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L’urgence d’aller vers «un véritable bilinguisme égalitaire»

Publié le 16/03/2017, par dans Non classé.

Deux pays du Maghreb ont officialisé la langue amazighe, d’abord le Maroc en 2011, puis l’Algérie, plus récemment, en 2016.
Mais cette accession à l’officialité n’a pas pour autant mis fin définitivement à l’inégalité entre les langues en usage dans ces deux pays. Dans leurs Constitutions respectives, tamazight est « également langue de l’Etat», ce qui maintient son statut de langue de seconde zone par rapport à l’arabe. Le spectre de l’insécurité linguistique plane toujours sur cette langue ancestrale pratiquée par des millions de locuteurs, d’autant que les lois organiques devant fixer les modalités de l’officialisation sont à ce jour en stand-by. Ce bref aperçu ne peut rendre compte de la réalité sur la langue amazighe.

Pour un plus ample éclairage, le Café littéraire de Béjaïa y a consacré son dernier rendez-vous, en invitant Ramdane Achab, auteur, éditeur, linguiste et enseignant de tamazight et le professeur Lahoucine Bouyaâkoubi, enseignant-chercheur à l’université Ibn Zohr d’Agadir, au Maroc, qui ont animé une conférence sous le thème : « La situation de la langue amazighe en Algérie et au Maroc». Pour Ramdane Achab, qui a retracé d’emblée le parcours de la revendication linguistique amazighe en Algérie, le facteur le plus déterminant en matière de langue, c’est son statut social.

« Cadeaux empoisonnés»

A ce titre, malgré son officialisation, « tamazight occupe la position la plus basse par rapport à l’arabe et au français en Algérie». Faisant le parallèle entre le catalan, qui « se porte bien en Catalogne», mais qui est quasiment anéanti en France, car « dominé» par le rouleau compresseur jacobin, il dira que « le kabyle se porte mal, parce qu’il est dominé».

Cette domination est économique, militaire, politique et cela se répercute inéluctablement sur le cadre juridique et social. « Prenez le cas de l’anglais, il ne domine que parce que les Etats-Unis et l’Angleterre sont dominants économiquement», note le militant de la cause amazighe. Et de cette domination naît une situation de péjoration où on développe des complexes d’infériorité, dont sont victimes par exemple les interlocuteurs touareg ou mozabites.

Alarmiste, Ramdane Achab fait un constat glaçant. « Nous sommes sur l’autoroute de la disparition», prophétise-t-il en parlant de l’avenir de la langue amazighe en Algérie. Contrairement à ceux qui croient aveuglément aux actions entreprises par l’Etat pour l’officialisation de tamazight, le conférencier est catégorique : « Ce ne sont que des cadeaux empoisonnés destinés à nous diviser et nous affaiblir. On peut créer une académie par famille, on ne pourra rien faire.»

Cloisonnements nationaux

La solution, selon lui, c’est d’aller, sur le plan juridique, directement vers la co-officialité, pour « un véritable bilinguisme» qui garantirait l’égalité entre tamazight et l’arabe. Au niveau de la recherche, M. Achab invite la communauté universitaire à réfléchir sur les principes de « territorialité et de personnalité», l’un adopté en Suisse, l’autre au Canada, où plusieurs langues se côtoyant sans pour autant que l’une prenne l’ascendant sur l’autre. Car, insiste-t-il, il y a plusieurs facteurs objectifs à prendre en considération, à l’instar de la géographie, la démographie…, beaucoup plus déterminants, analyse-t-il, que le facteur psychologique individuel qui ne pèse quasiment pas dans le renversement des rapports de force entre les langues.

Sur le plan politique, il dira que « rien ne peut se faire sans volonté politique» et que « ce n’est qu’une fois que celle-ci est garantie qu’on peut parler technique». De son côté, le professeur Benyaâkoubi, qui a passé en revue l’évolution de la langue amazighe au Maroc, dont le parcours est, à s’y méprendre, identique à celui de l’Algérie, dira que tamazight est victime « des cloisonnements nationaux».

En décodé, cette langue est passée du cadre de la tribu ou de la région, au cadre de l’Etat-nation après l’Indépendance. Dans cette nouvelle ère, le tamazight est ignoré aussi bien à l’école, dans les médias que dans les institutions. Soulignant les acquis arrachés jusqu’à l’officialisation de 2011, il estime, par ailleurs, qu’au Maroc, « depuis cette date, l’Etat, les partis politiques et les associations sont décomplexés par rapport à cette question».

Cependant, regrette-t-il, à ce jour, les lois organiques devant ficeler le cadre de l’officialisation de l’amazighité du royaume chérifien ne sont toujours pas fixées. Comme en Algérie, telle que voulue par l’Etat, l’officialisation de tamazight au Maroc est refusée, affirme le conférencier, car, selon lui, « le projet ne garantit pas l’égalité entre l’arabe et le tamazight». « Il faut dépasser cette mentalité», insiste-t-il.
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