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«Il est irréaliste d’envisager un consensus au sein de l’UA contre la RASD»

Publié le 24/10/2017, par dans Non classé.

– La décision de la Côte d’Ivoire de ne pas adresser d’invitation à la RASD, membre de l’UA, pour participer au sommet UE-UA d’Abidjan les 29 et 30 novembre prochain serait-elle une nouvelle tentative du couple franco-marocain pour barrer la route à la RASD ?

En réalité, la Côte d’Ivoire, pays hôte, n’a pas qualité pour fixer les critères ou la liste des Etats membres participants ; elle jouit du privilège de faire suivre les invitations. Ceci est plus une convenance et une courtoisie qu’un pouvoir du pays hôte. Il s’agit en l’état d’un sommet de l’Union africaine, pas entre deux Etats.

A ce titre, c’est le Conseil exécutif, c’est-à-dire les ministres des Affaires étrangères, qui est statutairement qualifié pour le faire. Le président de la commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, reçoit mandat de ce Conseil pour entamer des consultations, dont les résultats devraient être connus dans moins d’une semaine.

L’UA a tiré les leçons des expériences précédentes avant l’adhésion du Maroc l’année dernière, quand ses alliés traditionnels comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, ou nouveau comme la Guinée faisaient, comme maintenant, de l’obstruction procédurale par délégation.

– Le Maroc avait déjà tenté de torpiller la participation sahraouie lors du sommet d’août Afrique-Japon au Mozambique…

Si la même démarche est adoptée avec les mêmes acteurs et les mêmes demandes, le résultat sera forcément le même. Il est irréaliste d’envisager un consensus au sein du Conseil exécutif contre la participation de la Rasd, car les décisions antérieures de l’UA sont claires et non équivoques en la matière.

Il reste que si le sujet est évoqué avec insistance et beaucoup de bruit, c’est parce que c’est un sommet avec l’Europe, dont la Cour de justice a pris des décisions courageuses sur la question du statut juridique du Sahara occidental, mais c’est également une zone qui consacre 21 milliards d’euros d’aide au développement à notre continent et investit, ces dernières années, une moyenne de 30 milliards d’euros/an, essentiellement en zone anglophone d’ailleurs.

Les enjeux sont importants en raison également de la proximité avec l’Afrique, qui représente pour l’Europe autant d’atouts que de risques.

– Peut-on parler d’une ligne de fracture entre les pays francophones et l’Algérie sur la question du Sahara occidental ?

Pas tout à fait, même si les équilibres ne sont plus en faveur du groupe francophone du fait du poids régional des pays d’Afrique anglophone et lusophone. C’est d’ailleurs les Etats de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) — à l’exception du Malawi — qui ont fixé la date limite du 27 octobre au président de la Commission pour rendre ses conclusions et faire suivre les invitations officielles, car le délai d’un mois est à peine raisonnable, s’agissant d’un sommet de chefs d’Etat.

– Grâce à une politique économique volontariste en Afrique, le Maroc est-il en position de force face à son voisin algérien ?

Je ne suis pas enclin à ces comparaisons qui mettent les deux pays dans des postures antagoniques et qui ont fini par faire de la qualité des relations entre l’Algérie et le Maroc un obstacle à la promotion de nos rapports avec la France, l’Espagne et certains pays du Golfe qui ont une responsabilité directe dans l’intransigeance du Maroc sur la question du Sahara.

Nous n’avons pas les mêmes démarches ni les mêmes alliances, car nous tenons à préserver l’autonomie de notre décision diplomatique, ce qui donne peut-être à notre action moins de visibilité, car non portée dans des relais régionaux. Chaque diplomatie a son identité, le socle normatif de la nôtre est naturellement consubstantiel à notre parcours historique et se projette en Afrique comme une profondeur stratégique naturelle. Nous le faisons plutôt bien, mais avec nos moyens propres.

Nous avons notre agenda avec ses contraintes ou atouts géopolitiques, une masse territoriale exigeante, un engagement solidaire mais coûteux dans la lutte contre le terrorisme international et un potentiel à développer en termes de présence humaine, culturelle et économique en Afrique.

Notre contribution à la décolonisation de l’Afrique lusophone et anglophone est reconnue et fait partie de la mémoire collective de l’Afrique. On peut citer à titre d’exemple le geste fort du Sommet de l’OUA, en Tanzanie en 1996 et à l’unanimité de ses membres, fait en pleine crise politico-sécuritaire, de tenir son sommet en Algérie en 1999.

– En fin de compte, le retour du Maroc au sein de l’UA avait pour but de peser sur le dossier sahraoui au sein de l’organisation…

En fait, notre voisin avait plusieurs options, soit adhérer à l’Union africaine pour corriger une erreur commise en 1984, car il s’était retiré deux années après l’entrée de la Rasd, suivi uniquement par l’ex-Zaïre pendant deux années seulement. Il pouvait également le faire pour fragiliser cette organisation en consolidant, à son détriment, les organisations régionales comme la Cedeao ou encore le G5 Sahel.

Enfin, le faire avec l’objectif d’en exclure la Rasd — membre fondateur de l’UA —, ou pour le moins réduire sa participation dans les forums non africains qui offrent une tribune de choix aux Sahraouis et consolident leur représentativité internationale. Mais pour faire tout cela, il faut avoir toute l’Union africaine derrière soi, ce qui n’est pas le cas.

– Le rapport de force sur la question sahraouie est-il toujours en faveur de la RASD au sein de l’UA ? Comment voyez-vous l’évolution de la question sahraouie au sein de l’institution africaine ?

L’Union africaine est l’organisation qui porte le mieux les revendications d’autodétermination des peuples et l’Afrique compte le dernier territoire à décoloniser, selon les propres termes de l’ONU qui, pas plus qu’un autre Etat dans le monde, ne reconnaît pas la souveraineté du Maroc sur ces territoires.

L’acte fondateur de l’UA consacre concrètement l’égalité souveraine des Etats, a contrario le Conseil de sécurité de l’ONU, qui représente l’ordre des vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale, peut par le jeu du veto ralentir ou bloquer le rétablissement d’un peuple dans ses droits légitimes, comme c’est le cas en Palestine ou au Sahara occidental. Lire la suite

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