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Une visite de «travail et d’amitié» et des questionnements

Publié le 05/12/2017, par dans Non classé.

Pourquoi la visite de Macron en Algérie, demain, est-elle si pressante ? A telle enseigne qu’au lieu d’une visite d’Etat, qui requiert plus de temps pour sa préparation, elle a pris la forme, à la demande algérienne, d’une visite de « travail et d’amitié», selon des éléments de langage diplomatique français. Qu’est-ce qui motive cette urgence ? Un contexte, un agenda français ? Algériens ? Bilatéraux ? Régionaux ?
Pour sa première visite de « travail et d’amitié» en Algérie, depuis son élection à la tête de l’Etat français, le président Macron passera la journée et la soirée de demain à Alger, avant de s’envoler pour Doha, où il effectuera une visite officielle jeudi. Il sera accompagné à Alger d’une délégation restreinte, composée du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et de celui de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin. Celui-ci a-t-il été choisi parce qu’il a un grand-père tirailleur algérien ? Des élus, des artistes, écrivains, jeunes entrepreneurs feront également partie de la délégation présidentielle.

« Le président Macron est ouvert à l’idée d’une visite d’Etat qui pourrait avoir lieu prochainement», indique-t-on de source autorisée française. « On souhaitait une visite, rapidement, pour marquer la profondeur et la densité des liens entre les deux pays.» « C’était important d’organiser rapidement cette visite, car l’Algérie et la France sont des partenaires qui doivent travailler ensemble de par leur histoire commune et leurs liens.» « Une visite d’Etat, il faut la préparer.» Ce sera entre autres la tâche du Haut comité interministériel qui se tiendra jeudi à Paris.

La relation bilatérale est « étroite» et « constante». Cette visite est considérée par Paris – qui ne manque pas de souligner « les liens» que le président Macron a avec l’Algérie, où il a effectué plusieurs visites en tant que ministre et en tant que candidat à l’élection présidentielle de cette année – comme « marquante» et « importante».

Et de préciser que le déplacement de Macron demain à Alger – qui sera suivi jeudi à Paris de la réunion du Haut comité interministériel, conduit par les Premiers ministres des deux pays – intervient à un moment où le président français souhaite exprimer la « volonté de s’ouvrir à une relation économique conséquente qui répond à la demande de la partie algérienne de diversifier son économie ; au soutien de différents projets tournés vers la jeunesse, l’éducation, la formation» ; « aux questions régionales en rapport avec la situation au Sahel et en Libye».

La dimension mémorielle sera également présente. La visite d’Alger du président Macron, rappelle-t-on, suit celle qu’il vient d’entreprendre en Afrique subsaharienne où il a présenté « une vision renouvelée» des relations entre la France, l’Europe et l’Afrique. « Ce que Macron a dit à Ouagadougou sur l’histoire, la jeunesse, concerne aussi sa vision des relations avec l’Algérie, un pays africain et méditerranéen qui a vocation d’occuper un rôle de passerelle entre l’Europe et l’Afrique», un pays qui occupe une « place singulière» pour la France.

Concernant la question de la sécurité et de la stabilité au Sahel, « la coopération sur ce sujet existe», affirme-t-on. « L’Algérie a une expérience dans la lutte contre le terrorisme et la radicalisation.» Toutefois, « il est vrai qu’au Sahel, la France souhaite aller plus loin». L’une des raisons de la visite de Macron n’est-elle pas là ?

« L’Algérie a octroyé plus de 100 millions de dollars pour aider cinq pays de la sous-région du Sahel (Tchad, Mali, Niger, Mauritanie et Libye) à lutter contre le terrorisme.» « Pour, a-t-il précisé, former une dizaine de compagnies de forces spéciales et leur donner d’énormes équipements.» L’implication et la coopération de l’Algérie avec ses voisins en la matière remontent à une dizaine d’années, à travers la création du Cemoc, de l’UFL, de la Ligue des oulémas et d’autres mécanismes.

A quoi s’ajoutent les accords bilatéraux de coopération sécuritaire avec ces cinq pays, a aussi rappelé le Premier ministre algérien.
Macron procédera-t-il à un geste, voire un acte fort en matière de reconnaissance du fait colonial ? Il s’exprimera sur cet aspect à Alger. « Le moment est venu de tourner la page», avance-t-on à Paris.

Et d’ajouter que l’idée est de construire une nouvelle relation avec l’Algérie. A rappeler qu’à la veille de l’élection présidentielle, invité par le journal en ligne Médiapart, Emmanuel Macron avait déclaré : « De fait, je prendrai des actes forts et je porterai des discours forts sur cette période de notre histoire, parce que ma conviction profonde au-delà du rapport à la vérité et à l’histoire, que Benjamin Stora défend admirablement, vous l’avez rappelé, il y a une fracture dans la société qui s’est construite sur cet événement.

Une fracture qui touche les Français d’origine algérienne, les binationaux, les Algériens qui vivent en France, mais aussi les harkis, les appelés, les rapatriés, les anciens soldats, qui nourrissent du ressentiment et qui structurent d’ailleurs du ressentiment qui, aujourd’hui, paralyse la France et nos quartiers. Et donc quand on dit qu’on croit à la diversité d’un peuple mais qu’on veut le réconcilier et qu’on veut lutter contre ce qui, dans la notion de multiculturalisme, appelle au communautarisme, on doit prendre ces actes forts. Donc je le ferai.»

Le président Macron arrivera à Alger vers 11h. Il se rendra au Monument des martyrs pour un dépôt de gerbe de fleurs, avant une déambulation dans les rues d’Alger, avec une halte à la librairie du Tiers-Monde. Un déjeuner à la résidence de l’ambassade de France est programmé ainsi qu’une rencontre, dans le même lieu, avec des membres de la société civile algérienne.

Deux audiences sont inscrites au programme d’Emmanuel Macron, la première avec le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et la seconde avec le président Bouteflika dans sa résidence de Zéralda. Une conférence de presse est prévue à l’hôtel El Aurassi à 18h. Enfin, le président Macron sera l’invité à dîner du président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah. Emmanuel Macron quittera Alger dans la soirée pour s’envoler vers le Qatar pour une visite officielle d’une journée.
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