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Zina Harraïgue : Une grande figure de la Révolution algérienne nous quitte

Publié le 19/09/2016, par dans Non classé.

Nous venons d’apprendre le décès de Zina Harraïgue-Benadouda. Pour beaucoup d’entre nous et surtout pour la nouvelle génération d’Algériennes et d’Algériens, ce nom pourrait ne rien dire.
Mais il nous semble important d’évoquer ce que Zina a été et surtout a donné pour qu’aujourd’hui nous puissions encore nous prévaloir de vivre dans un pays libre et indépendant. Permettez-moi d’apporter ce court résumé de son parcours recueilli de son vivant, avant que la longue maladie dont elle souffrait finisse par l’emporter.

Une enfance difficile

Née en 1934 d’une famille mixte (père algérien, mère allemande), Zina est sœur de cinq garçons et deux filles. Orpheline de père à 8 ans, elle mène une vie difficile, guettée par le typhus et autres maladies endémiques que la misère générale faisait le lot quotidien de la plupart des Algériens de l’époque.

Pour y faire face, elle est obligée de travailler très jeune en gardant les enfants des familles européennes nanties.
Ballottée entre Bougie et Sétif, elle va connaître à 11 ans sa première expérience politique en assistant aux massacres du 8 Mai 1945. Marquée par l’événement, elle deviendra sensible aux propos de ses frères engagés dans la lutte clandestine du PPA.

De 1945 à 1954, contrainte et forcée par les dures conditions d’existence, elle quitte l’école pour travailler comme fille de salle-infirmière dans une clinique de la ville. En novembre 1954, elle part pour la France avec sa mère, deux de ses frères et une sœur. C’est là que commence le travail en usine : fabrication à la chaîne de boulons pour bateaux de 6h du matin à 6h du soir.

Une première responsabilité par délégation de pouvoir

Militant nationaliste et syndicaliste, son frère est arrêté et déporté à la prison de Berrouaghia. Les ouvriers de l’usine viennent voir Zina et lui demandent de prendre la place du frère pour les représenter au syndicat. Elle avait déjà fait l’écrivain public pour eux. Au retour de prison, le frère réunit les ouvriers et les convainc de rejoindre le FLN. C’est la période de l’affrontement entre messalistes et frontistes pour s’assurer le contrôle de l’émigration.

La région de Lyon, Saint-Etienne, Firminy est un véritable champ de bataille et Zina s’y trouve impliquée pour le transport d’armes et la liaison avec les responsables régionaux et centraux. C’est là qu’elle rencontre Kaddour Ladlani et Salah Louanchi,de la direction de la Fédération de France du FLN. Le travail pour l’organisation commence à l’emporter sur le travail à l’usine. Les jours fériés et les congés de maladie ne suffisent plus à justifier ses absences. Elle quitte donc l’usine pour s’adonner au travail de l’organisation clandestine à plein temps.

Intégrée dans une cellule dont son frère était responsable, elle finit par assumer les charges les plus ingrates : transport de documents, d’armes, d’argent pour les « groupes de choc». « Elle est la seule à pouvoir passer inaperçue.» Et puis c’est la sœur de celui auquel les militants vouent un grand respect.

Omar Harraïgue lui-même trouve en elle la seule personne en laquelle il aitune totale confiance. La voici donc investie de toute la confiance et de toutes les charges de liaison et communication. Les déplacements deviennent plus importants ; ils atteignent une échelle régionale. Ils comprennent même parfois l’accompagnement de hauts responsables pour leur servir de couverture.

Une nouvelle responsabilité par délégation de pouvoir

1957 est l’année qui voit la mise en place de l’Organisation spéciale de la Fédération de France du FLN (dorénavant OS-FFFLN). Zina y est intégrée sans qu’elle le sache vraiment. Elle subit les mêmes tests et les mêmes épreuves que les militants hommes qui ont été sélectionnés pour en faire partie.

La sphère de ses missions s’élargit, le réseau des liaisons s’étend maintenant à tout le territoire français et c’est à elle, entre autres, que revient la lourde charge du transport de l’argent entre Lyon et Paris ainsi que celui des armes en sens inverse. Elle devient le contact principal de la wilaya du Sud avec la direction de la Fédération.

Zina rencontre toute la nomenclature de la FFFLN : Boudaoud, Bouaziz, Kebaïli, Manaa, Benadouda, etc. Elle finit par être recherchée par les services de police français et condamnée, elle aussi, par contumace. Elle entre alors en clandestinité au moment même où son frère quitte le territoire français pour rejoindre l’armée de libération nationale aux frontières. « J’ai obtenu ainsi mon indépendance», dit-elle. En fait, elle devient libre de tout ancrage local ou régional.

Elle ne sert plus de couverture à personne, sauf s’il s’agit d’accomplir une mission dans le cadre des opérations militaires engagées par le FLN-ALN en territoire français.Elle fait l’apprentissage de la fabrication des bombes, du maniement des armes et s’implique dans les attentats visant des personnalités politiques, entre autres Jacques Soustelle et le sénateur Benhabylès.

En 1959-1960, elle prend la responsabilité de l’armement comme adjointe d’Aït Mokhtar quand l’OS est démantelée et qu’il n’y a plus, pour un temps, d’hommes pour accomplir cette mission. Adjointe d’Aït Mokhtar, c’est-à-dire adjoint du principal responsable de l’OS encore en territoire français, soit un degré de responsabilité qui aurait placé n’importe quel homme au rang d’officier d’une unité de combat.

Passages aux frontières et retour à la norme

La période 1959-1960 aura été l’une des plus terribles de la bataille menée par le FLN en France. C’est pendant cette période que Zina est arrêtée avec trois valises bourrées d’armes et des photos de policiers. Mais en fait, qui arrête-t-on ? Non pas Zina Harraïgue, mais la sœur de Omar.

On ne lui reconnaît pas encore, du côté français comme du côté algérien, son identité propre et sa pleine responsabilité dans l’action armée. C’est « la couverture», « l’auxiliaire», « la porteuse de valises» et non pas l’une des responsables des actions armées de l’OS en France.
Après un interrogatoire de cinq jours presque sans manger ni boire, elle est transférée à La Roquette d’où elle s’évade en février 1960. Il s’agit de la première grande évasion et l’une des plus spectaculaires de l’histoire de la Révolution algérienne. Alors commence un long retour vers d’autres frontières. D’abord en Allemagne, où elle est transférée après son évasion.

Là, le plus haut responsable de la FFFLN, Omar Lire la suite

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