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Une clôture morose pour un événement à oublier

Publié le 17/04/2016, par dans Non classé.

Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a clôturé hier la manifestation « Constantine, capitale de la culture arabe 2015» dans la morosité.
Un événement controversé sur lequel Sellal lui-même, originaire de cette ville deux fois millénaire, n’a visiblement pas souhaité s’attarder.
Il y avait foule dans le cortège officiel, entre autres Mohamed El Ghazi, Abdelmalek Boudiaf et Noureddine Bedoui qui, tous les trois, ont été walis de Constantine.

Une délégation peu bavarde pour un rendez-vous placé sous le signe de l’austérité, comparativement au faste et à la grandiloquence de la cérémonie d’ouverture. Il faut dire que les conditions dans lesquelles s’est déroulée cette journée n’étaient pas des plus propices.

En plus du goût amer ayant marqué les douze mois de cette manifestation à cause des couacs d’organisation, des soupçons de malversations, les défections tapageuses et les critiques, la visite s’est déroulée sous haute surveillance en raison de menaces d’attentat terroriste et de protestation populaire.

De quoi gâcher la fête pour les organisateurs institutionnels. L’explosion, la veille, d’une mine artisanale, faisant quatre morts et plusieurs blessés parmi les militaires, lors d’un ratissage sur les hauteurs de la ville en prévision de cette visite, a plombé l’ambiance.

De même pour les foyers de contestation apparus sur l’itinéraire emprunté par le Premier ministre. Des milliers de bénéficiaires de logement auprès de la Cnep-Immo manifestaient, en effet, devant le cabinet du wali depuis plusieurs jours et ont menacé d’intercepter le cortège officiel.

Ces chefs de famille, dont les demandes de logement remontent à 2006, ont bu le calice des promesses jusqu’à la lie et entendaient porter devant le Premier ministre, le contentieux qui les oppose au promoteur étatique et aux autorités locales.

Échecs

L’affaire Cnep-Immo est symptomatique de la maladie du secteur du logement et des retards accumulés par cette wilaya dans plusieurs domaines.

La communication officielle trouvera du charme dans l’opération de distribution de 8000 logements à cette occasion, mais le Premier ministre doit savoir qu’il s’agit là d’un arbre qui cache mal la triste réalité du secteur : la wilaya n’a pas attribué de logements depuis plusieurs années. Les retards en cascade ont gâché la manifestation culturelle.

L’hôte de Constantine a d’ailleurs soigneusement évité les chantiers encore ouverts à ce jour. Des projets ont été abandonnés (palais des expositions, musée d’art moderne, réfection des salles de cinéma), des chantiers désertés (mosquées, zaouïas, bains maures et maisons de maître dans la vieille ville) alors que la réhabilitation est bâclée et inachevée pour ce qui est du bâti colonial et des espaces publics.

L’argument de la crise économique ne tient pas la route dans ce cas, sachant que les pouvoirs publics ont été très (voire trop) généreux dans de nombreux projets, à l’image des escaliers du Coudiat : 70 millions de centimes la marche ! Si un jour un débat sérieux est enclenché, l’échec trouvera certainement son explication dans la faiblesse ridicule des ressources humaines chargées du management.

Le Premier ministre a fait l’impasse, hier, sur ces aspects négatifs de la manifestation, à l’image des médias publics qui produisent un discours à sens unique pour dire la réussite de l’événement, fermant leurs ondes au débat contradictoire.

D’ailleurs, le programme de la visite a été grandement amputé ; un seul point lié directement à la manifestation (inauguration d’une annexe de la maison de la culture à Khroub) a été maintenu. Sellal a préféré parler d’autres sujets.

A Aïn Abid (40 km au sud de Constantine) où il visitait une exploitation agricole appartenant à un privé, le Premier ministre a soutenu qu’un pôle de céréaliculture et d’élevage pourrait être concrétisé entre Constantine, Souk Ahras et Oued Zenati (Guelma), affirmant que tous les moyens sont mobilisés pour le développement de l’agriculture et la diversification du produit agricole.

Sellal a rappelé que l’Algérie s’est fixée l’an 2019 pour gagner le pari de l’agriculture, appelant les concernés du domaine « à oser» les techniques agricoles modernes et innovantes. Il a exhorté aussi l’université à « accompagner cet objectif» à travers la recherche et le développement.

Unité nationale

Auparavant, le Premier ministre avait déclaré aux journalistes que près de 24 000 investissements, relevant du secteur privé, étaient opérationnels et productifs depuis 2014.

En visite au complexe agroalimentaire BIFA, dans la commune de Didouche Mourad, Sellal a indiqué que ces projets « ont favorisé la création de 300 000 emplois», mettant en avant l’évolution de l’investissement privé en Algérie ces dernières années.

Ce discours avertissant sur les dangers qui guettent l’économie nationale et encourageant l’investissement privé était destiné à la consommation nationale. Le Premier ministre qui, visiblement, a choisi, contrairement à ses habitudes, de parler peu, a cependant abordé les questions politiques en remettant à jour la question de l’unité nationale : « J’affirme avec force que l’Algérie divisée, c’est l’impossible des impossibles.

Dieu merci, nous avons la richesse et la profondeur culturelles.» Choisissant ses mots, l’hôte de la ville de Massinissa, comme il l’a rappelé, a profité de l’occasion pour revenir sur les aménagements apportés à la question identitaire : « La nouvelle Constitution a promu l’identité nationale.

La langue arabe a sa place, l’islam a sa place et l’amazighité a sa place. Nous avons soustrait l’amazighité au politique pour en faire une des composantes de l’identité nationale.

Elle a été décrétée langue nationale et maintenant c’est aux experts de lui donner la dimension culturelle et scientifique qui lui convient.» Politiquement aussi, la manifestation 2015 se termine en queue de poisson. Le silence du gouvernement, présent hier à Constantine, sonne comme une invitation à oublier. Sfax la tunisienne prendra le relais dès la semaine prochaine et ici, aucun bilan n’est en perspective.

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