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Vie nouvelle à Bentalha

Publié le 17/12/2015, par dans Non classé.

Bentalha, cité des 350 Logements. Mustapha, 28 ans, ne quitte pas des yeux sa petite fille de 14 mois qui joue près de lui sous un soleil printanier. Des enfants s’amusent dans une aire de jeu, au cœur de la cité, dominée par un toboggan.
D’autres bambins escaladent des monticules de terre disposés à l’entrée de la cité. Ils jouent aux jardiniers. « Il va y avoir ici des espaces verts qui seront aménagés et ils veulent simplement mettre la main à la pâte», explique Mustapha. Notre interlocuteur nous confie qu’il a emménagé dans le quartier il y a un peu plus de six mois, en provenance de Haouch Moule, à Staouéli. « Ma famille est originaire de la wilaya de Médéa. Mes parents se sont installés à Staouéli à la fin des années 1980.

On occupait une ancienne ferme coloniale. Après, il y a eu du ‘‘fawdhawi » (illicite) qui s’est greffé sur le haouch. Mais, vous savez, makache elli djabou el khir (personne n’est venu de gaieté de cœur)», raconte Mustapha. Et de poursuivre : « Un jour, on est venu nous dire qu’on allait raser le haouch pour récupérer le terrain. Moi, j’ai eu de la chance, j’ai mon propre logement. Mais d’autres familles ont été lésées. Parfois, tu as plusieurs frères mariés qui se partagent un même appartement. H’ram ! C’est contraire à la religion. Je préfère avoir un F2 séparé qu’un F3 avec autrui. D’ailleurs, certains ont refusé de les prendre.» Comme tous les relogés, Mustapha a bénéficié d’un logement public locatif.

« On doit payer 70 000 DA pour la clé et 2900 DA de loyer mensuel», précise-t-il. Questionné sur sa nouvelle vie, Mustapha lâche : « Oh, chouiya !» Il ne semble pas très emballé par la vie de cité : « Honnêtement, je préfère notre ancienne ferme, on avait de l’espace à gogo. Tu peux construire à ta guise. Le haouch était situé non loin d’une caserne de la Garde républicaine, un coin paradisiaque.» Mustapha a l’air plutôt réservé. Il le confirme : « Ici, je ne fréquente personne. Je ne traîne pas trop à Baraki.

Je continue à aller à Staouéli voir les amis. Après tout, j’y ai passé toute ma vie. Ce n’est pas facile d’oublier. Mais le cadre est très agréable, ici, à Bentalha. La nature est très belle, rahmat rabbi». Mustapha regrette toutefois le manque de transport sur certaines lignes. Il faut sortir dès potron-minet pour espérer avoir une place dans les bus. « Je continue à travailler à Staouéli. Je suis employé dans une imprimerie privée. Et c’est la galère pour aller là-bas. Pourtant, il y a beaucoup de gens qui continuent à travailler à Staouéli et Zéralda.

D’ailleurs, aujourd’hui je n’ai pas rejoint mon poste, h’ragt, c’es trop loin, je suis fatigué. Après le logement, j’espère maintenant m’acheter une petite voiture. Mais le salaire naqess, je n’en ai pas les moyens.» Trêve de coquetterie, Mustapha préfère à présent voir le bon côté des choses et faire définitivement le deuil de son ancienne vie, le regard plein de tendresse pour sa fille : « Bon, je ne vais pas me plaindre. Ce qui compte, c’est ma fille. Maintenant, elle va pouvoir grandir dans de bonnes conditions.»

Avant de se quitter, Mustapha nous apprend qu’une délégation officielle était venue il y a quelque temps et avait rebaptisé le quartier. Renseignement pris, nous confirmons qu’effectivement la cité porte désormais un vrai nom de baptême. Il ne faut plus dire « Cité des 350 logements», mais « Cité Mohamed Mazari», du nom d’un illustre chahid de la région. Mea culpa ! Mohamed

Mazari, alias Moh Lieutenant de son nom de guerre, est natif de Sidi Moussa et combattant de la Wilaya IV. C’est ce que nous apprend Horizons dans sa livraison du 29 juin 2015. « Il a trouvé la mort dans la région de Ouled Moussa, à Boumerdès», précise l’article. La cité avait été rebaptisée à la faveur d’une cérémonie conduite par le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, le 28 juin 2015. Horizons rapporte en citant Zitouni que « dorénavant, à la pose de la première pierre d’un groupement scolaire ou d’une cité d’habitation ou autre, la baptisation se fera de facto.»

Le wali d’Alger qui était de la visite s’indignait à son tour : « Il est regrettable de parler encore de 350 logements, de 1200 logements, etc». D’autres nouvelles cités récemment livrées à Bentalha (à l’instar de la cité des 1078 logements) gagneraient à être rebaptisées à leur tour. Nos spécialistes en onomastique urbaine et autres chantres des « villes résilientes» seraient bien inspirés de leur attribuer le nom d’une victime du terrorisme, pourquoi pas ? Lire la suite

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