formats

Un cœur de raison et de passion

Publié le 12/01/2016, par dans Non classé.

Je vous écris pour vous témoigner ma peine pour la disparition de Hocine Aït Ahmed, une étoile disparue dans cet océan de ténèbres, un esprit éclairé dans un monde d’injustice et d’ignorance, une voix dans un désert d’inculture, un cœur de raison et de passion. Je ne redirais pas tous les éloges publics ou privés que vous avez dû recevoir de ceux qui l’ont connu et reconnu, par ceux qui l’ont aimé mais aussi par ceux qui l’ont combattu, qui l’ont privé de sa terre, fruit d’une lutte inlassable pendant la colonisation et depuis l’indépendance.

Si les premières générations ont admiré le symbole du Mouvement national, de la continuité historique pour les grands idéaux démocratiques, les secondes ont, au contraire, trouvé en lui l’incarnation du courage et de la liberté pour avoir eu l’audace de tenir tête au pouvoir militaire et au totalitarisme qu’il représentait. Depuis sa fuite des geôles de Ben Bella (son compagnon de guerre), il n’a cessé de s’opposer à un régime imposé par la force dès 1962, qu’il a d’ailleurs qualifié, dans un poème en kabyle, d' »hydre à sept têtes» (lafaâ m sebâ iqwerray)… faisant référence à une légende où le héros affronte une hydre gardienne de la fontaine du village. L’animal est anthropophage, exigeant une jeune fille chaque jour en échange de quelques litres d’eau.

Le héros trouvant une jeune fille en pleurs devant la fontaine lui demanda la raison de ses larmes… Elle l’informa du triste sort qui l’attendait. Aussitôt l’hydre apparue, le héros lui asséna un coup de glaive. L’hydre lui dit alors : « Là n’est pas ma tête !» Et le héros répondit : « Là n’est pas mon coup !» Il en fut ainsi jusqu’à son septième coup… Le héros eut raison de l’hydre… Ce titre remarquable vise les coups reçus et les coups symboliquement donnés par Hocine Aït Ahmed pour avoir affronté de multiples démons anthropophages à toutes les étapes de son existence. L’hydre représente ici le pouvoir algérien et ses métamorphoses, la jeune fille : l’Algérie en otage. Mais le dernier coup du héros fut posthume, celui rendu par les masses populaires ce 1er janvier 2016.

En effet, Hocine Aït Ahmed n’a eu de cesse de dire « non !» au parti unique, « non !» au pouvoir militaire, « non !» à l’hégémonisme linguistique et culturel… En revanche, il a clamé la démocratie, les droits de l’homme, l’égalité des hommes et des femmes, la justice sociale et le pluralisme politique. C’est certes une utopie sous le ciel algérien… mais son amour pour l’Algérie l’emportait sur tout. Sa passion était telle qu’il ne pouvait lui souhaiter que les grandes valeurs, les grands rêves et les grands idéaux.

Un jour viendra où le rêve deviendra réalité et nos petits-enfants se souviendront, je l’espère, du combat de cet homme courageux, élégant, fier, cultivé, rigoureux, assoiffé de justice et de liberté. Nous sommes tristes certes, mais nous devons être fiers de ce legs sans prix. C’est aujourd’hui le rôle du FFS et de ses amis de continuer à donner leur sens véritable à la vie et à l’œuvre de Hocine Aït Ahmed, ce symbole de courage, d’intransigeance et d’affection. Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Home Non classé Un cœur de raison et de passion
Facebook Twitter Gplus RSS
© Radio Dzair