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Du moudjahid d’hier au citoyen d’aujourd’hui

Publié le 27/10/2017, par dans Non classé.

Né en 1938 dans les Aïth Oughlis dans la région de Sidi Aïch, je faisais partie d’une génération qui a mûri très tôt du fait des humiliations, des crimes et des injustices que nous subissions quotidiennement du colonialisme.
Nous étions étrangers dans notre propre pays ; pire, nous étions considérés comme des sujets français du fait du code de l’indigénat de 1871, c’est-à-dire avec des obligations et sans aucun droit. Cette situation nous a forgés de sorte que notre ennemi était montré du doigt depuis le berceau et chacun de nous attendait l’heure de la vengeance. Et les massacres du 8 Mai 1945 furent un déclic pour tous les Algériens qui, après de vaines revendications, étaient parvenus enfin à comprendre que l’heure est venue pour passer à l’action armée ; le 1er Novembre 1954 est enfin arrivé.

Et c’est en septembre 1956, un mois après le Congrès de la Soummam, que je pris le maquis, au moment où j’étais étudiant gréviste, tout comme de nombreux autres jeunes. Mon arrivée au maquis fut un rêve, surtout au moment de ma rencontre avec Amirouche Aït Hamouda. Et lorsqu’il me confia une première mission, je me suis senti très fier. Je devais en effet transporter sur mon dos la somme de 100 millions d’anciens francs depuis notre PC de Wilaya à Mezouara (Akfadou) jusque dans les Bibans, plus précisément au village Moka où un responsable m’attendait pour acheminer une telle fortune jusqu’aux Aurès.

Mon bonheur fut lorsque, une dizaine de jours plus tard, je rendis compte au commandant Amirouche de l’accomplissement de la mission et que l’argent n’est pas tombé entre les mains de l’ennemi, comme il me l’avait ordonné. Je venais d’avoir mes dix-huit ans. Nous avons sillonné tout le territoire de la Wilaya III pour répondre aux besoins de notre Révolution. De la Soummam à l’Oued Isser et Boubehir, de l’Akfadou à la forêt de Mizrana, nous n’avions connu aucun répit, toujours pour mieux servir.

Et en juin 1959 dans le douar Nezlioua, près de Draâ El Mizan, nous avions affronté les forces ennemies sur un terrain découvert. Devant la situation critique où nous nous trouvions, mes compagnons et moi avions dû notre salut à un soldat anonyme qui, du haut de son half track, avec une mitrailleuse braquée en notre direction, nous faisait signe de passer de son bras largement déployé, alors que nous étions à une vingtaine de mètres seulement.

Non loin de là, au village Taouarirt, près de Boghni, nous avions attaqué le poste militaire le 31 octobre 1959 à minuit pour marquer le cinquième anniversaire du déclenchement de notre glorieuse Révolution. Nous étions alors un groupe d’une dizaine de moudjahidine portant des armes hétéroclites. En plus, nous étions en pleine opération « Jumelles», au cours de laquelle des dizaines de milliers de soldats passaient toute la région au rouleau compresseur.

Lorsque nous avions tiré les premières rafales, nous étions envahis par une immense fierté pour avoir suivi la voie de nos aînés de Novembre. Nous savions que tous les soldats se trouvant dans la région se dirigeraient vers nous tel un essaim d’abeilles pour venger notre hardiesse, en ces moments où il fallait se tenir à l’écart et laisser passer la vague.

Mais grâce à cette population de Boufhima, de Pirette qui nous a toujours soutenus et encouragés, nous allions de plus en plus de l’avant vers l’aube de la victoire. Et à Boghni, nous nous réfugiâmes au Bordj turc chez un gardien de prison pour fuir les forces de l’opération « Jumelles». Et le douar Aït Khoufi qui, du haut de ses cimes, nous accueillait, jusqu’à Tala Guilef pour sentir le grand air et laisser le champ libre aux soldats dans l’Azaghar où le relief nous est défavorable.

Le capitaine Benour Ali, héros de la Basse Kabylie, n’était pas loin pour veiller à nos escapades. Et puis, vers fin octobre de la même année, il fut grièvement blessé et capturé dans les Aït Yahia Oumoussa, en même temps qu’Oukil Ramdane,l’infirmier de région. Devant son entêtement à refuser les tentatives de revirement, il fut exécuté. Son image restera toujours en moi, comme un homme affable, aimable et un vrai chef de guerre.

Depuis, l’ambiance ayant changé dans la Zone 4, j’étais heureux de recevoir ma mutation en Zone 3. Et au PC, je retrouvais mon ami Ouali Aït Ahmed, Rahim Hamoutène, Moh Amirouche, Omar Taouinte et les autres membres de notre équipe. Et c’est là, à Tala Igouraouène, que nous avons reçu le colonel Salah Zamoum qui revenait d’un voyage à Paris où il avait rencontré le général de Gaulle. Il voulait surtout connaître les intentions du président français, quant à l’application de l’autodétermination du peuple algérien que le général avait proclamée quelques mois auparavant.

N’ayant pas obtenu l’autorisation de consulter les 5 prisonniers de la santé et de rencontrer les membres du GPRA, l’affaire de l’Elysée s’est terminée en queue de poisson. Alors qu’à l’époque, nous désapprouvions son initiative, aujourd’hui nous trouvons cela normal après avoir découvert les intrigues des chefs de l’extérieur et l’abandon des maquis par ceux-là mêmes qui étaient chargés de nous approvisionner en armes.

Quelques mois plus tard, je recevais une promotion d’aspirant du colonel Si Mohand Oulhadj avec affectation dans la vallée de la Soummam dévastée par l’opération « Jumelles» ; j’ai senti une joie de me rapprocher de ma famille, mais aussi une inquiétude devant tous les dangers qui nous attendaient dans cette région meurtrie. D’ailleurs, nous étions tombés dans un grand ratissage le jour-même où nous avions traversé le Djurdjura.

C’était difficile, car nous avions assisté à la mort en direct de Md Améziane Ouhnia et de ses deux camarades retranchés dans une grotte au-dessus du village Timeliouine. Tout près de nous, un hélicoptère a déchiqueté leurs corps à l’aide de roquettes téléguidées. C’était un mauvais présage. Avec mes chefs et mes camarades, nous nous sommes attelés à reprendre en main cette région : reprendre la confiance de la population dont les villages étaient détruits pour leur fidélité à l’ALN.

Nous devions également aller au-devant des moudjahidine éparpillés un peu partout, contacter les personnalités, Lire la suite

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