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Résistance citoyenne à l’amnésie

Publié le 22/03/2017, par dans Non classé.

Depuis quelques années, chaque 22 mars, des associations et des collectifs citoyens honorent vaillamment la mémoire des victimes du terrorisme. Résistant à l’amnésie déguisée en « moussalaha», ils militent pour faire de cette date une Journée nationale contre l’Oubli.
Une manière d’éviter aux victimes d’être « assassinées une seconde fois»
Vingt et un mars 1998 : 9 bergers sont massacrés à Saïda» ; « 19 mars 2002 : 4 citoyens, Djellal Abderrahmane, Nezregue Abdelkader, Belghazi Ramdane et Kaieb Ahmed, sont assassinés à un faux barrage dressé à El M’Kachiche, près de Tissemsilt» ; « 18 mars 1995 : Soraya et Malika Bencherif sont enlevées de leur domicile, elles seront retrouvées égorgées à Aïn Ferhat, wilaya de Oum El Bouaghi» ; « 15 mars 2000 : 11 citoyens, dont des enfants, sont massacrés en cette veille de l’Aïd El Adha à la cité Tolba, dans la commune de Chaïba (Bou Ismaïl)», « 12 mars 1996 : Arabdiou Djilali, reporter-photographe à l’hebdomadaire Algérie-Actualité, est tué par balles près de son domicile à Aïn Naâdja»…

Cette triste chronologie est puisée de la page Facebook de l’association Ajouad Algérie Mémoires.

Depuis plusieurs années, Nazim Mekbel, président de l’association, s’attache inlassablement à entretenir au jour le jour cette mémoire tourmentée. Il égrène pour chaque date les actes terroristes qui ont fauché sauvagement tant de vies en veillant à aller au-delà des froides statistiques et des bilans macabres pour livrer le nom de la victime et, quand c’est possible, une photographie du défunt. Une manière de lui rendre son humanité, de lui restituer sa dignité.

Un travail de mémoire précieux et précis qui fait écho au site de l’association regroupant autant d’informations que possible sur les victimes : des témoignages, des articles de presse, des photos, des notes biographiques et parfois aussi des écrits produits par quelques-uns d’entre eux, à l’image d’un texte de M’hamed Boukhobza sur Octobre 88 ou des poèmes de Tahar Djaout ou de Youcef Sebti (voir : https://ajouadmemoire.wordpress.com).

« On touche énormément d’anonymes»

Comme on peut le constater, rien que pour ce mois de mars, le calendrier mortuaire est lourd. Hafid Senhadri (14 mars 1993), Djilali Liabès (16 mars 1993), Laadi Flici (17 mars 1993), Ahmed et Rabah Asselah (5 mars 1994), Abdelkader Alloula (10 mars 1994)… la liste est longue, très longue. Et si, généralement, on se souvient des intellectuels assassinés, des artistes, des journalistes, des personnalités publiques, force est de reconnaître – comme le souligne Nazim Mekbel – que la grande majorité des citoyens assassinés sont des « anonymes».

D’où l’attachement du fils de Saïd Mekbel à entretenir leur mémoire. Cela explique aussi le choix du 22 mars, une date qui réfère plutôt à un sursaut collectif, en l’occurrence les marches populaires du 22 mars 1993 et du 22 mars 1994 contre le terrorisme intégriste, une manière de ne pas mettre en avant une victime en particulier, si consensuelle et symbolique puisse-t-elle être. « Nous ne voulons pas d’une commémoration centrée uniquement autour de personnalités connues, comme Alloula, Medjoubi, Tahar Djaout ou mon père», explique Nazim. Et de préciser : « On touche de plus en plus de citoyens au niveau d’Ajouad. En touchant plus d’anonymes, les gens se sentent vraiment concernés. Et c’est ça la nouveauté dans la démarche.

C’est que nous, on touche énormément d’anonymes.»

Depuis sa création, Ajouad milite ainsi pour faire du 22 mars, une « journée contre l’oubli des victimes du terrorisme». Et l’idée suit résolument son chemin. Dans un texte intitulé « Appel du 22 mars», les fondateurs de l’association proclament : « Qu’importe que nous l’appelions ‘‘décennie noire, (décennie) rouge ou tragédie nationale », cette période qu’a connue l’Algérie fut l’une des plus dramatiques de son histoire post-indépendance (…). Face au drame qui n’a épargné aucune famille, Ajouad Algérie Mémoires veut célébrer l’honneur et la dignité de ceux et celles qui ont été assassiné(e)s, violé(e)s, kidnappé(e)s, en refusant l’oubli de ces victimes et en luttant contre la falsification de l’histoire de notre pays.»

Ne pas les « enterrer à tout jamais»

L’association ne manque pas de pointer l’arsenal juridique (notamment la charte pour la paix et la réconciliation nationale de 2006) qui entrave tout travail de mémoire autour de cette séquence tragique de notre histoire contemporaine. « Aujourd’hui, c’est notre histoire et la mémoire de nos victimes qui se trouvent menacées par des lois abjectes : loi sur la rahma en 1995, concorde civile en 1999, réconciliation nationale en 2006…» Et de faire remarquer : « Refuser ce travail de mémoire, ce serait les enterrer à tout jamais.»

Nazim Mekbel ne se fait pas trop d’illusions quant à l’institutionnalisation de la « Journée contre l’Oubli» sous l’actuel régime. « On est obligés d’attendre qu’il y ait un nouveau gouvernement et un nouveau Président. On joue sur le temps», dit-il. Il se félicite toutefois qu’il y ait de plus en plus de franges, dans la société, qui se montrent sensibles à cette date, qui commencent à l’intégrer dans leur calendrier mental et affectif, signe que cela finira par s’ancrer dans l’usage et s’ériger en vraie tradition citoyenne à défaut de reconnaissance officielle. « Pour cela, j’ai confiance.

Cela se normalise», note le président d’Ajouad en citant les initiatives qui sont prises ça et là pour célébrer cette date.
D’ailleurs, sur sa page Facebook, il n’a pas manqué de saluer ces actes de résistance à l’amnésie. « Bravo à ceux qui, en répondant à l’appel d’Ajouad Algérie Mémoires, organisent des rencontres contre l’oubli, à ceux qui arrivent à faire en sorte que cette journée du 22 mars devienne une tradition citoyenne au-delà des clivages», écrit-il. Et de nous confier : « L’an dernier, le logo du 22 mars a été partagé 800 fois, cette fois-ci, le logo est partagé plus de 700 fois. On me dira : ce n’est que Facebook, mais le fait est que le 22 mars rentre progressivement dans les consciences. C’est un travail qui fait petit à petit son chemin. On est patients.»

Raviver la « mémoire des luttes»

Parmi ces initiatives, une commémoration sera organisée demain, à Oran, au siège de l’association Femmes algériennes revendiquant leurs droits (FARD), de concert avec les collectifs Plus Jamais ça et 22 Mars (https://www.facebook.com/events/231142244021620/). Jointe par téléphone, Fatma Boufenik, présidente de FARD, Lire la suite

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