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Gaz de schiste : Fuite en avant ou dossier très mal ficelé ?

Publié le 17/10/2017, par dans Non classé.

Le cadre du processus de décision : qu’est-ce que le gaz de schiste ? Un gaz non conventionnel, très difficile à extraire car bloqué dans sa roche mère, très coûteux à extraire en dehors des Etats-Unis, demandant des centaines de sociétés sous-traitantes, et géré par de nombreuses sociétés exploitantes privées (multinationales, grands indépendants, moyennes sociétés).

L’industrie du gaz de schiste actuelle se limite au forage horizontal couplé avec la fracturation hydraulique en attendant de futures ruptures technologiques (GPL, nitrate d’ammonium, stimulation, etc.) plus acceptables sur le plan environnemental. Notre économie va traverser des turbulences sévères durant les 4 ou 5 prochaines années (FRR disparu en 2017, réserves équivalentes à 3 mois d’importation avant 2020, fin des exportations pétrolières dès 2022, gaz naturel à faible rentabilité, etc.)

– Expériences internationales en gaz de schiste : quelles leçons en tirer ? La production de gaz de schiste vient de croître considérablement à raison de 28% par an, atteignant, après 10 ans seulement, 13% de la production mondiale contre 0,05% en 2001. Technologiquement, le gaz de schiste est « commercialement» exploité aux USA depuis 2005, et 2008 pour le Canada. En 2015, les Etats-Unis contribuaient à hauteur de 87% de la production mondiale et 13% pour le Canada.

Cette production américaine, soit 381 milliards de mètres cubes, constitue le double de la production brute algérienne en gaz naturel. Depuis 2016, d’autres pays (Chine, Argentine, Mexico, Australie, Afrique du Sud, UE) envisagent d’exploiter leur gaz de schiste. Cependant, beaucoup ont décidé d’interdire l’exploitation de leur gaz de schiste (l’Ecosse, la France, etc.).

Pourquoi les USA avaient-ils décidé d’exploiter leur pétrole et leur gaz de schiste après avoir, dès 1980, financé les travaux de R/D sur la fracturation hydraulique ? Primo, vers 2000 les réserves de gaz naturel étaient de 8 années seulement et posaient un grave problème d’indépendance énergétique. Secundo, les coûts (cash cost) d’exploitation de leur pétrole conventionnel étaient élevés, soit 20,99 dollars/bbl contre 23,35 dollars/bbl pour le pétrole de schiste des gisements compétitifs et 8,98 dollars/bbl en Arabie Saoudite.

Ces deux raisons fondamentales expliquent la décision d’aller vers le pétrole (et le gaz) de schiste, nonobstant les contraintes environnementales sévèrement protégées aux Etats-Unis grâce à une législation adéquate et des agences compétentes.
– Réalités algériennes : la réalité algérienne est complètement différente de celle des USA ou de la Chine : l’Algérie, c’est 60 ans d’autonomie gazière, et des sociétés publiques inefficaces (3 mois pour forer un puits contre 1 semaine aux Etats-Unis).

En termes de ressources, l’Algérie, en fait le Sahara, possède les plus grandes réserves mondiales de gaz de schiste, soit 700 000 milliards de mètres cubes (Téra m3), et non 700 000 milliards de pieds cubes (soit 30 fois moins) comme annoncé en 2013 par l’Agence US. Ces ressources techniques correspondraient à un potentiel économiquement exploitable de 70 000 milliards de mètres cubes, soit 35 fois plus que le gisement de Hassi R’Mel, et beaucoup plus que les ressources en gaz de schiste américaines, canadiennes, chinoises ou d’Argentine.

Cependant, le véritable problème, et principale variable de décision, est que l’Algérie dispose de réserves en gaz conventionnel à Hassi R’Mel (2000 milliards de mètres cubes), dans d’autres gisements (1000 milliards de mètres cubes) et de gaz associé dans les gisements pétroliers (1500 milliards de mètres cubes). L’Algérie a donc 60 années de réserves de gaz conventionnel et qui coûte en tête de puits entre 0,10 centime US/ MM BTU (à Hassi R’Mel) et 4 dollars/MM BTU à In Salah (à cause de l’extraction de gaz carbonique, pour plaire aux associés écolos BP et Statoil, CO2).

Avant de continuer, il importe de savoir qu’aujourd’hui, et dans le meilleur des cas, le coût de production de gaz de schiste algérien sera supérieur à 12 dollars/MM BTU contre 3 dollars/MM BTU aux Etats-Unis et au prix de vente rendu en Europe de 8 dollars/MM BTU mais il devient 2 dollars/MM BTU en prix net algérien après avoir défalqué les différents coûts hors Algérie (méthanier, regazéfication, etc.).

– Options : l’Algérie gagnerait à analyser toutes les options telles la récupération tertiaire du pétrole de Hassi Messaoud et de Rhourde El Baghel, éviter le gâchis des 90 milliards de mètres cubes de gaz associés réinjectés dans les gisements pétroliers (soit l’équivalent du quart du gaz de schiste produit aux USA), l’exploration des gisements pétroliers dans le Nord. Le dossier gaz de schiste mériterait d’être mis au placard, en attendant de nouvelles technologies à la place de la fracturation hydraulique.

D’où la nécessité d’approfondir l’analyse du dossier, en y associant la société civile et ses compétences. Cependant, si les responsables devaient maintenir l’option gaz de schiste, alors nous leur recommanderions de tenir compte d’un coût environnemental réaliste (attention à l’uranium du Silurien), de choisir des sites minimisant les contraintes et les dégâts.

Enfin, quelle confiance accorder à des bureaucrates pétroliers incompétents « grâce» à qui l’Algérie est le seul pays au monde à utiliser le plomb tétraéthyle (PTE) dans l’essence Super, le PTE est un produit très nocif pour le cerveau des enfants. Surtout que pour éliminer le PTE, il suffit d’utiliser le méthanol produit à 500 m de la raffinerie d’Arzew. Les équités ou iniquités intergénérationnelles (enfants d’aujourd’hui = jeunesse de demain) et interterritoriales (In Salah) ont-elles une cause commune : l’incompétence érigée en système ?
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