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«Envisager un 5e mandat pour le Président est une provocation…»

Publié le 23/10/2017, par dans Non classé.

Sérieuse option ou écran de fumée ? « Le but du débat sur l’éventualité d’un 5e mandat pour Abdelaziz Bouteflika est de détourner l’opinion publique et de faire oublier la crise multidimensionnelle à laquelle le pouvoir actuel est incapable de trouver des solutions», analyse Mokrane Aït Larbi. « Toute tentative d’un 5e mandat ou de ‘‘tawrith » (succession dynastique) poussera inévitablement le peuple à s’exprimer dans la rue», prévient-il.
– Des acteurs politiques expriment des inquiétudes d’abord en raison des difficultés de la situation au double plan politique et économique dans laquelle se trouve le pays, mais aussi de « peur» de voir Abdelaziz Bouteflika briguer un 5e mandat présidentiel. Pensez-vous que c’est une option plausible ?

Est-ce que la classe politique et les médias sont condamnés à passer les 18 mois qui nous séparent de la prochaine élection présidentielle à parler d’un éventuel 5e mandat pour Abdelaziz Bouteflika ou d’un éventuel premier mandat pour son frère ? Ce discours repris par calcul ou de bonne foi risque de banaliser cette option et de laisser le peuple indifférent. Or, le fait d’envisager un 5e mandat pour un Président qui a du mal à terminer le 4e est en soi une provocation et un mépris pour le peuple.

Pour rappel, le peuple algérien, malgré les conditions de vie difficiles, n’est jamais descendu dans la rue pour défendre son pain. Cependant, il l’a fait dans des moments décisifs de son histoire pour défendre sa dignité, en mai 1945, décembre 1960, l’été 1962, avril 1980 et octobre 1988, pour ne citer que ces dates.

Ces quelques faits historiques démontrent que toute tentative d’un 5e mandat ou de « tawrith» poussera inévitablement le peuple à s’exprimer dans la rue. A mon avis, le but du débat sur l’éventualité d’un 5e mandat pour Abdelaziz Bouteflika est de détourner l’opinion publique et de faire oublier la crise multidimensionnelle à laquelle le pouvoir actuel est incapable de trouver des solutions.

Car au moment où l’opposition subit les dommages collatéraux des dernières élections législatives, les « faiseurs» de présidents préparent un candidat de consensus des différents groupes d’intérêt. Et ce « consensus» trouvera bien entendu un soutien inconditionnel de dizaines de partis politiques sans militants, de la direction de l’UGTA et autres « organisations de masse», du FCE…

– Le chef de l’Etat exerce-t-il encore sa fonction, ou sommes-nous en présence d’une vacance du pouvoir ?

Cette question a été posée lors de l’hospitalisation du Président au Val-de-Grâce, mais l’absence de Abdelaziz Bouteflika pendant huit mois n’a pas empêché le 4e mandat. Sur le plan constitutionnel, l’empêchement du Président d’exercer ses fonctions pour maladie grave et durable ne peut se réaliser qu’en application de l’article 102 de la Constitution, qui prévoit que le Conseil constitutionnel propose à l’unanimité de déclarer l’état d’empêchement au Parlement, qui doit se prononcer à la majorité des deux tiers des deux Chambres réunies.

Or, le Conseil constitutionnel n’est pas indépendant, et les partis qui demandent la mise en application de cette procédure n’ont pas la majorité parlementaire, de même que les partis qui ont la majorité ne veulent pas entendre parler de cette option, car pour ces derniers lePprésident « exerce ses fonctions au quotidien».

Donc, cette procédure sur le plan légal et pratique semble impossible, en tout cas pour le moment. Par conséquent, l’opposition, réduite à s’opposer par communiqués, est invitée à trouver d’autres options de sortie de crise. Par ailleurs, le peuple algérien n’a pas entendu la voix du Président depuis son investiture en avril 2014. Face à cela, je ne pense pas qu’il y ait un Algérien qui n’ait pas de réponse à ce sujet.

– Etes-vous du même avis que ceux qui considèrent que le chef de l’Etat ne tient plus le gouvernail et que d’autres forces « extraconstitutionnelles» s’emparent de la décision politique et économique ?

Beaucoup de personnalités spéculent sur cette question, mais personne n’a vu de près comment sont prises les décisions importantes, ni par qui, car elles sont prises dans les coulisses du pouvoir. Et ce n’est pas à travers une analyse virtuelle qu’on peut répondre à cette question. A mon avis, il n’y a que six hauts responsables qui peuvent et doivent y répondre. J’ajouterais que le Parlement a le pouvoir de les convoquer et de les inviter à répondre publiquement à la question.

– Le débat sur le rôle de l’armée dans la décision politique refait surface. Comment sont, selon vous, les rapports entre l’institution militaire et la Présidence ?

Le Président ne s’exprime pas, le commandement militaire ne communique pas sur les relations entre le Président et l’armée, comment voulez-vous qu’à partir de mon cabinet ou d’une salle d’audience, loin d’El Mouradia, des Tagarins, et même de Zéralda, je puisse connaître les relations entre ces deux institutions ? Ceci étant dit, je pourrais me livrer, comme certains, à une analyse virtuelle sur des sujets aussi graves relatifs au fonctionnement au sommet de l’Etat, mais je laisserai cela à des esprits plus éclairés.

– Le rôle de l’armée sera-t-il décisif dans le choix du Président en 2019 ?

Pour rappel, c’est le commandement militaire qui a créé et soutenu ce système depuis 1962, en imposant les chefs de l’Etat, d’Ahmed Ben Bella à Abdelaziz Bouteflika. Et je ne vois pas pour quel motif l’armée dérogerait à cette règle en 2019. Il est de notoriété publique que le pouvoir n’a pas de candidat naturel, et que chaque clan du système cherche à imposer son chef pour préserver ses intérêts claniques.

Et que l’opposition, malade de leadership et de problèmes internes, n’a pas les moyens de se mettre d’accord sur un candidat face à celui du pouvoir, ni la crédibilité nécessaire pour mobiliser les électeurs. Face à cette situation, c’est l’armée qui choisira encore une fois le Président. D’ailleurs, certaines personnalités refusent de s’exprimer publiquement, chacune dans l’espoir d’être « l’heureux élu».

– Les rapports de force au sein du système de pouvoir ont-ils évolué depuis la dissolution du DRS, et au profit de qui ?

La réorganisation des services et le changement de sigle n’impliquent pas forcément un déséquilibre des rapports de force au sein du système. Par ailleurs, le DRS, Lire la suite

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