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«Une Constitution est un pacte qui doit rassembler les citoyens et non les diviser»

Publié le 13/01/2016, par dans Non classé.

– Vous vous êtes opposés clairement à l’article 51 de l’avant-projet de révision de la Constitution. Pourquoi ?

L’article 51 introduit une nouvelle notion de citoyenneté. Ainsi, il y aurait des citoyens algériens avec tous les droits et devoirs et une autre partie de citoyens qui auraient des droits au rabais mais les mêmes devoirs que les premiers, une sorte de sous citoyenneté ou des citoyens de seconde zone.

Cet article a un effet pervers évident, celui de diviser le peuple algérien. De plus, il participe à la révision de l’histoire en occultant que la majorité de ces binationaux le sont du fait de l’histoire révolutionnaire. En ce qui concerne les Franco-Algériens, ils sont les descendants des militants de la Wilaya VII qui a contribué largement à la Révolution et ils ont hérité de l’Algérie indépendante au même titre que tous les Algériens.

– Vous militez pour que les binationaux jouissent de tous leurs droits politiques, y compris celui d’être candidat à la magistrature suprême ?

Je milite d’abord pour que tous les Algériens construisent un Etat fort, juste, moderne, égalitaire et démocratique. Sans droit et devoir, il n’y a pas de démocratie réelle et effective. Les droits politiques permettent à chaque Algérienne et Algérien d’exister à travers sa représentation citoyenne. Pas de droits politiques, pas de citoyenneté. Je rappelle que nous sommes dans une République démocratique et populaire et que la souveraineté est populaire. Concernant la magistrature suprême, je peux comprendre ponctuellement que pour des raisons historiques, elle ne soit accessible encore aujourd’hui qu’à des stricts nationaux.

Mais le monde étant ce qu’il est, c’est-à-dire en pleine transformation, je ne doute pas que dans quelques générations cette condition devienne caduque. Je rappelle cependant que la loyauté, la fidélité et l’amour de la patrie sont totalement déconnectés de la question de la nationalité. Sinon comment expliquer que pendant la guerre de Libération, les traîtres à la Révolution étaient tous des nationaux.

– Le Conseil des ministres, réuni lundi, a bien validé cet avant-projet sans changement. Mais une « source officielle», citée par l’APS, parle de l’élargissement de l’article 51 qui renvoie donc la définition des hautes fonctions auxquelles ne seraient plus admis les binationaux à un autre texte de loi. Qu’en pensez-vous ?

Par principe, je ne fais confiance qu’aux communiqués officiels. Je ne souhaite pas que cette rumeur, qui n’est confirmée ni par la Présidence ni par le Premier ministre, devienne un écran de fumée juste pour calmer les esprits. Le communiqué officiel du Conseil des ministres ne fait pas état de cette nouvelle démarche. Toutefois, j’ose espérer que le président de la République ait compris la consternation de 7 millions d’Algériens qui vivent hors des frontières, entendu leur détresse et qu’il remédiera à cet article qui ne rend service à personne. La balle est désormais dans le camp du Conseil constitutionnel.

– Un tel réaménagement de cet article controversé sera-t-il suffisant pour le faire passer et contenter la diaspora algérienne à l’étranger ?

Tout le monde a la capacité de comprendre que les postes stratégiques de tout Etat, comme la Défense et la Sécurité, sont extrêmement sensibles et cela ne pose pas de problème et il n’y a pas besoin de l’inscrire dans la Constitution.

Cette distinction sur les responsabilités stratégiques existe dans tous les pays du monde et elle est simplement régie par la loi. A mon avis, il faut retirer l’ensemble de l’article 51 car il induit une vraie division du peuple algérien qui n’a pas besoin de cela en ces temps difficiles. Une Constitution, c’est un pacte qui doit rassembler les citoyens pas les diviser.

– Comment la communauté algérienne en France a réagi à cette disposition ?

Très mal, elle s’est sentie une fois de plus trahie par les engagements et les promesses. Et d’après mes informations, elle se mobilise pour dénoncer son exclusion du pacte républicain. L’avant-projet de révision constitutionnelle parle dans son article 24 bis de la protection des droits des citoyens établis à l’étranger conformément au droit international. Est-ce suffisant pour répondre aux attentes de la communauté algérienne à l’étranger. C’est bien de l’avoir inscrit, c’est mieux de mettre la protection des citoyens en œuvre. Or avec l’article 51, qui prévoit d’ôter des droits au sein même du pays d’origine, on voit mal comment on va protéger ces mêmes citoyens dans le pays d’accueil.

La communauté se défend bien toute seule. La preuve en est qu’en France c’est elle qui a mis en exergue le 17 Octobre 1961 afin que cette infamie soit reconnue comme telle par l’Etat français. C’est encore la communauté qui se bat pour la reconnaissance du 8 Mai 1945. Par contre, elle a besoin d’être reconnue comme une part entière de la nation par son Président, par toutes les institutions de l’Etat. Lire la suite

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