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D’anciens maires d’Oran racontent leurs expériences

Publié le 15/10/2017, par dans Non classé.

Les témoignages des anciens maires d’Oran à qui l’on a mené la vie dure traduisent bien l’évolution du statut des élus locaux qui ont fini par se soumettre à l’administration et c’est ce qui a peut-être fini par lasser les électeurs. Juste après l’arrêt du processus électoral en 1992, les premières assemblées multipartites, dirigées en majorité par l’ex-FIS à Oran, n’ont pas dérogé à la règle. Elles ont été dissoutes de fait pour être remplacées par les Délégations exécutives communales (DEC).

C’est dans ce contexte que Henni Merouane, avocat et représentant local de la Ligue algérienne des droits de l’homme (version Miloud Brahimi), avait accepté, suite à une sollicitation en tant que notable de la ville, d’assumer cette responsabilité. « Dès que j’ai été installé, j’ai fait appel aux représentants des comités de quartiers pensant que les grands enjeux se trouvaient désormais dans les grandes villes et que la société civile avait un rôle important à jouer», se remémore-t-il. L’expérience est inédite en Algérie et, ajoute-t-il : « Ce qu’on appelle aujourd’hui la démocratie participative, moi, je l’avais appelé la gouvernance citoyenne.» Après avoir rétabli le fonctionnement normal de cette institution qui a été complètement chamboulée par les élus du parti dissous ayant instauré un climat de peur au sein des employés, il a installé deux commissions autonomes.

Un certain Abdelkader Alloula

La première à caractère culturel et social était dirigée par Abdelkader Alloula, et la seconde, devant s’occuper de l’urbanisme et de l’environnement, a été confiée à Mlle Bekouche, architecte. « Les deux commissions ont fait un travail remarquable. Les projets qu’on nous confiait étaient suivis, mais il y avait surtout des initiatives car les gens à ce moment-là travaillaient avec conviction et étaient souvent des bénévoles.» Oran a été choisie pour participer au regroupement « Metropolitan Gouvernance» à Tokyo et a intégré le réseau Medcity.

« J’ai reçu des encouragements de la part du ministre de l’Intérieur de l’époque, Mohamed Hardi, que Dieu ait son âme (il a été assassiné par les terroristes) et pour preuve, il m’a envoyé deux employés de son ministère pour s’imprégner de cette expérience nouvelle dans la gestion.»
Pourtant, les problèmes n’allaient pas tarder à survenir.

« J’étais jaloux de mes prérogatives et le wali de l’époque n’était pas préparé à ce genre de gouvernance, car il n’avait sans doute pas l’expérience des grandes villes», estime Henni Merouane qui ne garde pas de rancune particulière. « Pour vous donner un exemple, la wilaya a essayé de bloquer des délibérations en ne donnant pas de réponse mais la loi dit que passés 45 jours, le maire peut valider le procès-verbal et c’est ce que j’ai fait et la justice m’a donné raison car il m’a attaqué devant le tribunal administratif.»

A cette époque, la situation financière du pays n’était pas au beau fixe et, face au grand problème de la collecte des ordures, Henni Merouane a décidé, par exemple, de prendre le taureau par les cornes en empruntant de l’argent à la banque (BDL) pour acquérir des camions. « L’emprunt a été remboursé entièrement et avec le budget de la commune car nous n’avions pas été subventionnés», rappelle-t-il.

Peu à peu, les relations avec le chef de l’exécutif ont continué à se dégrader et le divorce a été inévitable. « Il fallait que quelqu’un parte et c’est pour cela que j’ai présenté ma démission. Mais dans la forme, c’est le wali qui a émis un arrêté mettant fin à mes fonctions.» Financièrement parlant, l’ancien DEC d’Oran était aisé et la fonction qu’il occupait ne lui rapportait rien du tout et c’est ce qui lui fait dire qu' »avant c’était l’esprit de sacrifice qui prévalait, alors qu’aujourd’hui c’est plutôt l’intérêt».

Les premières élections multipartites post-arrêt du processus électoral ont été remportées à Oran par le RND, et c’est Tayeb Zitouni, actuel ministre des Moudjahidine, qui a dirigé l’APC durant un mandat complet entre 1997 et 2002. Le problème se posera d’une autre manière pour son successeur, Noureddine Djellouli. Celui-ci était membre du comité central du FLN lorsque Ali Benflis était en même temps secrétaire général du FLN et chef de gouvernement.

FLN divisé

Il a, selon ses dires, décliné la suggestion de son mentor l’invitant à se préparer pour une candidature à l’APN. « Je ne voulais pas retourner à Alger, mais j’étais par contre curieux d’entamer une expérience à l’échelle locale, et c’est pour cela que j’ai proposé ma candidature laquelle a été acceptée par la direction du parti.» Elu maire d’Oran après les élections d’octobre 2002, il n’est resté que 15 mois.

Inquiété par la justice dans le cadre de ses fonctions, il a été incarcéré pendant 21 jours avant d’être relaxé puis blanchi suite aux recours introduits auprès de la Cour suprême. Entre-temps, il a été limogé. Même réhabilité juridiquement, il souffre encore d’avoir subi un affront sur le plan politique. A cette époque et contre toute attente, le chef de gouvernement et secrétaire général du FLN se préparait à se présenter contre le chef de l’Etat à la présidentielle de 2004.

Il ne veut pas revenir sur cet épisode mais il estime que c’est une atteinte à la démocratie. « Quand j’étais passé à Khalifa TV, j’ai dit au journaliste qui m’avait interrogé que, en ma qualité de membre du comité central du FLN et compte tenu que Ali Benflis était à la tête du parti, je n’avais d’autre choix que de soutenir mon secrétaire général en tant que candidat, sinon il aurait fallu que je quitte le FLN.» A son époque, le FLN était divisé entre les partisans de Bouteflika et les fidèles de Benflis et, si le concerné ne veut pas le dire ouvertement, on estime qu’il représente le dommage collatéral de la fracture de l’ex-parti unique.

A sa sortie de prison, il s’est impliqué dans la campagne de son candidat et, bien plus tard, il a contribué à la création du parti des Avant-gardes des libertés, dont il est aujourd’hui membre du comité central et contrôleur général. L’expérience de voir ce qu’est une collectivité locale étant faite, il pense aujourd’hui que le maire n’a aucun pouvoir par rapport à ceux des années 1970 Lire la suite

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