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Il était une fois… Ma révolution

Publié le 27/10/2017, par dans Non classé.

Des moudjahidine et moudjahidate de la première heure, héros d’hier, citoyens d’aujourd’hui, nous font partager leurs désillusions et parlent de leur vécu présent. Ils racontent et se racontent à travers la table ronde organisée par El watan Week-end à Béjaïa. Round-up.
– Aselat Mokhtar : La famille révolutionnaire ne s’attendait pas à cela

« 80% des moudjahidine sont des illettrés, la vie a été dure avec eux après l’indépendance». Celui qui parle est un moudjahid qui a aujourd’hui 84 ans. Lorsque la guerre de Libération nationale a éclaté, Aselat Mokhtar, dit Si Meziane, était engagé dans le 12e contingent de l’armée française. La formation qu’il y rapportera, à son retour au pays en mars 1955, est une sorte de butin de guerre qui a servi pour l’ALN. Il s’est développé en lui aussi un sentiment de nationalisme.

Un stage de parachutisme devait les amener, lui et ses compagnons algériens, en Tunisie. Dans la tête du groupe, un plan a été échafaudé pour fuir une fois sur le sol tunisien, avant que le stage ne soit annulé pour les appelés, dont l’origine algérienne a dû avoir fonctionné comme une alerte chez les militaires français quelques mois après les événements sanglants de Mai 1945.

En novembre 1955, une année après le déclenchement de la guerre, Si Meziane est désigné comme chef des moussebiline dans son village d’Iâloulene, dans le douar d’Imezayen. Et commence alors l’activité armée avec une première opération ciblant l’usine de liège « Matas» à laquelle on avait mis le feu. Si Meziane se souvient encore de la bouteille de 5 litres remplie d’essence, de la dose d’engagement nationaliste et des dégâts que l’opération avait occasionnés : 500 millions de francs français.

L’attaque de la gendarmerie, pensée en commun avec des responsables de l’ALN dans le douar, allait être exécutée par la seule vaillance de Si Meziane qui conclut l’opération avec une bombe artisanale. Du terrain des moussebiline, Si Meziane s’est retrouvé dans le bataillon de choc de la Wilaya III qui a activé, onze mois durant, dans les Aurès où l’opération « Etincelles» avait fait des dégâts. De retour dans la Wilaya III, le bataillon de 360 éléments, accroché à Ath Wavane, s’est divisé en deux compagnies de 120 éléments. Si Meziane avait était l’adjoint du chef de la première compagnie qui s’est dirigée vers Ath Idjer pour se retrouver à Akfadou, lieu du PC de la Wilaya III.

Parmi ses hauts faits d’armes, Si Meziane avait initié une embuscade au niveau du pont de Sfaïh, sur la RN 12, à Assif El Hammam. Le président du douar était ciblé en tant que collaborateur de l’armée française qui l’escortait sur cette route. 72 soldats et 4 pièces mitrailleuses étaient déployés sur les lieux. En face, 33 chars blindés escortaient le collaborateur. L’embuscade, qui n’a fait qu’un seul blessé parmi les hommes de Si Meziane, avait permis de récupérer 18 armes et a valu à la compagnie les félicitations des responsables du Nidham.

63 ans après le 1er Novembre 1954, Si Meziane garde la même fierté de son engagement pour la lutte armée. Mais cela ne l’empêche pas de se désoler pour les lendemains désenchanteurs pour une partie des moudjahidine. « Ceux qui ont fait des études ont tous été embauchés dans l’administration, ont été députés ou fait des affaires, les illettrés, eux, ont cherché du travail, ils n’avaient pas de métier, leurs maisons étaient détruites, leurs parents morts», nous dit-il.

« On leur a alors préparé ce avec quoi on a altéré l’image du moudjahid en leur proposant des bars», se désole-t-il. Il constate qu’à ce jour, il y a des moudjahidine qui ne sont pas logés. « C’est pour vous dire qu’on ne leur a pas rendu le bien qu’ils méritent. On a cru qu’en combattant l’ennemi nous étions des hommes et que nous nous retrouverons dans la paix et que nous profiterons pleinement de l’indépendance. Rien», se désole encore Si Meziane. « Le peuple se plaint auprès de nous, mais nous le gouvernement ne nous écoute pas. La famille révolutionnaire ne s’attendait pas à cela», conclut sous-officier du redoutable bataillon de choc.

– Cherif Hamici : Je souhaite que nos intellectuels qui sont à l’étranger rentrent

Huit personnes de sa famille, dont cinq frères, sont tombées au champ d’honneur. Cherif Hamici, 83 ans, le rappelle à chaque occasion qui lui est donnée pour témoigner de son parcours révolutionnaire. Engagé dans les rangs de l’ALN en novembre 1955 en tant que moussebel dans son village Fettala, à Tifra, il a cumulé des années de guerre dans les maquis de la Wilaya III jusqu’à mériter une médaille militaire qu’il tient, en octobre 1958, des mains de son chef militaire, Amirouche Aït Hamouda lui-même.

En la confiant au Musée du moudjahid de Béjaïa, il contribue à l’entretien de la mémoire collective autour d’une guerre qui a marqué l’histoire des révolutions dans le monde. Devant les couleurs nationales, Cherif Hamici se montre submergé par la fierté. « Quand je vois aujourd’hui notre drapeau flotter dans les pays, j’ai de la joie et de la fierté dans le cœur», nous dit-il. Le baptême du feu de Si Cherif a été à Lambert, dans sa région natale, en 1956. Il a descendu « deux Sénégalais» en faction dans le poste de la caserne militaire un jour de neige.

L’action lui a valu son adhésion à l’ALN. En tant que soldat, il a pris part à de nombreuses actions, dont celle d’un dépôt de liège aux environs de Tikbal. Lors de plusieurs opérations, Si Cherif a pu récupérer des armes sur les corps des militaires français abattus. Quelle est la bataille qui est restée gravée le plus dans sa mémoire ? Son âge avancé n’a rien effacé, toutes lui sont restées en souvenir. Parmi elles, l’embuscade de Azazga où on avait brûlé un blindé, récupéré des Mag 50, mitraillettes, carabines américaines, et 36 000 cartouches.

Des forces coloniales étalées dans le défilement de 35 blindés on en a fait une bouchée. Dans une autre embuscade qui s’est transformée en un accrochage d’une journée, à Iaâzouzène, à Tizi Ouzou, on a aussi récupéré pas mal Lire la suite

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