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«Tout salafiste est susceptible de basculer dans la violence»

Publié le 08/06/2017, par dans Non classé.

Les partis islamistes ont reculé lors des dernières législatives. Comment interpréteriez-vous ces résultats ? L’islamisme a-t-il reculé, ou est-ce que ce sont ces partis qui ne sont plus crédibles aux yeux de l’électorat islamiste ?

C’est les deux à la fois. Mais il y a un troisième facteur lié aux événements qui ont eu lieu dans le monde arabe. Le citoyen algérien a atteint un degré de maturité. Tout le désastre qui est en train de se produire en Syrie, en Libye et au Yémen, où des franges islamiques participent avec l’armée classique saoudienne engagée dans le conflit, les événements qui secouent l’Irak, la situation au Liban et en Egypte ont fait comprendre aux Algériens que l’islamisme est une voie sans issue ; une voie qui mènerait à la destruction de tout ce qui a été construit depuis l’indépendance.

En effet, on peut distinguer deux projets, le premier qui est représenté par les Frères musulmans qui agissent dans la participation politique. Et l’autre par le wahhabisme qui lui n’a pas de signe de participation ni aucune autre action politique. Le fait que l’islamisme politique est devenu un instrument d’agendas étrangers a rendu les Algériens plus méfiants.

La position de la Turquie vis-à-vis du monde arabe s’est avérée une porte et un couloir à travers lequel les anciennes forces colonialistes arrivent à pénétrer et trouver du terrain et des acteurs et des exécuteurs du projet de destruction massive qui a cours dans le monde arabe et musulman.

Pensez-vous que cela a été vraiment déterminant dans les résultats obtenus par les partis islamistes ?

Ce facteur a joué un rôle important. Les masques sont tombés. Au départ, lorsque l’islamisme politique a fait son apparition en Algérie, il faut reconnaître qu’il a drainé des foules. Mais avec l’implication du fis dans la tragédie nationale et le terrorisme, l’islamisme a été discrédité. C’était le premier vaccin pour le peuple algérien. Viendra plus tard le Printemps arabe.

L’une des figures de proue de cet islamisme, Al Qaradawi en l’occurrence, s’est avérée finalement n’être qu’un simple agent au service du sionisme. L’Algérien, qui a été frappé par la tragédie nationale et secoué par la tragédie qui frappe les pays arabes et musulmans, a pris conscience que l’islamisme est un chemin sans issue.

Certains spécialistes considèrent que si l’islamisme a reculé au plan de la représentation politique, il est toujours présent au plan social…

Je dirais que dans leur ensemble, les partis islamistes ont eu moins de 50 sièges à l’Assemblée. Cela représente un neuvième du Parlement. En réalité, c’est un chiffre plus important que nous aurions pu prévoir. Le constat est que l’islamisme a subi un sérieux revers. Au plan social, c’est une autre paire de manches. Si les Frères musulmans sont toujours présents dans les mosquées, bien que leurs activités aient un peu diminué, le wahhabisme est devenu massif. Le salafisme est affilié à l’Arabie Saoudite.

Ce n’est un secret pour personne, ses leaders et ses adeptes annoncent publiquement à partir des minbars que le royaume wahhabite est le modèle de la loi divine sur Terre. Le wahhabisme travaille sur deux axes. Le premier consiste à détruire tout ce qui est ordre établi dans la société algérienne. Le mode de vie sociale, les rapports humains et le patrimoine cultuel. Tous les segments de notre patrimoine religieux, l’islam malékite de nos ancêtres et de nos parents sont en train d’être tués par le wahhabisme. C’est la stabilité de la société qui est en jeu. Les wahhabites visent à créer des franges et diviser.

Il est vrai qu’actuellement, il s’éloigne de la politique mais ne dit qu’il ne changera pas. Ils ne menacent pas le pouvoir, mais le pouvoir est leur but final. Nous l’avons vu dans les mosquées, où ils veulent s’imposer, comment ils maltraitent les imams et imposent leur diktat.

Le wahhabisme social est en train d’avancer. Il a réussi à s’installer après l’échec du wahhabisme djihadiste, avec les groupes terroristes des années 1990. Le wahhabisme social, faut-il le préciser, a toujours constitué l’arrière-garde de l’islamisme violent. Il est en train d’avancer insidieusement en s’abstenant de n’afficher aucune opposition au régime. En somme, sur le plan dogmatique, le wahhabisme, qui essaie de présenter un visage pacifiste, et le wahhabisme djihadiste sont nés de la même matrice.

Laquelle ?

C’est le wahhabisme tout court. Son fondateur est Mohamed Abdelwahab. Il est apparu au XVIIIe siècle aux alentours de Riyad, en Arabie Saoudite. Mais c’est dans les années 1980 que sa propagation a eu un coup d’accélérateur. Tout a commencé avec l’arrivée de Khomeini au pouvoir en Iran. L’événement avait bouleversé l’échiquier régional et les calculs de l’impérialisme. L’Iran avait fermé l’ambassade d’Israël, rompu ses relations avec les Etats-Unis et Khomeini affichait ouvertement que la révolution iranienne devait se propager dans le monde musulman pour le libérer. L’Arabie Saoudite s’est sentie alors doublement menacée. Elle avait senti la menace de pouvoir perdre les Lieux Saints.

C’est son point fort à travers lequel elle arrive à manipuler l’islam et les musulmans à travers le monde. Les Saoudiens avaient peur des influences que pouvait avoir la révolution iranienne sur la vision des citoyens saoudiens envers la monarchie, en partant du principe que Le Coran bannit la monarchie. Faut-il savoir aussi que les trois quarts de la population saoudienne sont de confession chiite.

L’Arabie Saoudite s’est donc vite lancée dans une sorte de contre-campagne pour barrer la route à l’expansion de la révolution iranienne. Elle avait offert sa générosité à tous les jeunes musulmans qui veulent acquérir un savoir religieux. Des milliers de jeunes à travers le monde et d’Algérie notamment avaient regagné les bancs de ses universités. Ils étaient vraiment gâtés. Le royaume dépensait sans compter pour eux pour garantir leur bien-être. Ils deviendront de manière involontaire les futurs propagateurs du modèle saoudien.

Le retour de ces étudiants 4 à 5 ans après dans leur pays d’origine a produit des effets néfastes. En Algérie, ils feront rapidement remarquer qu’ils sont porteurs d’un islam nouveau : le salafisme auquel ils voulaient convertir les Algériens. Des centaines, voire des milliers de licenciés en charia islamia ont été Lire la suite

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