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Zbarbar : Une si dure paix

Publié le 27/08/2017, par dans Non classé.

Zbarbar. Un nom qui se confond intimement avec cette toponymie de la terreur qui a tant marqué nos esprits au plus fort de la Décennie noire. Le terrorisme avait vidé la région de près de 50% de ses habitants, obligeant plus de 5000 villageois à quitter leurs hameaux pour aller se réfugier dans des bidonvilles aux abords de la capitale.

Si la paix civile règne désormais sur ce massif inexpugnable, le mot « tanmiya» (développement) semble bouder encore cette commune enclavée, cantonnée aux confins de la wilaya de Bouira. Ancien haut lieu de la résistance anticoloniale, Zbarbar n’a aujourd’hui qu’une paix orpheline, sans commodités, à offrir à ses enfants.

« La sécurité, c’est tout ce que nous avons gagné», résume un ancien garde communal. De fait, la commune manque de tout. Le barrage de Koudiat Acerdoune censé l’irriguer est vécu comme une « malédiction» par des fellahs qui y ont laissé leurs terres. La région a besoin d’un plan d’urgence adapté à son relief, une occupation autrement plus réfléchie du territoire, sous peine d’un exode massif de ses jeunes. Reportage.

Zbarbar. Un nom qui résonne fortement dans notre mémoire traumatique et donne aujourd’hui encore des frissons à ceux qui ne connaissent de ce coin de paradis en jachère que l’onomastique effrayante des années 1990.

C’est qu’il se confond intimement avec cette toponymie de la terreur qui a tant marqué nos esprits au plus fort de la Décennie noire. Nous avons résolu de nous y rendre pour nous enquérir du quotidien de ses hameaux enclavés, et que l’imposant massif aux contreforts inexpugnables a quasiment placés en « quarantaine». Les monts de Zbarbar, il faut le dire, semblent, en effet, coupés du monde. Il est 9h30, ce lundi 14 août. Nous venons de débarquer à Lakhdaria (ex-Palestro).

La ville doit son nom au valeureux Commandant Si Lakhdar, Rabah Mokrani de son vrai nom, aigle héroïque de la Wilaya IV surnommé « Le Faucon de Zbarbar». Il est tombé au champ d’honneur le 5 mars 1958 ; il avait à peine 24 ans. Aujourd’hui, Lakhdaria affiche une topographie défigurée. Un urbanisme de guerre. Le ciel est couvert. Pause-café à l’ombre d’un kiosque qui trône sur la vieille place de la ville. Samy, notre collègue photographe, demande au cafetier la route vers Zbarbar.

Sa réponse est accompagnée d’une moue dubitative, quelque peu étonnée. Pourtant, la région est réputée calme. « Pacifiée». C’est dire à quel point le nom de Zbarbar fascine et impressionne. Cela en dit long sur le poids du traumatisme subi par ici. Si nous faisons escale à Palestro, c’est parce que la commune de Zbarbar est rattachée administrativement à la daïra de Lakhdaria dont elle est distante de 25 km, soit à environ 70 km au nord-ouest de la ville de Bouira, le chef-lieu de wilaya, et à près de 100 km au sud-est d’Alger.

De Palestro à Zbarbar

Nous quittons Palestro en empruntant le chemin de wilaya n°4 après avoir « enjambé» la voie ferrée. La route est étroite et dégradée par endroits. Nous gravissons une côte abrupte avec des virages en lacets qui font crisser les pneus, et que notre ami Mustapha négocie avec dextérité. A peine ayant fait 3 ou 4 km que nous sommes stoppés net dans notre élan par un premier barrage de contrôle tenu par des gendarmes et des militaires.

C’est le premier d’une longue série de check-points, signe que la région est sécurisée et rigoureusement quadrillée. Sur les buttes et les crêtes, des guérites veillent au grain. La vigilance est toujours de mise. Un silence lourd règne sur la montagne. On n’entend que le chant lancinant des cigales. Impression d’un Eden solitaire, déserté par les hommes. Malgré la sécurité tatillonne, la route est très peu fréquentée. Les 25 km qui séparent Palestro de Zouabria, le chef-lieu de la commune de Zbarbar, paraissent interminables tant la pente est ardue. On ne peut pas faire plus de 50 km/h.

Quelques bourgs insulaires se signalent ça et là au milieu d’une clairière ou au détour d’un buisson, résistant à l’appel de la plaine. En contrebas s’étale l’oued Isser qui serpente au creux d’une immense vallée verdoyante. L’air se purifie au gré de l’ascension vertigineuse. Il fait frais. Une pluie fine finit même par nous éclabousser, lâchée par des nuages sombres qui tutoient les cimes. Force est de le reconnaître : le paysage est féerique sur 360°.

Des chaînes interminables qui perpétuent la majesté de l’Atlas, et qui ondoient jusqu’à Tablat et au-delà. Des arêtes montagneuses passablement boisées alternent avec des collines luxuriantes et des ravins brûlés, accablés par le soleil. La voie carrossable est bordée d’oliviers, de chêne-liège, de figuiers, d’eucalyptus, de pins, de cèdres et autres espèces botaniques communes à tout l’Atlas blidéen qui s’étend à perte de vue, à cheval sur trois wilayas (Blida, Bouira et Médéa), et dont le mont Zbarbar fait organiquement partie. Ce spectacle de la nature est bientôt rehaussé visuellement par l’apparition d’un semblant de grand lac qui surgit sur le flanc gauche de la route : c’est le barrage de Koudiat Acerdoune. Celui-ci nous « accompagnera» jusqu’à notre point de chute, nous distrayant gaiement des autres curiosités du parcours.

Un coin de paradis fortement enclavé

10h50. Au bout d’une heure d’un trajet cahoteux, nous voici enfin à destination. Bienvenue dans la commune de Zbarbar ! Comme nous le disions plus haut, le nom exact de la localité faisant office de chef-lieu est Zouabria, Zbarbar étant le nom de l’ensemble du massif qui abrite aussi d’autres douars, villages et mechtas. La petite bourgade se révèle avec ses toitures de tuiles rouges au terme d’une route qui descend en pente raide depuis l’intersection Zbarbar-Tablat, celle-ci étant située à 27 km vers l’ouest. Un imposant barrage militaire nous accueille à ce carrefour, précisément à hauteur du complexe sportif de proximité Maoun-Boudjemaâ.

On le voit d’emblée : le cœur de la commune de Zbarbar est fortement enclavé, cantonné qu’il est dans une sorte de cuvette cernée côté sud par le barrage de Koudiat Acerdoune. Les frontières de la commune sont délimitées par celles de Maâlla à l’est et de Guerrouma à l’ouest. Autour de Lire la suite

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