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«Une ère de régression commence»

Publié le 31/07/2016, par dans Non classé.

Des experts et des syndicalistes ont exprimé hier leur crainte de régression des acquis sociaux des travailleurs.
La conférence organisée par le syndicat national des praticiens de santé publique (Snpsp) a été l’occasion de détailler les dangers du nouveau code du travail en préparation et les enjeux de la suppression de la retraite anticipée qui entrera en vigueur en 2017.

Pour Noureddine Bouderba, expert en relations de travail, l’adoption du nouveau code du travail qui est actuellement au stade d’avant-projet de loi serait une « régression» par rapport à tous les acquis des travailleurs. « Il va marquer une ère de régression sans précédent avec l’abandon des transferts sociaux et la consécration d’un système qui maximise le profit des entrepreneurs», s’est alarmé le conférencier devant des syndicalistes et des universitaires qui assistaient à la manifestation organisée au siège du syndicat national des paramédicaux. Pour M. Bouderba, les dispositions prévues dans cet avant-projet de loi reposent sur des soucis de flexibilité qui consacreront l’abandon du contrat à durée indéterminée.

Le conférencier a émis des craintes sur le devenir des travailleurs. Les arguments présentés par les initiateurs de ce texte ne s’appuient pas sur la réalité du travail et de l’emploi en Algérie, estime le même expert, craignant que ce code en préparation donnera libre cours aux compressions d’effectifs pour des raisons économiques ou disciplinaires, sans aucune protection pour les salariés. Les décideurs ont tout fait pour faire croire que le code du travail actuel est un frein pour l’investissement. Aussi, le conférencier estime que les chiffres ayant servi d’arguments pour la généralisation du Cdd sont erronés.

« Pour le Cnes, 50% de la main-d’œuvre est en contrat CDD, c’est un mensonge. Il y a quelques années, 90% les travailleurs devenaient permanents après quelques années ; actuellement, seuls 30% le deviennent», explique le conférencier déplorant le fait que le Cnes ait « perdu son statut de vrai miroir de la société algérienne».

L’avant-projet du code du travail est une menace pour les droits collectifs. L’expert met en garde contre les dispositions concernant la réduction des prérogatives du conseil d’administration et la suppression de la consultation collective. Concernant l’âge de départ à la retraite, M. Bouderba estime que sa révision à la hausse doit être dictée par un changement dans les données démographiques, « or l’Algérie est un pays de jeunes, avec dix cotisants pour un seul retraité», explique-t-il regrettant que ces lois sont faites « par des gens très loin du monde du travail et de l’emploi». Même constat pour Nacer Djabi, sociologue, qui soutient que « ces textes en préparation reflètent un déséquilibre des rapports de force entre les acquis sociaux garantis par la Constitution et les lois décrétées par le pouvoir avec une contradiction criante entre les deux».

Une solution fiscale pour sauver la CNR

Pour le sociologue, « le nouveau code du travail trahit le fait que ses auteurs ont des conceptions virtuelles du monde du travail. L’approche faite dans les pays européens ne peut être appliquée chez nous», résume le conférencier, invitant les syndicats à s’allier avec les partis politiques pour bloquer ces projets qui constituent un recul sur les acquis. Fares Mesdour, économiste, professeur à l’université de Blida, estime que la centrale syndicale qui a applaudi le projet d’amendement du code du travail et du système de retraite entretient un « amour interdit» avec le gouvernement.

Tout en dénonçant « l’unilatéralité» de la décision et l’absence de concertation dans l’approche gouvernementale, le conférencier propose une série de mesures pouvant constituer une alternative à la suppression de la retraite anticipée. Cet économiste plaide pour l’allègement de l’impôt sur les bénéfices actuellement de 26%. M. Mesdour propose en échange l’instauration d’un impôt à verser à la CNR. Le conférencier met en exergue le fait que « les salariés paient annuellement 4 milliards de dinars d’impôts, alors que l’Etat ferme les yeux sur une fraude fiscale de 200 milliards de dinars».

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