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Timide début de campagne à Oran

Publié le 11/04/2017, par dans Non classé.

Dans les cafés populaires, les gens font plutôt gorge chaude des événements footballistiques que des rendez-vous électoraux.
Lundi 10 avril, 10h. En ce deuxième jour de campagne électorale, rien n’indique, au centre-ville d’Oran, que des élections législatives sont prévues dans moins de 21 jours. Une indifférence quasi-générale prévaut dans les rues et les espaces publics. Dans les cafés populaires, les gens font plutôt gorge chaude des événements footballistiques que des rendez-vous électoraux.

Ce n’est qu’en ouvrant le journal que les élections législatives se rappellent au bon souvenir de l’électeur oranais. Certes, les panneaux électoraux ont été accolés aux murs de la ville depuis quelques jours, et certains partis politiques se sont d’ores et déjà attelés à placarder les affiches. Mais force est d’admettre que ce n’est pas le grand engouement.

Bendeddouche D., 31 ans, médecin à Oran, nous a exprimé son dégoût quant à cette « farce électorale» : « Personnellement, je ne voterai pas parce que je ne pense pas que nos élections soient transparentes : le parti qui gouverne le pays va remporter les élections comme d’habitude.

A cela, je ne crois pas au travail des députés : on ne les voit que pendant les élections. Ils ne remplissent pas leur rôle de médiation entre la société et le gouvernement… et puis quand on voit dans le Parlement des lois importantes en train d’être votées en l’absence de bon nombre de députés supposés représenter le peuple, c’est un coup à désespérer.

Non, je ne crois pas à nos députés.» Amina S., 40 ans, secrétaire dans une boîte privée, ne semble pas emballée, elle non plus, par ces élections : « Je ne vote que lors des présidentielles, jamais aux législatives, car je ne crois pas à l’efficacité des députés qui sont là plutôt pour s’en mettre plein les poches que dans le souci du sort du peuple.»

Il faut dire que cette fois-ci, l’amertume semble plus grande que durant les législatives de 2012. A la place du Maghreb, en face de la Grande Poste, les vieux retraités aiment à y prendre place durant la matinée et commenter l’actualité. Quand on entend certains d’entre eux, on a l’impression que la célèbre phrase de l’humoriste Coluche — « un pour tous, tous pourris» — a fait des émules.

Mohamed S., 69 ans, ayant fait toute sa carrière au Trésor public avant de prendre sa retraite, n’est pas dupe. Pour lui, les élections se déroulent dans l’indifférence la plus totale. « Les citoyens désapprouvent cette manière de faire des postulants à la députation. On se désintéresse totalement de ce suffrage dans la mesure où les anciennes élections ont été considérées comme de véritables fiascos. On appelle les députés ‘‘messieurs les mains levés ».»

Même constat amer chez Kaddour K., 70 ans, retraité : « Avec la découverte dimanche des listes des partis aux législatives, j’ai été stupéfait. Ce sont les mêmes têtes qui reviennent. Dans les partis dits favoris, on trouve des gens qui ont cumulé des postes à l’APW et à l’APC. Mais qu’est-ce qu’ils ont fait ?

Qu’ont-il apporté à Oran ? Hier, par pure curiosité, je suis allé au Colisée voir le meeting d’un de ces partis, quelle a été ma surprise de voir des troupes de madahates et des troupes folkloriques ! On aime faire dans le tapage et le populisme, mais dans le fond, il n’y rien qui vaille !» Ce rejet, les responsables politiques en ont conscience.

Mustapha Merine, candidat sous la bannière FFS, nous explique : « On peut éventuellement sentir qu’il n’y a pas un grand engouement autour de l’événement, mais ça peut être une impression trompeuse. Nous, au FFS, on veut faire un travail de proximité, mais sans démagogie. Hier, au centre-ville, on a célébré symboliquement l’ouverture de la campagne à la plage du Maghreb. Quand on parle des gens, on trouve toutes les tendances.

Le danger, et la démarche suicidaire — et sans porter de jugement de valeur sur n’importe qui —, c’est qu’on aille vers une sorte d’arrogance et de mépris pour l’électorat. Je m’explique : il y a des partis qui se sentent en position de force pour rafler un maximum de sièges, et ces partis ne prennent même pas les formes. Ils sont sûrs d’avoir la majorité et se disent à quoi bon se casser la tête et essayer d’avoir des candidats présentables, représentatifs, intellectuels ? C’est cette mentalité qui risque de créer la désaffection populaire !»

Au niveau du Parti des travailleurs, Soraya Chabane, candidate à Oran, affirme que la campagne se passe normalement. « Hier, j’étais à El Kerma, Mers El Hadjadj et Béthioua, il n’y pas eu de problème. Simplement, les gens veulent comprendre. Y en a bien sûr qui disent qu’ils n’ont pas confiance en les politiques, mais dès lors qu’on discute avec eux, ils écoutent, et petit à petit on parvient à les convaincre.

En fait, les électeurs demandent surtout les programmes. A Mars El Hadjadj, 1100 exemplaires ont été distribués. Il faut avoir la manière de parler aux électeurs, et bien leur expliquer notre démarche. Là, on peut aller loin. Mais si on ne s’en tient qu’aux généralités, là, le rejet s’installe.» Lire la suite

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