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«La colonisation continuera de ronger la vie politique française»

Publié le 25/03/2017, par dans Non classé.

Membre fondateur de la dynamique association Les Oranges, homme engagé et militant invétéré de la mémoire, M’hamed Kaki, ayant en 2015 initié avec l’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison et de nombreux acteurs du monde associatif, politique, syndicaliste, un « appel» pour la reconnaissance des massacres du 8 Mai 1945 en Algérie, voté par 30 villes françaises dont Paris, revient sur la colonisation, un sujet qui fait l’actualité des deux côtés de la Méditerranée…

Quelle lecture faites-vous de la déclaration faite par Emmanuel Macron à Alger sur la colonisation ? Ne pensez-vous pas que l’approche du candidat Macron intervient pour draguer l’électorat d’origine algérienne ?

Le mérite de cette déclaration d’un candidat aux plus hautes fonctions de l’Etat français est d’inscrire dans l’agenda politique la question des crimes coloniaux. Dans ce sens, elle contribue d’une certaine manière à faire avancer le travail de mémoire des Français héritiers de l’émigration coloniale, comme par exemple l’initiative que nous avons prise avec l’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison, Louis-Georges Tin (président du Conseil représentatif des associations noires) et moi-même de nous adresser à tous les candidats à la présidentielle française pour leur demander de reconnaître l’ensemble des crimes coloniaux commis par la France.

Cet appel que nous avons lancé avant la déclaration de M. Macron a rassemblé plus de 2170 signatures d’universitaires, d’historiens de renom, d’élus, de responsables associatifs et de très nombreux citoyens. Concernant la sincérité des propos de M. Macron et de savoir s’il y a une démarche politicienne dans ceux-ci, je ne peux pas juger, mais je sais qu’il y a une ambivalence dans les discours qu’à pu prononcer ce personnage. Je constate tout d’abord qu’après avoir fait sa déclaration en Algérie, et suite aux réactions de la droite et de l’extrême droite ainsi que des revanchards de l’Algérie française, il a, en quelque sorte, reculé en présentant ses excuses.

De plus, si l’on parle des crimes coloniaux du passé, on ne peut oublier les crimes coloniaux d’aujourd’hui, comme ceux du peuple palestinien qui subit le martyre par le colonisateur israélien depuis 1947. Sur ce sujet, M. Macron ne dit pas un seul mot et, pis encore, il condamne la campagne des militants BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions). Au-delà de la posture d’un homme politique en campagne électorale pour la présidentielle, je suis d’accord avec lui sur une seule chose : « Oui, il y a bien eu un crime contre l’humanité durant la période coloniale en Algérie par l’armée française.»

Cette sortie médiatique ne risque-t-elle pas de se liquéfier à l’approche des urnes ?

Non, c’est bien le contraire qui s’est passé. Elle a créé une sorte de polémique qui a fait émerger la haine de la droite et de l’extrême droite et le renoncement d’une partie de la gauche. C’est aux militants associatifs maintenant et aux intellectuels de s’emparer du débat, ou du moins de continuer celui que nous avons toujours souhaité, c’est-à-dire la reconnaissance des crimes coloniaux et la reconnaissance n’est pas la repentance. Pour nous, le peuple français n’est pour rien dans ces crimes coloniaux. Les massacres qui ont eu lieu en Algérie et ailleurs durant la période coloniale sont le fait de la responsabilité des hommes politiques de l’époque, qui en aucun cas n’ont demandé l’autorisation du peuple français pour commettre les abominables crimes contre les peuples algérien, malgache, d’Indochine, d’Afrique noire,…

Quelles appréciations faites-vous des commentaires de la classe politique française, en particulier de la droite et de certains médias français ?

Je pense qu’il est difficile pour la classe politique de se positionner sereinement sur le sujet de l’histoire coloniale dans la mesure où il y a des lobbies puissants qui agissent en dessous et agitent une pression et parfois même des menaces politiques sur tout candidat qui se prononcerait en faveur de la reconnaissance des crimes coloniaux de la France. De plus, la classe politique dans son ensemble est « mouillée» historiquement en termes de responsabilité politique dans le massacre des peuples colonisés.

Nous pouvons donner au moins deux exemples : le massacre de l’autre 8 Mai 1945 à Sétif et les pouvoirs spéciaux votés en 1956. A chaque fois, pour ces crimes, la gauche et la droite étaient au pouvoir ensemble ou ont voté comme un seul homme la répression qui s’est soldée par des milliers de morts. La classe politique d’aujourd’hui est donc d’une certaine manière l’héritière de l’histoire de ces crimes coloniaux.
Bien entendu, il ne s’agit pas de mettre tout le monde dans le même sac. Il y a, par exemple, des gens qui aujourd’hui combattent le colonialisme et sont pour la reconnaissance des crimes coloniaux. C’est le cas des écologistes, de la France insoumise, du PCF.

Quant aux médias français, ils sont très divers et là encore nous ne pouvons mettre tout le monde dans la même marmite. Cependant, nous observons que les grands médias puissants, en particulier les chaînes de télévision, sont souvent amnésiques, manquent d’objectivité et parfois se font la courroie de transmission des nouveaux maîtres du monde.

Revenons, si vous le voulez bien, à l’appel pour la reconnaissance des crimes coloniaux commis par la France. Comment est née cette idée ?

Cet appel est coécrit par Olivier Le Cour Grandmaison, Louis Georges Tin et moi-même. Il est le produit d’un travail long et difficile que nous avons mené depuis 2004 à travers des conférences, des colloques, des pièces de théâtre, etc. Notre objectif était de sensibiliser le peuple français dans sa diversité pour lui montrer l’histoire qu’on lui cache. Au cours de notre travail, nous avons pris conscience qu’il est plus efficace de traiter de la question de l’ensemble des crimes coloniaux et de l’esclavage commis par la France, plutôt que de se concentrer de manière « nationaliste» sur tel ou tel pays. Cette perspective d’élargissement dans le rassemblement de notre diversité a trouvé un écho favorable chez l’ensemble des descendants des opprimés. En effet, les crimes coloniaux ont tous un dénominateur commun : exterminer, coloniser.

Pour quelles raisons cette initiative est lancée en ces moments précis ?

Le rassemblement de la lutte en commun demande un effort très important de maturation Lire la suite

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