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Un scrutin sur fond de peur et d’incertitude

Publié le 02/05/2017, par dans Non classé.

Jamais l’argent sale n’a fait autant de mal comme à Tébessa, cette ville frontalière avec la Tunisie, livrée à la contrebande et aux trafics en tout genre. Non seulement il a perverti les mœurs politiques par la promotion de l’incompétence et des trafiquants, mais il a également bousculé l’équilibre de la représentation des tribus, qui, traditionnellement, confient leurs voix aux deux partis qui incarnent « Edawla» ou l’Etat.
La ville de Tébessa vit sur un volcan. L’argent sale et l’affairisme ont fait voler en éclats l’équilibre tribal qui permettait aux différents archs (tribus) une représentation politique plus ou moins équitable, traditionnellement sous la bannière du FLN et du RND, auxquels ils donnent majoritairement leurs voix. Aussi controversé que contesté, Mohamed Djamaï, l’enfant de la tribu des Ouled Abid, quatrième arch après les Nememcha, Ouled Yahia et les Ouled Derradj, vice-président de l’Assemblée nationale et tête de liste FLN, aura du mal à garder les 4 sièges (sur 8) qu’il a obtenus en 2012, alors que l’homme d’affaires Ahmed Menai, issu de la tribu des Nememcha, tête de liste RND, risque de faire converger vers lui une grande partie des voix de sa tribu.

Celle-ci veut reprendre sa première place à Tébessa, où elle représente 70% de la population. Ville frontalière, rongée par les réseaux maffieux tissés par les gros bonnets de la contrebande et des trafics en tout genre, Tébessa est l’une des rares wilayas où les candidats à la députation sont majoritairement des entrepreneurs, des commerçants ou des hommes d’affaires, dont l’origine de la richesse est suspicieuse pour bon nombre d’entre eux.

Traditionnellement, les listes électorales sont le résultat d’un consensus basé sur un équilibre tribal auquel se conformaient les partis, particulièrement ceux considérés comme représentants de l’Etat, pour ne pas dire de l’administration, à savoir le FLN et le RND. Mais depuis quelques années, tels des toiles d’araignée, des empires financiers ont fait main basse sur l’administration locale désormais mise à leur service. L’argent sale de la contrebande de tous les trafics a fini par polluer l’espace politique et la « chkara» est devenue la clé de toute percée dans ce domaine, où la plus petite des tribus représente le plus important et influent des archs.

Les législatives de 2012 ont marqué un tournant décisif. Jamais autant d’argent n’a été dépensé que durant cette campagne. Les candidats étaient majoritairement impliqués dans des affaires de contrebande et même de soutien au terrorisme. Grâce à l’argent, ils ont réussi à se faire élire pour bénéficier de l’immunité parlementaire. Tébessa est l’une des rares villes du pays où la majorité des membres de l’Assemblée de wilaya sont des entrepreneurs, des commerçants et même d’anciens contrebandiers convertis.

Ils savent tous que pour être bénis par les grandes tribus, il faut avoir la casquette du courant dit nationaliste, représenté par le RND et le FLN. Raison pour laquelle ils se sont inscrits sur les listes de ces formations. Ils ont utilisé leurs relais à Alger pour soudoyer les responsables et assurer leur entrée au Parlement. Il y a quelques années, jamais une tête d’affiche ne pouvait être issue de la tribu des Ouled Abid, quatrième au classement des tribus par le nombre de la population.

« Ce sont les Nemouchis qui viennent en première position, suivis des Ouled Yahia, des Ouled Derradj, puis des Ouled Abid. Même les communautés minoritaires étaient représentées de manière à n’exclure aucune tribu. Cela permettait de maintenir un équilibre tribal représentatif. Cette organisation traditionnelle a été bouleversée par l’argent, ce qui a engendré une grande frustration et suscité un sentiment de colère chez la population», explique un avocat de renommée, sous le couvert de l’anonymat.

Ici règne la loi de l’omerta

La peur plane. Les menaces, les séquestrations, les représailles et les intimidations contre ceux qui osent défier « les puissants» du moment sont monnaie courante. L’affaire de notre défunt collègue Beliardouh est toujours vivace dans la mémoire collective, treize ans après. Ne supportant pas l’humiliation que lui a fait subir l’ancien sénateur et président de la Chambre de commerce Saad Guerboussi durant une séquestration de plusieurs jours, le journaliste s’est donné la mort en ingurgitant de l’acide.

Quelques jours auparavant, il avait écrit un article sur les liens entre ce responsable local et l’argent des groupes terroristes, ce qui a suscité la colère du mis en cause. Le cas de Beliardouh n’est pas isolé. De nombreux journalistes et militants des droits de l’homme ont dénoncé les pratiques maffieuses des milieux de la contrebande contre les voix qui s’élèvent.

Tous les cadres avec lesquels nous nous sommes entretenus durant notre reportage se sont exprimés sous le couvert de l’anonymat, par peur de représailles. Pour eux, les législatives de 2012 « ont permis à des personnes très controversées souvent liées à des affaires de contrebande, voire de terrorisme, de bénéficier de l’immunité en entrant au Parlement.

Des sommes colossales ont été utilisées par les grosses pointures pour se faire élire. Le recours à l’argent ne concernait que les listes indépendantes avant qu’il ne gagne les partis politiques traditionnels, laminant ainsi les formations pauvres et les candidats qui se démarquent avec de nouveaux programmes». Les exemples ne manquent pas et celui de Mohamed Djamaï revient à chaque fois.

Enfant des Ouled Abid, natif de Bir Al Ater (90 km du chef-lieu de la wilaya de Tébessa), député FLN et vice-président de l’Assemblée nationale, Mohamed Djamaï n’a jamais milité au sein du FLN. Son entrée dans ce parti et son parachutage au comité central relèvent d’un véritable mystère dans le décor politique que beaucoup renvoient à la « chkara» (les sachets d’argent), largement utilisée en 2012.

C’est l’un des députés les plus critiqués à Tébessa. Son parrainage par Abdelaziz Belkhadem, alors secrétaire général du parti, puis par Amar Saadani, son successeur, pour en faire son fervent avocat, le milliardaire ne se gêne pas pour user de tous les moyens, passer d’un clan à un autre pour préserver sa place de chef de groupe parlementaire du FLN, au moment où les démêlés avec le fisc et la firme d’électro-ménager sud-coréens LG (qui a fini par lui retirer la marque Lire la suite

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