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Un procès, une condamnation et des interrogations

Publié le 27/05/2017, par dans Non classé.

C’est le procès tant attendu pour la grande explication sur les événements qui ont secoué la vallée du M’zab, dont le tribunal criminel de Médéa en a été le théâtre mercredi passé.
Un moment pour tenter de lever le voile sur la période trouble et troublante. Kamel Eddine Fekhar à qui on a endossé l’entière responsabilité de la « discorde», avec son coaccusé Benabdellah Abdellah face à de lourdes charges. « Incitation la haine et à la violence», « atteinte aux symboles de la nation», « atteinte à la sûreté de l’Etat», « atteinte à la souveraineté et l’unité nationale»,…

Un paquet d’accusations qui conduirait les deux accusés à l’échafaud dans le cas où leur culpabilité est reconnue. Après une lecture longue et ennuyeuse de l’arrêté de renvoi à un point où le président du tribunal voulait l’écourter, ce dernier appelle à la barre, en premier, Benabdellah Abdellah et inaugure ainsi les débats qui souvent prennent une tournure absurde. Originaire de Berriane, l’homme est accusé pour des faits extrêmement graves sur la base de trois banals « tracts» trouvés dans son domicile, suite à une perquisition de la police. Des documents publics rédigés par le docteur Fekhar en 2013 appelant les autorités à intervenir pour stopper la violence à Ghardaïa et dans lesquels il accuse la « complicité de la police» dans les actes de vandalisme, notamment un cimetière mozabite. Face au juge, il nie tout lien avec les événements qui ont ensanglanté la vallée du M’zab. « Je travaille à Illizi, je rentre chez moi une fois tous les quatre mois.

En rentrant, je passe chez le docteur Fekhar pour me soigner. Je lui ai demandé ce qui se passe dans le pays (Ghardaïa), il m’a remis un article que mes enfants m’ont lu une fois chez moi…» Le juge l’interrompt : « Tu détiens des tracts qui portent atteinte à la sûreté nationale et aux symboles de la nation…

Pourquoi tu les as cachés dans l’armoire, si tu estimes qu’ils ne sont pas compromettants ?» Objection de Mokrane Aït Larbi : « Combien d’exemplaires étaient en sa possession ?» Un seul. Donc pas destiné à la diffusion. Les débats s’enlisent dans un échange totalement absurde, quand le procureur général prend la parole pour interroger l’accusé.

« Tu es riche ou pauvre, pourquoi tu te soignes chez Fekhar ? Travaille-t-il dans une clinique privée ou publique ? Tu habites à Berriane, mais tu vas à Ghardaïa pour te soigner ; il y a une grande clinique à Ghardaïa, pourquoi vas-tu chez Fekhar ? Pourquoi tu lui demandes ce qui se passe dans le pays ? Tu ne sais pas lire, mais tu as gardé des tracts chez toi, tu es militant du FFS…» Une série de questions pour le moins humiliantes qui ont fini par excéder, y compris le juge qui fait à chaque fois des grimaces pour « désapprouver» l’attitude du représentant du ministère public. Visiblement désabusé par les questions, Benabdellah lui répond simplement : « Je ne comprends pas ce que vous dites.»

À la barre, un Fekhar mordant

Quand le juge appelle à la barre celui que désignaient Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia « le cerveau de la discorde», le silence plane sur la salle d’audience. Après 22 mois de détention et une grève de la faim de plus de 100 jours, il a défrayé la chronique, tenu en haleine l’opinion, mais surtout mis dans l’embarras les autorités politiques du pays. Les séquelles de la grève ne sont pas visibles, cependant l’homme est affaibli, il demande une chaise pour pouvoir tenir. Mais face aux questions du juge, le « héros du M’zab» est dans une superbe forme intellectuelle. Mordant, il n’a rien perdu de sa grinta, encore moins de ses convictions. Ses réponses au juge sont immédiates, cinglantes et non sans repartie. « Je suis journaliste, indépendant, militant des droits de l’homme. J’écris des articles, j’interviens dans les journaux, les télés nationales et étrangères, j’exerce mon droit de citoyen à la liberté d’expression garanti par la Constitution dans un pays libre…», enchaîne-t-il. Le juge ne parvient pas à l’interrompre, mais il lui reproche que « les tracts contiennent des accusations contre les services de sécurité».

Fougueux, Kamel Eddine Fekhar, privé de sa liberté de parole, attend ce moment depuis près de deux ans pour dire sa vérité sur les événements de Ghardaïa. Il entend saisir cette « opportunité» pour rétablir les faits et surtout pour « démentir» tout ce qui a été raconté à son sujet. « Ces articles sont des cris d’alerte, des SOS pour évite le pire. Ces articles remontent à février 2013, et si on avait fait quelque chose à temps, on aurait pu éviter l’enlisement. J’aurais aimé que les autorités judiciaires, les services de sécurité me convoquent à ce moment-là. J’ai tout fait pour attirer l’attention sur la gravité de la situation, mais personne ne voulait m’entendre. J’ai été voir la gendarmerie, la réponse était : ‘Tu sors d’ici sinon je vide mon chargeur.’ J’ai demandé à la police d’intervenir, mais on m’a dit : ‘Le wali nous a dit de ne pas intervenir.’ J’ai tapé à toutes les portes, en vain.

Si le procureur avait ouvert une enquête on aurait découvert toute la vérité sur les événements. Je réaffirme ici, oui il y avait des agressions racistes, il y avait des officiers de police au milieu des gens cagoulés qui saccageaient des magasins, qui profanaient des tombes de ma famille….», bombarde Kamel Eddine Fekhar.

Difficile à arrêter. Au juge qui tente à chaque fois de l’interrompre pour le relancer sur d’autres questions « moins essentielles», Fekhar riposte immédiatement et réclame le droit de dire ce qu’il a sur le cœur. « J’ai le droit de parler, on m’a enfermé pendant 22 mois et vous voulez m’empêcher de m’exprimer, j’ai été agressé à l’intérieur du commissariat de police, j’ai subi des choses que je ne peux vous décrire.» Le juge acquiesce. « J’ai dénoncé des crimes et je me retrouve accusé d’incitation et d’atteinte aux symboles de la nation. J’ai demandé aux autorités de faire leur travail, je n’ai pas empêcher leurs missions et Lire la suite

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