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Quand les enfants deviennent des punching-balls

Publié le 28/10/2017, par dans Non classé.

Sous le titre Enfant enjeu/Enfance en péril, le 35e numéro de la revue Naqd, qui va paraître dans les tout prochains jours, est consacré à un sujet sensible et, malheureusement, ô combien actuel : le sort réservé aux enfants dans notre société et les violences multiples auxquelles ils sont exposés.
Entre enlèvements, infanticides, violences sexuelles, inceste, violences scolaires, maltraitance, châtiments corporels, exploitation…, nous avons là un état des lieux glaçant. Comme à son habitude, l’excellente revue d’études et de critique sociale dirigée par Daho Djerbal aborde la question sous différents aspects, avec, à la clé, des articles de haute tenue, mêlant constat empirique, chiffres et analyses pluridisciplinaires.

Dans la première partie intitulée « Enfant cible», trois études s’évertuent à cerner le sujet. On peut lire dans cette partie les contributions de la psychanalyste Karima Lazali, « Un enfant disparaît» ; de la sociologue Dalila Iamarène-Djerbal, « De la violence sur enfants» ; et celle des pédopsychiatres Zineb Benkherouf, Faiza Mousli et Nassima Metahri : « L’institution, un lieu pour toutes les paroles quand tout chavire».
Sous le titre « Détresses d’enfant», la deuxième partie comporte quatre articles.

Le premier, signé Idriss Terranti, Maya Attalah et Sakina Bouras, tous trois exerçant au service de pédopsychiatrie de l’EHS M. Belamri, à Constantine, porte sur le thème : « Santé mentale de l’enfant et pratiques éducatives». Un autre article, cosigné par deux spécialistes en sociologie, Mohamed Mebtoul et Ouassila Selmi, s’attaque à un sujet très peu abordé : « La relation fusionnelle mère-enfant diabétique». Une troisième contribution clôt cette partie avec une étude de Lamisse Medjhouda, pédopsychiatre : « L’école : une multiplication des possibles quand elle ouvre ses portes».

La troisième partie s’intéresse aux « Institutions souffrantes». Nous pouvons, sous ce chapitre, apprécier la contribution de Fadhila Boumendjel Chitour, professeur à la faculté de médecine d’Alger : « L’enfant dans le système de santé algérien». On y trouve aussi un autre article de Nassima Metahri, sur l' »Historique de la pédopsychiatrie» ; Dalila Iamarène-Djerbal revient sur « L’expérience du Réseau Wassila» dont elle est membre. Enfin, Tchirine Mekideche et Nadjet Mekideche, toutes deux professeurs de psychologie à l’université Alger 2, dissèquent le statut de l’enfant en milieu scolaire : « L’Enfant, le grand absent du système éducatif algérien».
Nihal, Haroun, Imad et les autres…

Au menu également, en quatrième partie, des articles qui traitent de l’enfance sous d’autres latitudes avec deux textes, l’un de Nizar Hatem : « Fractales d’enfance dans la guerre du Liban» ; l’autre d’Olivier Douville : « De l’enfant guerrier à l’enfant sorcier». L’épilogue est laissé à Azeddine Lateb, notre ancien confrère qui se définit simplement, dans sa note biographique, comme un « travailleur immigré», et qui nous gratifie d’un magnifique pamphlet poétique : « Pourquoi sommes-nous morts assassinés un jour de Printemps ?».
Dans le mot de présentation signé Zineb

Benkherouf, Nassima Metahri et Karima Lazali, les trois spécialistes insistent d’emblée sur l’impact des traumatismes subis par l’enfant sur l’ensemble du corps social : « Si nous partons de l’hypothèse que l’enfant est l’avenir de l’homme, on peut considérer que les destructions qu’il vit ou subit restent vives et en mal d’élaboration lorsque sa place se trouve malmenée ou déniée. Cela porte préjudice à ses potentialités de vie ainsi qu’au dynamisme de la société. Françoise Dolto nous dit que ‘‘ce qui est tu à la première génération, la seconde le porte dans son corps, on ne sait pas comment, mais la vérité se ‘‘charnalise » car l’être humain est entièrement symbolique ».» Les auteurs précisent à propos de ce numéro spécial de Naqd : « Pour ouvrir nos interrogations sur le regard porté sur les enfants et leur prise en charge dans les sociétés ayant vécu de nombreux drames, dans ce numéro de la revue Naqd nous partirons de l’actualité de l’enfant dans ses multiples registres, en Algérie mais aussi de manière plus large et comparative dans les sociétés ayant subi dans la durée toutes les formes de violence extrême (génocides, meurtres de masse, terrorisme).

En ce qui concerne l’Algérie, la Guerre de Libération, puis une quasi-guerre civile ont laissé des séquelles témoignant des destructivités du passé, encore jamais connues.» Ainsi, à un moment où les rapts d’enfants, les actes de pédophilie, les infanticides… défrayent la chronique et se multiplient à des proportions effrayantes, ce numéro de Naqd tombe à point nommé pour nous donner des clés pour comprendre, proposer des pistes pour essayer de démonter les ressorts de cette barbarie qui s’en prend sauvagement à la chair de notre chair. Il s’agit pour les auteurs de tenter de déchiffrer cette pulsion criminelle qui plonge toute la société dans l’horreur et la sidération, et qui participe d’un ensauvagement d’un autre ordre. De quoi cette violence infantile est-elle le nom, le symptôme ? En quoi prolonge-t-elle les violences antérieures qui ont longtemps travaillé la société au corps ? Y a-t-il une corrélation entre les crimes de masse perpétrés durant la décennie noire et ces nouvelles atrocités dont les Nihal, Imad, Haroun, Ibrahim, Houssem… sont les victimes injustes, ravies brutalement à la vie par des monstres sortis de la nuit humaine ?

« Symptôme d’un collectif malade»

Dans « L’Enfant disparaît», Karima Lazali note que « le destin actuel de l’enfant (…) montre qu’il se serait produit une grave rupture dans le pacte social et le pacte de vie». Convoquant des chiffres glanés dans différents comptes-rendus de presse, on apprend que pour la seule année 2015, il a été recensé 5000 enfants maltraités et « 250 cas d’enfants enlevés». « Il y aurait eu 848 enfants enlevés entre 2000 et 2006, dont 86 retrouvés morts, le plus souvent avec des corps mis en morceaux et après des sévices sexuels.» A en croire d’autres chiffres, il y aurait « un millier d’enfants raptés ces dix dernières années et 50 000 enfants maltraités par an, dont 10 000 ayant subi des abus sexuels». L’auteur de La Parole oubliée (Erès, 2015) en vient à déduire que « l’ampleur du phénomène est alarmante et le positionne en place de symptôme d’un collectif malade».

Parmi les explications régulièrement évoquées pour percer le sens de ces agissements macabres, les règlements de comptes. L’enfant se retrouve ainsi « otage des règlements de comptes familiaux, qu’il Lire la suite

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