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Violences en prime time

Publié le 23/05/2018, par dans Non classé.

Les coups, les insultes et les provocations continuent d’alimenter les grilles des chaînes de télé durant le Ramadhan.
La violence s’est encore nichée dans les programmes des chaînes de télévision durant ce Ramadhan. En tête de liste, les caméras cachées, programme peu coûteux et bon marché, dont raffolent les producteurs et les diffuseurs. Depuis deux ans, ces programmes se sont transformés en déversoir d’une violence sans raison valable, si ce n’est celle d’humilier, de rabaisser les invités et les pousser dans leurs derniers retranchements.

Cette année El Bilad TV a poussé le curseur de l’indécence à son paroxysme avec « Reddou Balkoum» (Faites attention), un programme où les femmes se tapent dessus à coups de poing, devant le regard hilare du mari triomphant, ravi de voir sa compagne et sa concubine supposée se crêper le chignon.

Les autres chaînes ne sont pas en reste et ont toutes mis à l’antenne des programmes similaires. L’année dernière, cette violence avait franchi un palier dans l’ignominie avec l’écrivain Rachid Boudjedra, humilié lors de l’émission « Rana Hkamnak VIP 2» par deux journalistes qui ont poussé le mauvais goût jusqu’à exigé de lui qu’il récite la profession de foi (la chahada), pour prouver son adhésion à l’islam.

Le tollé provoqué par cette séquence sur les réseaux sociaux et la mobilisation de nombreux intellectuels, journalistes, artistes, ainsi que la présence du frère du Président, Saïd Bouteflika, lors du rassemblement de soutien à l’écrivain devant le siège de l’ARAV, ont contraint Anis Rahmani, patron de Ennahar TV, à faire amende honorable et à arrêter la diffusion de l’émission.

Si beaucoup ont espéré une prise de conscience des pouvoirs publics et des patrons de chaîne sur la nécessité de mettre fin à de telles absurdités diffusées à une heure de grande écoute, force est de constater que le gouvernement laisse faire et ne semble pas pressé d’agir.

Interrogé sur le sujet lors de la signature d’une convention-cadre entre la Télédiffusion d’Algérie (TDA) et l’Agence spatiale algérienne (ASAL) portant sur l’exploitation « optimale» du satellite Alcomsat-1 pour les besoins de télédiffusion, Djamel Kaouane, ministre de la Communication, a botté en touche, déplorant cet état de fait, expliquant cette situation par un « manque de créativité» de la part de ces chaînes, dont les programmes « ne représentent pas la société algérienne», rapporte l’APS.

Cette situation est d’autant plus scandaleuse que le gouvernement ne manifeste pas la moindre volonté de mettre fin à ces dérapages. Il en a pourtant les moyens, mais encore faut-il, dans un premier temps, savoir quoi faire de l’espace audiovisuel national et en fixer les modalités, alors que les chaînes privées sont pour l’heure de droit étranger.

Cette volonté politique passe également par la décision d’accorder un statut à l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV), censée être le gendarme de l’audiovisuel national et qui fonctionne sans moyens humains et financiers depuis deux ans. Pour contraindre les diffuseurs à regarder de plus près ce qu’ils mettent à l’antenne, il faut donner à l’ARAV les moyens de sa mission et lever la paralysie qui la frappe.

Pour l’heure, toutes ces conditions ne sont pas réunies et le ministre de la Communication préfère évoquer une absence de créativité dans un paysage télévisuel, où la grande majorité des productions mises à l’antenne ne sont que des copies conformes de ce qui se fait ailleurs. En attendant des jours meilleurs, l’Autorité de régulation de l’audiovisuel en est réduite à occuper l’espace d’un ancien local qui a servi à vendre les produits de l’entreprise Tonic.
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