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Une gouvernance en panne

Publié le 20/12/2016, par dans Non classé.

L’état de la nation, les risques auxquels l’Algérie fait face, les défis et les exigences d’avenir… le pays ne peut se suffire d’un simple ravalement de façade. Des révisions déchirantes s’imposent.
A court d’idées et de stratégie, le gouvernement Bouteflika, coordonné par Abdelmalek Sellal, semble de plus en plus incapable d’incarner une politique à la hauteur de la crise politique et économique qui frappe le pays. Un gouvernement très faible pour des défis trop grands. Gagnés par une angoisse grandissante en raison du choc économique, des pans entiers de la société doutent gravement de la capacité des gouvernants à fixer un cap en mesure d’éviter « un pas de trop vers l’abîme».

Alors que le contexte national présente des risques multiples, l’Exécutif, caractérisé par l’absence de cohérence et le manque de confiance, montre des signes de fin de parcours. Aux contre-performances politiques et économiques s’ajoute une indigence qui atteint des sommets. Une régression inféconde.

L’affligeant spectacle du Forum économique africain et bien d’autres affaires aussi grossières qu’indécentes sont devenues la marque d’un gouvernement en panne. Ce qui fait dire à un ancien chef de gouvernement que « nous sommes en présence d’une situation où nous avons des ministres, mais un gouvernement où chacun n’en fait qu’à sa tête». L’improvisation, l’amateurisme, la préservation des privilèges et la gestion des ambitions personnelles tiennent lieu de mode de gestion des affaires publiques.

Même l’administration publique censée fonctionner normalement et devant assurer la pérennité de l’Etat – très mal en point – apparaît comme une machine grippée impactant négativement la vie économique et sociale. La situation devient insoutenable. Il y a sérieusement péril en la demeure Algérie.

Il y a urgence d’agir et de nombreux partis politiques le crient de toutes leurs forces. La leader du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, somme le chef de l’Etat d' »agir, de prendre des mesures et infliger des sanctions». Elle n’est pas la seule à s’élever contre « un statu quo étouffant». Les voix de la colère s’expriment partout. Même au sein de l’équipe dirigeante. Le directeur de cabinet de la présidence de la République, Ahmed Ouyahia, exprime sa « désapprobation» et raille un gouvernement en faillite : « Ne cachons pas nos lacunes avec notre doigt.

Il y a faillite des pouvoirs publics et faiblesse en matière de contrôle.» « L’Exécutif se doit d’être franc et de ne pas mentir au peuple», dit-il, enfonçant encore plus un gouvernement auquel il appartient. En off, Ahmed Ouyahia va jusqu’à dire que le pays « vit une crise morale». Un « témoin-maison à charge» qu’on ne peut soupçonner de dissidence. Le fait-il par conviction ou par calcul tactique à l’approche des échéances électorales ? Peut-être les deux à la fois.

A l’évidence, le patron du Rassemblement national et démocratique (RND) annonce — ou pour le moins suggère — la nécessité de revoir à la fois la politique gouvernementale et l’équipe qui la conduit. En tout état de cause, l’on se dirige vers un changement ou un remaniement gouvernemental qui devrait intervenir au lendemain de la signature de la loi de finances 2017. Certains ministres dont les noms sont associés à des « affaires fâcheuses» deviennent encombrants et il faut s’en séparer.

Cependant, l’opération n’est pas si facile à mener au regard de l’état actuel des rapports de forces entre différents groupes d’influence. Il faut un laborieux travail d’arrangements pour parvenir à se mettre d’accord sur le choix des noms et des postes. « La nomination d’un gouvernement, chez nous, n’obéit pas à des règles politiques communément admises, c’est comme une société par actions où chaque faction du pouvoir place ses représentants.

Les ministres n’ont pas une fonction politique classique, ce sont des apparatchiks», analyse un ancien ministre.
Cerné par une contestation intra et extra-muros grandissante, le gouvernement Sellal devra connaître un changement pour donner l’impression de changer à la veille des élections législatives qui, vraisemblablement, refaçonneront une nouvelle carte politique.

Mais pour nombre d’acteurs politiques et d’observateurs sérieux, en raison de l’état de la nation, des risques auxquels l’Algérie fait face, des défis et des exigences d’avenir, le pays ne peut se suffire d’un simple ravalement de façade. Des révisions déchirantes s’imposent. Un processus de remise à niveau de l’Etat, impliquant toutes les forces politiques et sociales en présence, est une impérieuse nécessité. La stabilité de l’Algérie arborée par les décideurs comme trophée de leur réussite est négative et trompeuse. Lire la suite

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