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«Le crédit politique est, plus que jamais, la seule planche… de salut»

Publié le 16/10/2017, par dans Non classé.

Dans cet entretien, l’éminent économiste Smaïl Goumeziane analyse les dernières mesures financières et économiques prises par le gouvernement Ouyahia et adoptées par l’Assemblée nationale. Tout en évaluant les avis des uns et des autres, l’ancien ministre du Commerce considère que « la réponse à la crise « financière»… ne peut se résoudre à l’usage exclusif d’un quelconque instrument, fut-il auréolé de l’adoption par l’APN ou du sceau de certaines « théories académiques», si l’on ne tient pas compte des conditions politiques, économiques et sociales de sa mise en œuvre…» Il estime qu’un « véritable débat politique et économique» s’impose, « dans un cadre démocratique approprié, ouvert à toutes les bonnes volontés de la nation».
– Le gouvernement Ouyahia a décidé de recourir au financement non conventionnel et refuse l’endettement extérieur comme une option possible pour faire face à la crise financière. Que pensez-vous de ce choix et est-ce réellement l’ultime recours ?

Ce « choix» a fait et continue de faire « débat», au moins par voie de presse. Malgré l’adoption du programme d’action par l’APN, celui-ci ne semble pas près de s’éteindre, au regard des inquiétudes suscitées par ce programme.

Pour l’essentiel, il s’est focalisé autour de deux réponses immédiates et possibles à la crise économique sévère qui frappe le pays depuis des mois : pour faire face aux énormes besoins d’argent découlant d’un déficit budgétaire abyssal, faut-il recourir à l’endettement extérieur ou à la planche à billets ? En un mot, recourir au crédit extérieur ou au crédit monétaire ?

Pour les partisans du gouvernement, bien que douloureux, nul doute que le recours au financement « non conventionnel» est la solution idoine pour maintenir un niveau de dépenses publiques (notamment les salaires), conserver un certain rythme de croissance, sans trop de casse sociale, et une politique économique « souveraine», ce qui ne serait pas le cas si l’on faisait appel à l’endettement extérieur.

C’est le sens de leur vote d’approbation à l’APN. Pour les opposants à la planche à billets, cette politique « non conventionnelle» comporte plusieurs risques, dont celui de l’hyperinflation, de la hausse du chômage et de la pauvreté, de la fonte rapide des réserves de change et d’une accélération de la perte de valeur de la monnaie nationale.

C’est le sens de leur vote de désapprobation à l’APN.
Au-delà de l’adoption formelle par l’APN, l’opinion publique reste très inquiète des suites économiques et sociales qui seront engendrées par un tel programme d’action. La crainte notamment que la fièvre baisse sans véritablement toucher aux racines du mal. Ou même que le remède soit pire que le mal.

Dès lors, nul doute le « débat» continue d’être attisé par ces craintes, et se poursuivra dans les colonnes des journaux, dans les chaînes de TV satellitaires ou dans les réseaux sociaux, pas toujours de façon académique, souvent par l’invective, et parfois sur un ton violent, par le recours à divers économistes, politologues et autres « spécialistes» de tous bords pour tenter de conforter, de façon exclusive, chacune de ces deux démarches.

Avec le risque, au bout du compte, de réduire ce « débat» à une querelle d’écoles théoriques et à une simple controverse de type instrumentale, voire à des règlements de comptes « personnalisés» et « ciblés» alimentant, selon le cas, une « vision optimiste angélique» ou une « perspective catastrophiste», aux yeux d’une opinion publique « désabusée et épuisée» par les effets déjà douloureusement ressentis d’une crise bien réelle qui n’en finit pas de durcir et de rendre insupportable son quotidien.

Or, on le sait, de par le monde, selon les pays et les époques, ces deux principales « réponses théoriques» pour les uns et « pragmatiques» pour les autres, à une « crise apparemment budgétaire» ont été utilisées, avec plus ou moins de bonheur, et parfois des dérapages meurtriers.

La question ne réside donc pas dans tel ou tel instrument, mais dans les conditions qui président à leur choix, aux modalités de leur usage et aux effets attendus de leur utilisation pour l’ensemble des acteurs économiques et sociaux, principalement les couches les plus vulnérables. Ainsi, de façon imagée, un marteau reste un marteau, mais l’effet n’est pas le même selon qu’on l’utilise pour enfoncer un clou ou pour frapper la tête de son voisin. Et il n’est guère besoin de demander au voisin ce qu’il en pense.

– M. Ouyahia dit que l’argent de la planche à billets servira essentiellement à payer les dettes des entreprises publiques et à financer l’investissement public. Des spécialistes estiment que ce choix risque d’enclencher une inflation incontrôlable et d’accélérer la perte de valeur de la monnaie nationale. Le risque d’un scénario à la vénézuélienne est-il posé dans ces conditions ?

Les possibilités d’utilisation de l’argent tiré de la planche à billets, dans chaque pays, sont toujours multiples et s’inscrivent toujours, aux côtés de toute une batterie d’instruments (économiques, financiers, fiscaux…), dans une stratégie de court et moyen termes eu égard aux objectifs de croissance et de développement retenus, aux conditions économiques intérieures et extérieures, et surtout au niveau de soutien politique et citoyen qui accompagne ces mesures. Lorsque des conditions consensuelles ou suffisamment légitimes ont prévalu, certaines mesures bien que douloureuses ont ainsi pu être admises, supportées et appliquées de façon radicale quand d’autres ont été mieux tolérées à doses homéopathiques.

A l’inverse, lorsque de telles conditions n’ont pas prévalu, suscitant de fortes oppositions dans la société, les mêmes instruments ont donné des résultats négatifs qui ont aggravé la crise, creusé les fractures sociales et conduit les pays concernés à des impasses tragiques pour de longues années. C’est dire l’inutilité, voire l’erreur, de comparer « in abstracto» des époques et des situations si différentes et de vouloir reproduire, par anticipation et hors contexte, des scénarios comme celui que vous évoquez pour le Venezuela.

En tout état de cause, la seule certitude que l’on peut tirer pour le cas algérien, c’est que les entreprises publiques et privées ont, depuis des lustres, de sérieuses difficultés financières, de trésorerie ou de créances sur l’Etat, qu’il faut régler, et que l’investissement public, notamment productif, a besoin d’une vraie relance. La solution la plus efficace pour résoudre ces deux problèmes, et beaucoup d’autres, est-elle dans l’injection massive de ressources financières issues Lire la suite

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