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Une promotion et des interrogations….

Publié le 13/06/2016, par dans Non classé.

Nourredine Bouterfa. Un nom qui revient avec force alors qu’on le croyait proche de la sortie. Nommé PDG de Sonelgaz en janvier 2004 par l’ex-ministre de l’Energie, Chakib Khelil, il a surmonté toutes les crises qu’a traversées le secteur, les conflits internes qui ont secoué le groupe et est sorti indemne de ses déboires avec la justice avant d’être hissé, en cette fin de semaine, au rang de ministre de l’Energie. Pour certains, sa nomination clôt définitivement les dossiers de corruption, pour d’autres, l’homme a su manœuvrer pour s’assurer le couronnement.
Cette promotion est une surprise aussi bien pour lui que pour son entourage, qui voyait sa fin approcher en raison de sa relation conflictuelle avec son responsable hiérarchique, Salah Khebri, auquel il a succédé. Il s’abstient de répondre aux nombreux syndicalistes de l’entreprise qui l’accusaient de « dilapidation de deniers publics», et se garde de se défendre publiquement des graves accusations portées à son encontre par le juge de la 9e chambre du pôle pénal spécialisé du tribunal de Sidi M’hamed près la cour d’Alger.

En effet, en juin 2013, il avait été inculpé et placé sous contrôle judiciaire avec une quinzaine de cadres de Sonelgaz suite à l’enquête sur les contrats de réalisation des centrales électriques à Koudiet Edraouech dans la wilaya d’El Tarf et à Terga à Aïn Témouchent, obtenus par l’américain General Electric, le français Alstom et le canadien Snc-Lavalin pour un montant de 5,5 milliards de dollars.

Le juge s’était également penché sur l’énigmatique conseiller de Bouterfa, un consultant algérien installé à Genève, nommé par Chakib Khelil et qui, durant la période comprise entre 2006 et 2009, servait d’intermédiaire contre des commissions, alors qu’il bénéficiait d’une rente journalière de 18 000 DA et d’une indemnité en devise d’un montant de 360 euros, et de sa prise en charge dans une villa louée par Sonelgaz à coups de millions de dinars.

Dès l’ouverture de l’enquête, ledit conseiller s’est réfugié en Suisse, où il a sa résidence, alors que Bouterfa faisait, ainsi que son prédécesseur Abdelkrim Boughanem, l’objet de poursuites judiciaires pour « violation des dispositions du code des marchés publics en concluant des contrats contraires à la règlementation, et causant un énorme préjudice financier, notamment en devises, à l’entreprise». L’affaire, rappelons-le, avait d’ailleurs suscité la réaction du ministre de l’Energie, Youcef Yousfi, qui affirmait à partir de Constantine, que les 17 cadres dirigeants du groupe mis en cause « doivent assumer leurs responsabilités (…)».

Tout en refusant tout jugement de valeur, le ministre a précisé que « personne n’a le droit de s’ingérer dans les affaires d’une institution indépendante (…), il est inadmissible qu’on empiète sur les prérogatives de la justice». Moins d’une année plus tard, la chambre d’accusation a prononcé le non-lieu, mais il est vite rattrapé par d’autres accusations cette fois-ci portées contre lui par le Syndicat national autonome des travailleurs d’électricité et de gaz (Snateg), affilié au Snapap.

Les dirigeants de cette organisation syndicale, créée en 2013, l’épinglent pour « dilapidation de deniers publics, trafic d’influence et abus de pouvoir» et déposent plainte auprès de l’Office central de répression de la corruption. Le groupe réagit par la voix de son chargé de la communication pour rejeter toutes les accusations, qui le poursuivent néanmoins en ce qui concerne le géant américain, General Electric, auquel la fourniture de turbines à gaz a été confiée en 2013 pour un montant de 2,5 milliards de dollars jugé trop excessif.

Là, c’est Bouterfa en personne qui se charge de se défendre de toute « complaisance» à l’égard de General Elecric. Il dément catégoriquement les propos de Hillary Clinton qui affirmait dans une de ses publications que General Electric a obtenu ses marchés en Algérie grâce au lobbying qu’elle avait fait auprès des autorités algériennes.

Nourredine Bouterfa affirme que « le processus d’attribution du contrat a été transparent suite à un appel d’offres ouvert, pour lequel quatre soumissionnaires ont déposé leurs propositions. Après le désistement de l’un d’eux et l’absence inexpliquée d’Alstom le jour du dépôt des offres, c’est l’offre de General Electric qui s’est révélée être la meilleure financièrement, techniquement et économiquement par rapport à l’allemand Siemens». L’explication n’enlève rien au scepticisme des plus avertis, qui voient mal le retrait d’Alstom.

Mais le désormais ex-PDG de Sonelgaz va surprendre l’opinion publique en annonçant publiquement la nécessité de revoir à la hausse le prix de la consommation de l’énergie, mais aussi le non-paiement par les institutions de l’Etat de près de 40% de l’électricité et du gaz. Si pour certains, Bouterfa est un dirigeant « aux reins solides qui lutte pour la non-privatisation des filiales du groupe et qui a su manœuvrer pour s’assurer d’un couronnement», pour d’autres il est « l’homme le plus soutenu pour avoir échappé aux filets de la justice, marquant ainsi la clôture de tous les dossiers de la corruption».

La question qui reste posée est celle de savoir si Nourredine Bouterfa peut rester aussi « souverainiste», comme le qualifient bon nombre de ses collègues, au moment où le pays entame une politique de bradage de ses richesses aux nouveaux oligarques et aux puissances étrangères qui se disputent le marché Algérie.

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