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Aux origines de la tension

Publié le 28/03/2017, par dans Non classé.

Les agriculteurs sont convaincus que la régulation dans ce secteur doit passer nécessairement par l’élaboration d’un Schéma national de production pour chaque aliment.
La pomme de terre est devenue, depuis quelques années déjà, la nouvelle poule aux œufs d’or de beaucoup d’agriculteurs. Légume le plus consommé par les Algériens, ce tubercule est en effet peu exigeant, de culture facile et très rentable. A Aïn Defla, où 56% de la superficie globale de la wilaya sont consacrés à l’activité agricole, plus de 80% des 30 000 agriculteurs que compte la région cultivent la pomme de terre.

Je connais beaucoup d’exploitants agricoles qui étaient de simples fellahs dans les années 80/90′, et qui ont réussi à se faire une fortune grâce à cette culture en l’espace d’une dizaine d’années, tout en contribuant au développement de cette activité dans la région qui promettait un bel avenir», nous confie Hadj Smaïl, un sexagénaire, fellah de son état, rencontré au village agricole Bir Ould Khlifa, à l’occasion d’une journée de sensibilisation sur les maladies des végétaux. « On voulait faire de cette localité un exemple en matière de productivité, de rendement, et surtout de gestion harmonieuse des cultures.

Mais c’était compter sans l’anarchie et le désordre qui ont prévalu dans le secteur, après la suppression du fameux Plan de culture national à la fin des années 1980», poursuit l’agriculteur. Et d’expliquer : « Aujourd’hui, les temps ont changé. N’importe qui peut cultiver n’importe quoi. Et la ruée vers la pomme de terre a eu un effet inverse sur le secteur en provoquant une chute vertigineuse des prix à cause de la surproduction. Revers de la médaille, beaucoup d’agriculteurs se sont ainsi ruinés par cette même culture qui a fait leurs beaux jours il y a quelques années.» D’autres ont tout de même persévéré et réussi à maintenir un minimum d’activité, en réduisant les superficies à cultiver.

Située à environ 15 km au nord-ouest de Aïn Defla, El Amra est considérée comme un fleuron de l’agriculture dans la région. Hamza Bouchakour, patron d’une exploitation agricole de 85 hectares, aux terres fertiles et productives, y cultive, depuis plus de 20 ans, des céréales, mais aussi des produits maraîchers en alternance, dont la pomme de terre. Il a appris, cependant, à ne pas tomber dans le piège de la surproduction. « Nous avons réalisé ces trois dernières années une production record de légumineuses, notamment de pomme de terre.

L’offre était abondante, dépassant largement la demande des consommateurs et les systèmes mis en place pour prendre en charge le surplus de production ne pouvaient pas tout absorber. Le prix du kilo de pomme de terre a chuté l’année dernière jusqu’à 7 dinars et des milliards de centimes sont partis en fumée», résume M. Bouchakour, lui qui a décidé pour cette saison de réduire de 50% la superficie qu’il consacrait habituellement à ce tubercule.

Produire moins pour survivre…

« Faute de moyens financiers, les agriculteurs de la région n’ont pas eu d’autre choix que de diminuer les surfaces à cultiver», nous explique-t-il encore. Résultat des courses : la production d’arrière-saison de pomme de terre, dans plusieurs communes de Aïn Defla, a diminué de pas moins de 30% et son prix, à la collecte sur champ, est aujourd’hui à 35 dinars le kilo, entre 45 et 47 dinars aux marchés de gros, et termine sur les étals des détaillants à 50 dinars, voire plus. Il faut savoir à ce propos que le coût de production d’un hectare de pomme de terre, toutes charges confondues, oscille entre 750 000 et 850 000 DA.

Pour un minimum de rentabilité, le fellah ne doit pas céder sa production à moins de 25 DA le kilo. « Il y a réellement une diminution de la production cette année. La multiplication des intermédiaires ou la spéculation, un phénomène qui ne concerne pas d’ailleurs uniquement les produits agricoles, ne sont que des facteurs amplificateurs mais ne sont pas à l’origine de l’envolée des prix constatées ces jours-ci, comme certains officiels tentent d’expliquer», nous disent les agriculteurs.

Selon eux, les prix se maintiendront à ce niveau et ne connaîtront pas une baisse sensible jusqu’au mois de mai, « d’autant plus que la récolte de la primeur ne se fera pas en avril en raison du retard enregistré lors de la dernière campagne de semences». Quant aux autres produits cultivés en majorité sous serre, telle que la tomate, la courgette, ou encore le poivron, leur prix ne pouvait pas échapper, en cette période, à une brusque hausse.

« Un fruit ou un légume acheté hors saison, ou en tout début, sera forcément plus cher qu’en pleine saison, d’autant qu’il s’agit de produits agricoles frais, fragiles et généralement non stockables et non concernés par le Syrpalac (Système de régulation des produits agricoles de large consommation) qui intervient en cas de pénurie ou de baisse de l’offre», nous expliquent encore les producteurs. Créé en 2009, ce système n’est donc pas « la solution miracle» au problème de la régulation des produits agricoles, « d’autant qu’il a montré ses limites pour ce qui est des produits hors saison, mais aussi en temps de surabondance et de production record», nous dit-on.

Les agriculteurs sont convaincus, en effet, que la régulation dans ce secteur doit passer, d’abord, par l’élaboration d’un Schéma national de production pour chaque aliment. Il faudrait ensuite agir pour mettre fin à l’anarchie observée dans le circuit commercial, tout en renforçant la chaîne de transformation et de conservation industrielle des produits agricoles, mais aussi en levant les obstacles qui empêchent ceux parmi les agriculteurs pouvant pénétrer des marchés internationaux avec l’exportation du surplus de leur production.

Traçabilité défaillante

Notons qu’à Aïn Defla, pas moins de 80 opérateurs privés, répartis à travers 14 communes, participent aux opérations de stockage et de déstockage entrant dans le cadre du système Syrpalac. Afin de parer à toute forme de spéculation, les autorités locales ont mis en place deux brigades de contrôle composées de représentants des agriculteurs, de la Direction des services agricoles, du commerce et de la gendarmerie.

A ce jour, ces brigades ont assisté au déstockage de 64% des quantités de pomme de terre entreposées, représentant Lire la suite

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