureau, alors que tout le directoire de cette institution l’attendait à quelques mètres seulement, le tribunal laisse l’opinion publique sur sa faim. Il suscite de nombreuses interrogations sur son déroulement, et surtout la légèreté avec laquelle le débat a été mené. D’abord, l’absence de nombreux témoins qui auraient pu éclairer le tribunal sur certains faits que la défense d’Oultache est suspecte.

En effet, l’expertise balistique par exemple démontre que les deux balles qui ont touché la victime « appartiennent» à l’arme — un Smith Et Wesson, calibre 38 — de l’accusé, qu’il dit avoir achetée aux Etats-Unis, au début des années 1980, avec une boîte de munitions. Or, la défense d’Oultache conteste et va plus loin en réclamant une contre-expertise, que le juge d’instruction n’a pas jugé utile d’ordonner. Mieux encore, sur la liste des 12 témoins que la défense a réclamés, le tribunal n’a pu avoir à la barre que le médecin légiste.

Le juge Omar Belkherchi a manifesté sa colère contre les officiers de police, convoqués pour être entendus comme témoins, qui ne sont pas venus. Peut-on croire que le président du tribunal criminel d’Alger est incapable de ramener à la barre un témoin qui pourrait éclairer l’audience ? Ce serait trop grave, surtout quand on sait que ce juge détient des pouvoirs illimités dans la gestion du procès, et que la loi lui octroie toutes les prérogatives et lui garantit tous les moyens pour faire venir un témoin à la barre.

La défense a également réclamé la présence du chef de l’unité de la Brigade de recherche et d’investigation (BRI) qui avait mené l’enquête préliminaire pour débattre avec lui des conditions dans lesquelles il a travaillé pour arriver à la conclusion finale. Malheureusement, ce dernier n’a pas répondu à la convocation, tout comme le directeur du journal Ennahar, qui avait publié, le jour même du crime, un article faisant état du « gel des activités d’Oultache, sur instruction de Ali Tounsi, pour une affaire de marché douteux d’équipement informatique et de pièces de rechange».

La partie civile, qui croit dur comme fer qu' »Oultache a été utilisé à son insu comme bras armé par des commanditaires que l’enquête n’a pas touchés», selon les déclarations du responsable « importantes», dans la mesure où il est question de mettre la lumière sur cette « source anonyme» qui lui a donné l’information. « Peut-être que cette source connaissait assez bien le profil d’Oultache pour savoir qu’une telle information pouvait susciter en lui une colère tellement importante qu’il risquait de commettre l’irréparable. En fait, nous pensons qu’on a dû préparer l’environnement pour qu’il passe à l’acte», avait déclaré un des avocats de la partie civile.

Mais là aussi, le tribunal n’a pas fait l’effort de ramener le témoin à la barre. Tout comme avant lui, le juge d’instruction a refusé d’entendre l’ancien ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, qui avait surpris l’opinion publique par ses déclarations hâtives, selon lesquelles Oultache a été pris d’une crise démentielle, puis en disant qu’il avait tué Ali Tounsi, puis qu’il s’était suicidé. Mais il n’y a eu ni suicide, encore moins de crise démentielle, puisque l’expertise psychiatrique n’a rien révélé de tel. Pourquoi le ministre de l’Intérieur qui représente la tutelle de la Sûreté nationale a-t-il tenu de tels propos ? A-t-il été mal informé dès le départ de l’enquête ?

Ce sont les questions que la partie civile voulait lui poser lors de l’instruction, d’autant plus que lui-même avait affirmé publiquement aux médias sa disponibilité à répondre à la justice si celle-ci venait à le convoquer. Mais encore une fois, le juge d’instruction a rejeté cette demande, ouvrant la porte à toutes les suspicions possibles. Autre élément à relever dans cette affaire, les Renseignements généraux, la colonne vertébrale de toutes les polices du monde, sont quasiment absents.

A aucun moment de l’enquête ils n’ont été sollicités pour avoir une idée sur les relations entre Ali Tounsi et Chouaïb Oultache, qui ont été, selon de nombreux témoins, à l’origine de la tragédie. « Si Oultache n’était pas aussi familier avec le défunt, il n’aurait pas eu un accès aussi facile à son bureau et de surcroît avec une arme», a souligné un des trois officiers que l’ancien chef de l’unité aérienne de la police a menacé au seuil du bureau de Ali Tounsi.

Mieux encore, puisque le procureur général a longuement vanté les mérites de la modernisation et de la numérisation de la gestion judiciaire, n’aurait-il pas été plus rentable de recourir à une gestion moderne des procès, comme c’est le cas ailleurs ? Un simple data show aurait suffi pour montrer les nombreuses photos et les différents clichés pris du corps de la victime, les contenus des rapports de balistique, d’autopsie et de biologie à l’assistance et susciter ainsi un débat plus transparent et loin de toute suspicion.

Le médecin légiste Mohamed Belhadj avait une pile de pièces avec lui, et à chaque fois il était perdu dans cette paperasse en train de chercher les pages, les photos et les dates qu’il faut pour répondre aux questions assez précises des avocats. Le procès tant attendu n’a pas livré tous ses secrets. L’accusé ne cessait de répéter qu’il n’a pas tué Ali Tounsi, et que ce sont eux qui l’ont tué, sans pour autant être plus précis, malgré l’insistance du juge et aucun avocat n’a tenté de percer l’énigme pour savoir de qui parlait Oultache en disant « eux». Si Oultache les connaît Lire la suite

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