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T’Kout : Un long combat pour un hôpital

Publié le 10/03/2017, par dans Non classé.

Début février, deux autres tailleurs de pierres atteints de silicose ont perdu la vie à T’Kout. Depuis, plusieurs manifestations ont été organisées pour demander l’achèvement des travaux de l’hôpital, attendu par la population depuis plus de huit ans. Plus de mille malades atteints de silicose attendent les soins. 170 autres sont déjà décédés de cette maladie meurtrière…
C’est la consternation à T’kout, daïra située à 95 kilomètres du chef-lieu de la wilaya de Batna, où les habitants continuent à mourir de la silicose (maladie qui détruit les alvéoles pulmonaires et qui rend la respiration difficile, ndlr). Dans cette région connue pour ses tailleurs de pierres, plus de 170 artisans ont déjà perdu la vie à cause de cette maladie. Spécialistes de la roche siliceuse destinée à la construction et la décoration extérieure des maisons, les T’koutis continuent à perpétuer ce métier malgré les risques qu’ils encourent.

Début février, deux autres tailleurs de pierres sont venus allonger la liste des victimes de la silicose. Il s’agit de Smaïl Boubkeur, 46 ans, père de trois enfants, et de Adel Bendjrafa, 37 ans, célibataire. Joint par téléphone, le Dr Cherif Rahmani, le médecin qui a fait éclater l’affaire en 2007 et qui a alerté l’opinion publique sur le danger que représente la silicose, explique que « c’est la poussière inhalée engendrée par l’opération de taillage des roches siliceuses par les tronçonneuses qui génère cette maladie».

« La silicose est à 85% due à la poussière des roches siliceuses et à 15% des bribes des scies qu’ils utilisent pour le taillage», énonce-t-il. Ce n’est pas tout, car le médecin assure qu' »il n’existe aucun moyen possible pour lutter contre la silice et que cette dernière est meurtrière». Selon lui, « seules les mesures de protection peuvent être salvatrices, mais pas à l’échelle individuelle, car les entreprises ne peuvent pas toutes investir dans des chambres d’aspiration de la poussière qui leur reviennent très cher».

Amazighe

« Les particules de poussière ultramicroscopique s’accrochent aux parois des alvéoles pulmonaires et les détruisent complètement. Ces dernières ne peuvent malheureusement pas se régénérer. A la longue, l’individu atteint ne peut plus respirer. Les gens qui travaillent la pierre ne se conforment à aucune norme de protection. Le problème est que nous avons environ 300 personnes qui ont déjà exercé ce métier dans ces conditions. Ce sont eux qui continuent à mourir.

Le fait de ne pas disposer de traitement pose problème, surtout sur le plan émotionnel. Nous ne pouvons pas leur dire que leur vie est perdue, mais c’est pourtant le cas. Nous ne pouvons pas arrêter la mort. Un organe détruit ne peut être récupéré», regrette-t-il amèrement. A T’kout, la disparition de Smaïl et Adel a réveillé les vieux démons dans cette région connue aussi pour ses combats pour la démocratie et la culture amazighes en Algérie. Depuis, plusieurs manifestations, dont un sit-in, ont été organisés.

Devant « le mutisme» des responsables, les habitants ont même recouru pendant une demi-journée à la fermeture de la route vers Taghit, lieu de déclenchement de la Guerre de Libération, à une dizaine de kilomètres de T’kout, ne laissant passer que les médecins et les malades. Mais jusque-là, « aucun signe fort n’a été envoyé par l’Etat». « Seuls les gendarmes et le chef de la daïra de T’kout ont fait le déplacement pour nous rencontrer. Mais aucune décision n’a été prise. Personne ne veut, en réalité, prendre ses responsabilités pour changer les choses», s’indigne Azeddine Achoura, 39 ans, l’un des meneurs du mouvement.

« Où est donc l’hôpital promis ?» scandaient les habitants ce jour-là. En chantier depuis 2009, cet hôpital construit à l’entrée de T’kout, établissement qui devait accueillir, entre autres, les malades atteints de silicose, n’est toujours pas achevé. Affaiblis par la maladie, les tailleurs de pierres atteints de silicose sont souvent transférés en urgence vers Arris à 35 km, Batna à 95 km, ou carrément vers la wilaya voisine, Biskra, à 75 km, « alors que T’kout est une daïra qui devait avoir son propre hôpital», insite le Dr Rahmani. Les malades atteints de silicose ne sont pas les seuls à pâtir de cette situation, car même les patients qui ont d’autres maladies font le même voyage.

Ici, se soigner est un véritable combat. Abdelmalek Sellal, ainsi que son ministre de la Santé, Abdelmalek Boudiaf, ont pourtant prévu, lors de leurs dernières visites dans la région en 2016, l’ouverture de cet hôpital au début de janvier 2017. « Mais les deux hauts responsables de l’Etat n’ont finalement pas tenu leurs promesses», regrettent les habitants qui confient que « les travaux ont cessé depuis longtemps et n’ont repris que pendant les visites officielles».

DSP

Entre-temps, les malades continuent à souffrir des déplacements épuisants. D’autres meurent dans le silence et l’indifférence de l’Etat. Ici, la mémoire se joint aux remords, car les gens pensent qu' »ils n’ont pas assez fait pour venir en aide aux malades, malgré toutes les actions et manifestations menées depuis plus de dix ans», raison pour laquelle ils ont décidé de « ne plus faire marche arrière». « Nous n’allons pas nous arrêter. Nous allons continuer nos actions jusqu’à l’achèvement des travaux dans cet hôpital», confie Abdelbaki Kaabachi, 38 ans, l’un des meneurs du mouvement et tailleur de pierres qui accumule à lui seul 15 ans d’expérience.

Afin de connaître les raisons du blocage, nous nous sommes rendus au chef-lieu de la wilaya de Batna pour rencontrer le directeur de la santé de proximité (DSP) et nous informer de l’avancée des travaux. Ayant été reçus par un médecin, cadre de la direction, ce dernier nous a expliqué qu' »il ne nous serait pas possible d’avoir une entrevue avec le DSP». Selon lui, « ce dernier était en déplacement pour une inspection générale des conseils d’administration des établissements de santé que compte la wilaya».

Le même cadre nous a assuré que la mission du DSP pouvait prendre plus d’une semaine, ce qui a rendu impossible la rencontre ou même d’avoir une conversation téléphonique avec lui. Nous sommes donc retournés bredouilles à T’kout, sans explication quant aux raisons qui ont mené à l’arrêt des travaux ou presque… car les habitants ici ont leur version qu’ils tiennent eux Lire la suite

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