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Aux frères Belges, l’Algérie reconnaissante !

Publié le 31/10/2017, par dans Non classé.

Le moins que l’on puisse dire est que le colloque qui s’est tenu dimanche à la Bibliothèque nationale, sous le titre : « Le Front du Nord. Des Belges et la Guerre d’Algérie (1954-1962)», a été passionnant, intense et, bien entendu, riche d’enseignements.
Ce colloque-hommage est d’autant plus significatif qu’il a coïncidé avec le 63e anniversaire du déclenchement de la Révolution. Un timing parfait ! Alors que l’hymne national retentit dans la salle (dans sa version longue), Suzy Rosendor, l’une de ces grandes âmes de l’ombre, est émue aux larmes.

Elle confiera que ce qui l’avait touchée, outre le fait qu’elle écoutait Kassaman pour la première fois, sous le ciel de l’Algérie indépendante, c’est l’idée que cette musique de Mohamed Fawzi et ces couplets de Moufdi Zakaria pouvaient être « joués» en toute liberté. Comme nous le rapportions dans notre édition d’hier, le colloque organisé à l’initiative de l’ambassade de Belgique à Alger a mobilisé du beau monde et a vu pas moins de trois ministres de la République (les Moudjahidine, la Culture et la Communication) dépêchés à la Bibliothèque nationale (El Hamma).

De nombreux acteurs des réseaux belges ont livré leur témoignage à cette occasion avec une sobriété et une humilité qui les honorent. Il s’agit d’Henriette Moureaux qui s’est activement impliquée dans la cause algérienne aux côtés de son époux, Me Serge Moureaux, responsable du Collectif des avocats belges du FLN ; Suzy Thuy-Rosendor qui était agent de liaison proche de Omar Boudaoud et Kaddour Ladlani ; Anne Somerhausen, l’épouse de Luc Somerhausen, dit Alex, chef du Réseau Jeanson en Belgique ; Adeline Liebman, qui était liée au Réseau Curiel ; Marc Rayet, membre d’une cellule d’étudiants communistes engagés en faveur de l’Algérie et, enfin, Mateo Alaluf, alors jeune lycéen très actif dans le Comité d’aide médicale et sanitaire à l’Algérie.

Décryptant les profils et les motivations des membres des réseaux belges de soutien au FLN, Pierre Gillon, l’ambassadeur de Belgique, note surtout « la diversité et la variété des engagements, ceux des anticolonialistes, ceux des résistants de la Seconde Guerre mondiale, et qui avaient connu la torture sous le régime nazi, ceux des chrétiens progressistes, des juifs, des pacifistes, des communistes et bien d’autres».

Ali Haroun : « C’est un point de l’histoire totalement ignoré»

Le colloque est étrenné par le témoignage de Me Ali Haroun, figure de proue de la Fédération de France du FLN, pour qui ce colloque est un « moment historique». « C’est un point de l’histoire assez peu connu, pour ne pas dire totalement ignoré», regrette-t-il en parlant de ce Front du Nord. Pour l’ancien membre du HCE, « il faut distinguer le peuple du gouvernement belges, et au sein du premier, la petite minorité consciente de l’évolution vers la décolonisation».

S’agissant de la position officielle du pouvoir politique belge de l’époque, Ali Haroun rapporte que « dès 1955, lors de la 10e session de l’Assemblée générale des Nations unies, Paul-Henri Spaak, le ministre des Affaires étrangères belge, s’oppose à l’inscription de la question algérienne à l’ordre du jour de l’Assemblée générale de l’ONU en disant que ‘‘c’est une affaire intérieure française qui échappe à la compétence de l’ONU ».

« Le 31 août 1956, poursuit-il, Ferhat Abbas, porte-parole du FLN, devait animer une conférence de presse à l’hôtel Métropole, à Bruxelles. Il sera expulsé avec Ahmed Francis. Le ministre de la Justice belge avait jugé que c’était une ‘‘activité politique inopportune » .» Et de noter dans la foulée que « La Belgique officielle a été l’allié permanent du gouvernement socialiste de la IVe République».

L’auteur de La 7e Wilaya a évoqué ensuite l’engagement des amis belges de la Révolution algérienne en disant : « A côté de cela, il y a eu une minorité qui a compris quel était le but de la lutte des Algériens. Cette minorité, ce sont des gens en général de gauche, trotskistes ou communistes, chrétiens progressistes ou fils de résistants ayant souffert du régime nazi…».

« Nous avons utilisé la voiture d’un ministre pour traverser les frontières»

Ali Haroun indique que tout autour de l’Hexagone, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Italie, le FLN pouvait compter sur ces fameux Porteurs de valises dont le soutien logistique s’est révélé capital. Transport et hébergement de militants, transport de fonds, de documents, d’armes parfois, aide médicale, faux papiers (avec, en particulier, Adolfo Kaminsky)…, c’était bien plus que des « petites mains», comme se définit modestement Mateo. Il faut citer aussi l’action déterminante du Collectif des avocats du FLN en France et en Belgique qui a sauvé de nombreux détenus algériens de la guillotine.

Ali Haroun confie que Me Serge Moureaux, qui était fils d’un ministre dans le gouvernement belge de l’époque, mettait la voiture de son père au service du FLN : « Je pense qu’on peut le dire aujourd’hui, la prescription a joué : nous avons utilisé la voiture du ministre pour traverser les frontières avec l’aide d’Henriette», glisse-t-il dans un sourire. Me Ali Haroun a une pensée émue pour Luc Somerhausen.

Tout comme Serge Moureaux était fils de ministre, Luc Somerhausen « était le fils du président du Conseil d’Etat belge. Pendant que son père se trouvait au 2e étage, au 3e étage, c’était le comité fédéral de la Fédération de France du FLN qui se réunissait pour discuter des problèmes de transport de fonds, transport d’armes, etc.», assure M. Haroun.

Émouvantes retrouvailles avec Omar Boudaoud

A ce moment précis, Me Ali Haroun interrompt net son récit en remarquant l’arrivée-surprise de Omar Boudaoud, qui s’avance sur une chaise roulante. La salle l’accueille avec des applaudissements nourris. Bien que physiquement diminué, l’ancien responsable de la Fédération de France du FLN a tenu à honorer les frères belges de sa présence. « C’est notre chef !» lance avec fierté Me Ali Haroun. « Je vous l’ai dit, c’est un jour historique.

Il a été (Omar Bouadoud, ndlr) président du dernier CNRA qui s’est tenu le 6 juin 1962 à Tripoli. Je suis heureux que l’occasion nous soit donnée de le recevoir parmi nous», exulte-t-il tandis que les ministres Tayeb Zitouni, Azzedine Mihoubi et Djamel Kaouane se ruent vers le vénérable patriarche de la Fédération de France pour le saluer avec déférence. Lire la suite

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