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Virée dans l’Eldorado rouge de l’Algérie

Publié le 17/08/2016, par dans Non classé.

C’est à partir de la bifurcation menant de Skikda à la ville de Azzaba que le rouge commence à titiller les iris.
Autant les kilomètres d’asphalte sont absorbés sous une chaleur accablante, autant la couleur rouge se fait plus insistante. Le ton est souvent donné par le passage presque routinier de simples tracteurs traînant de petites remorques de tomates. Ensuite, ce sont plusieurs tracteurs, puis des camions, ensuite d’immenses semi-remorques regorgeant de rougeurs. En arrivant enfin à Ben Azzouz, à plus de 60 km à l’est de Skikda, on plonge involontairement et définitivement dans l’eldorado rouge de l’Algérie. Ici, l’omniprésence du rouge vif donnerait même des vertiges aux plus vaillants des matadors.

Dans ces contrées, près de la moitié de la production nationale de tomate industrielle y pousse. Les services agricoles s’attendent à ce que la récolte dépasse les quatre millions de quintaux. « L’une des meilleures saisons», estime-t-on. Cette « offrande» de la nature occupe 1800 agriculteurs. Elle fait tourner les trois conserveries de Skikda et une dizaine d’autres implantées hors wilaya.

Elle profite également à des milliers de jeunes saisonniers, plus de 3000, qui trouvent dans les saisons de récolte une occasion pour briser la chaîne du chômage qui hante ces lieux. Le plus gros de cette main-d’œuvre travaille sur les parcelles cultivées relevant de la commune de Ben Azzouz. Normal, c’est dans les entrailles de ces terres que se cultive plus de la moitié des superficies consacrées à la tomate dans la wilaya de Skikda. Sur les 7400 hectares en production cette saison, plus de la moitié se trouvent à Ben Azzouz. C’est là que se concentre en fait le véritable fief de la filière, non seulement dans la wilaya de Skikda, mais dans tout le pays.

Le forcing d’une nouvelle génération d’agriculteurs

A Boumaïza, Ben Azzouz, Aïn Nechma et dans d’autres agglomérations, la tomate fait partie des us et des mœurs des habitants. Son attrait devance désormais la culture de la fameuse pastèque de Ben Azzouz, la plus succulente du pays, dit-on. On assiste même à un incroyable bouleversement socioéconomique. L’agriculture ici n’est plus ce qu’elle était il y a à peine quelques années. Elle semble même se défaire des traditions patriarcales pour laisser place à l’incroyable fougue de la jeunesse locale. Ici, tous les indicateurs disponibles laissent entrevoir la prédominance du ratio des jeunes agriculteurs par rapport aux… anciens. Sur les 1800 producteurs recensés cette saison dans la wilaya de Skikda, 812 sont de jeunes exploitants. Autant dire la moitié. « C’est vrai que les jeunes ont boosté la filière», lance Mourad Bourkouk, président la Chambre d’agriculture de la wilaya de Skikda (CAWS).

Lui sait ce qu’il dit puisque c’est aussi grâce à la Chambre d’agriculture que ces jeunes sont venus apporter leur contribution à la mue que vit la filière. Et M. Bourkouk d’ajouter : « Ils représentent un potentiel énorme dont on ne pouvait se passer.» Effectivement, ces jeunes ont été comme « récupérés» vu qu’ils cultivaient des terres dans l’indivision, ce qui ne leur permettait pas de disposer d’une « carte de fellah», document indispensable pour prétendre bénéficier de l’aide que l’Etat accorde à la filière. Il fallait leur trouver une solution.

« Pour les encourager, explique M. Bourkouk, on a convenu avec les instances ministérielles de leur attribuer des attestations de producteurs afin qu’ils puissent être inclus dans le circuit, bénéficier du soutien et participer à la campagne. Leur apport est indiscutable.

Si la filière se porte bien dans la wilaya de Skikda, c’est aussi grâce à eux.»

De la tomate et du pain…

Ce cadeau de la nature ne profite pas qu’aux jeunes exploitants. D’autres jeunes y trouvent aussi leur « compte». Il a suffi de longer les chemins de wilaya et autres routes communales de cette région pour se rendre compte de l’apport social de la tomate. Des dizaines de jeunes, des centaines plutôt, occupent chaque matinles parcelles de tomate.

« On commence le travail vers 6h. A 10h, on comptabilise le nombre de casiers fournis et on rentre chez nous», témoigne Omar, un enfant de Boumaïza, une agglomération qui ne vit que l’été. Ici, les jeunes travaillent à l’unité. Pour chaque casier de 25 kg de tomates cueillies, ils empochent 50 DA. Il leur arrive souvent de faire des soldes dépassant les 3000 DA pour moins de cinq heures de travail. « Cela nous permet de vivre un peu. Certains font des économies pour se payer des fournitures pour la prochaine rentrée scolaire», explique Omar.

La bénédiction de la tomate ne se limite pas à ces ricochets directs. Beaucoup de monde profite de cette « aubaine rouge». Que ce soit le petit cafetier, le vendeur de sandwichs, le transporteur ou les porteurs trouvent eux aussi leur « morceau de pain», comme ils disent. De nouveaux métiers et de nouveaux jargons sont venus accompagner cette mutation sociale, aussi saisonnière soit-elle.

En sillonnant les routes, on est aussi attiré par la présence massive de points de collecte, toujours implantés en bordure de la chaussée. Cette saison, on comptabilise pas moins de 50 points de collecte. Ce sont des dépôts de fortune implantés sur des terrains affectés par la commune aux conserveries hors wilaya. Chaque dépôt emploie en moyenne une douzaine de jeunes de la région qui s’attellent en permanence à réceptionner les quotas de tomate ramenés par les agriculteurs, les décharger, les peser, puis les recharger sur des semi-remorques qui prennent aussitôt la route vers Sétif, Chelghoum Laïd, Blida, Oran…

La majorité des conserveries du pays s’alimentent ici, à Boumaïza. Cette joyeuse et fructueuse ritournelle amorcée par la saison de collecte est appelée à durer encore, « jusqu’au mois de septembre», rapporte-on au niveau de la CAWS. Une fortune qui n’est pas pour déplaire aux agriculteurs, encore moins aux saisonniers. Ces derniers y voient plutôt une sorte de pérennité pour leurs pécules.

24 heures d’attente et… heureux !

« Pour cette saison, on a échelonné les repiquages pour pouvoir réussir la collecte. Cette façon de procéder arrange tout le monde et évite d’éventuelles pertes», juge M. Bourkouk. Il est vrai qu’avant, toutes les superficies cultivées mûrissaient au même moment, ce qui contraignait les agriculteurs à récolter les Lire la suite

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