formats

Terrorisme : Ces guerrisseuses de l’âme au rôle majeur

Publié le 13/04/2018, par dans Non classé.

Ils étaient sur le terrain au lendemain des drames pendant les années tragiques que l’Algérie a vécus. Leur mission était de porter une aide psychologique aux victimes de terrorisme afin de pouvoir vivre malgré une mémoire durement atteinte. Pénible, mais mission spéciale presque accomplie… Récit des psycholgues.
Les séquelles chez nombre de victimes du terrorisme ayant vécu un traumatisme direct sont encore vivaces. Il n’est pas possible de parler de guérison, mais plutôt d’un petit confort psychologique qui aide à investir dans la vie. Il faut dire que la santé mentale de la population victime de cette violence extrême s’est beaucoup améliorée, même si un suivi psychologique demeure encore important. C’est le diagnostic posé aujourd’hui par des psychologues.

« Nous avons effectué des années plus tard une étude sur un échantillon très limité via une étude où nous sommes arrivés au constat que la santé mentale s’est nettement améliorée, même s’il y a des choses à faire.» Khaled Noureddine, psychologue, professeur à l’université d’Alger, ancien président et actuel vice-président de l’Association pour l’aide, la recherche et le perfectionnement en psychologie (Sarp), explique aussi que les séquelles existent encore et nous sommes loin de parler de guérison.

Il décrypte : « Il y a encore beaucoup de séquelles, car dans les questions de traumatisme, on ne peut pas parler de guérison, mais on aide les gens à surmonter ce qu’ils ont vécu de pire et vivre avec les souvenirs. On n’efface pas la mémoire, mais on vit avec d’une manière qui ne soit pas trop pathologique et douloureuse.» Face à une situation inattendue, peu fréquente dans le monde et d’une violence extrême, les psychologues évoquent aujourd’hui cette expérience hors du commun.

Ceux qui étaient sur le terrain pendant les années de terreur évoquent aujourd’hui un travail et une intervention qui ont même bouleversé certains de leurs collègues qui ont jeté l’éponge, se souvient Chérifa Bouatta, professeure des universités, Alger 2, vice-présidente de la Sarp. « La situation était telle qu’elle a eu un impact direct sur les psychologues.

Quand quelqu’un se livrait à nous sur les massacres vécus, les douleurs ressenties, le drame auquel il a assisté et tout ce qui se passait autour, le psychologue lui-même n’en sort pas indemne. Personne n’a une expérience dans ce genre de violences extrêmes et intentionnelles. C’est une violence massive que nous recevions et certains d’entre nous ont abandonné. C’était très violent», témoigne Chérifa Bouatta.

Enquête

Il faut savoir que cette approche avec le terrorisme était « spéciale», explique Khaled Noureddine. « Car, argumente-il encore, les victimes ne venaient pas demander de l’aide. C’était à nous de nous rapprocher d’elles. On ne connaissait rien des attitudes particulières à adopter face à cette violence. On collaborait alors avec d’autres pays et chercheurs et praticiens pour développer un modèle d’intervention psycho-social, d’où l’ouverture du centre de Sidi Moussa pour la prise en charge psychologique des victimes de terrorisme.»

« Les praticiens algériens sont très demandeurs de formation compte tenu de la situation de traumatisme du terrorisme ; j’ai dirigé aussi des thèses de praticiens algériens sur ces questions», note aussi Régine Scelles, professeure UFR Sciences psychologiques et sciences de l’éducation (SPSE), directrice adjointe de ClipsyD, directrice de la fédération EPN-R, et également praticienne de prévention précoce pour les petits dans la situation de handicap.

Chérifa Bouatta soulignera qu' »il fallait alors se rapprocher des victimes et ne plus attendre qu’elles viennent où nous étions derrière un bureau à Dély Ibrahim.» Une fois sur place en 1998, le constat était amer, alarmant et catastrophique. Un drame non oublié, avec des séquelles et des pathologies liées aux actes de violences extrêmes.

Chérifa Bouatta parle d’une « catastrophe sociale». Noureddine Khaled cite le stress, le désordre, la somatisation, des maladies somatiques, chroniques, mentales et d’autres pathologies liées au choc post-traumatique. A l’époque, une grande enquête épidémiologique sur l’impact des violences terroristes sur la population et la santé mentale a été menée par la Sarp.

Dès le départ, on se disait que cette population avait des particularités et spécificités vers lesquelles « nous devions développer une prise en charge plurielle». Vu la situation d’alors, il y avait des aspects d’ordre psychologique, juridique, mais surtout social à prendre en considération. La Sarp a alors commencé à créer des réseaux de médecins et des associations. Des espaces pour les femmes, les enfants et des vidéothèques ont été créés.

Objectif : sensibiliser à la culture de la paix et l’acceptation de l’autre. Un aspect qui manquait terriblement dans notre société, particulièrement dans les régions lourdement frappées par le terrorisme. Justement, Régine Scelles évoque que ceux – particulièrement les adolescents qui ont réussi à bien s’en sortir – qui « malgré le terrorisme, avaient vécu dans une famille relativement structurée, où il y avait des figures parentales stables et protectrices et structurées et qui étaient source de narcissisme».

Tolérance

Une thérapie et une sorte de formation que la Sarp voulait inculquer. Le problème qui se posait dans ces années de catastrophe sociale « s’était altéré», explique Chérifa Bouatta, car « la différence de l’autre n’était pas acceptable». Et c’est là que Chérifa Bouatta évoque la différence : « Quand nous sommes différents, nous sommes menacés et nous risquons nos vies.» Aujourd’hui, la Sarp est porteuse de projets vers les jeunes et les moins jeunes pour mieux les sensibiliser, les former et leur inculquer la tolérance. « Le centre continue de travailler et est encore ouvert. Nous nous rapprochons de plus en plus de jeunes», affirme la vice-présidente de la Sarp.

Avant d’arriver à ce stade, Chérifa Bouatta se souvient de son travail, de ses interventions dans le triangle de la mort où il fallait aider les victimes à surmonter les douleurs extrêmes. L’enquête a été élaborée pendant les années de terrorisme, en 1999 plus exactement. Deux ans après les massacres de Bentalha et Raïs. La douleur était encore vivante. L’odeur de la mort y était encore présente.

L’équipe d’enquêteurs avait très peur d’intervenir « puisqu’il fallait se rendre dans les maisons à la rencontre de la population», pas évident surtout si « on est différent des autres». Et c’est là que le problème de voile s’est posé ! « On Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Home Non classé Terrorisme : Ces guerrisseuses de l’âme au rôle majeur
Facebook Twitter Gplus RSS
© Radio Dzair