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«Tamazight est reconnu formellement, mais il est combattu réellement»

Publié le 19/05/2018, par dans Non classé.

Ancien militant de l’Académie berbère de Paris en France, président de l’Association des amis de l’Académie berbère et militant de la cause amazighe, Youcef Hebib s’exprime ici sur l’officialisation de la langue amazighe. Il donne aussi son avis sur la future académie de la langue amazighe, dont la création est attendue dans les prochaines semaines. Youcef Hebib revient également sur l’épisode de la création de l’Académie berbère en France en 1966 et la répression dont ont été victimes ses membres.
– Plus de 50 ans après la création de l’Académie berbère en France, qui a suscité la colère du pouvoir algérien de l’époque, une structure officielle baptisée Académie de la langue amazighe verra bientôt le jour en Algérie. Que signifie pour vous, qui étiez membre de l’Académie berbère, la naissance de cette structure officielle en Algérie ?

La colère légitime était ressentie par la communauté amazighe d’Afrique du Nord. Elle était due à la violente négation de son histoire, de son identité, du socle fondamental sur lequel s’est construite la première et originale constante de nos pays en l’occurrence, le fait amazigh comme substrat de Tamazgha.

La colère des pouvoirs qui avaient confisqué les indépendances des pays d’Afrique du Nord, chèrement acquises par les peuples, était illégitime et réactionnaire, car elle exprimait la volonté de ces régimes d’opprimer et de réprimer l’identité, la langue et la culture des peuples autochtones de ces pays.

Ceci étant précisé, l’académie berbère, Agraw Imazighen en kabyle, et la « structure baptisée Académie de la langue amazighe» sont deux choses différentes, il y va de soi.

C’est en France, à Paris plus exactement, qu’un groupe d’intellectuels militants, patriotes, sincères et fidèles à l’histoire plusieurs fois millénaire de Tamazgha, a eu le courage politique de répondre, par la création de l’Académie berbère en 1966, à la violence négationniste des régimes en place, qui considéraient et considèrent toujours que l’Afrique du Nord était un no man’s land découvert puis occupé par les Arabo-musulmans au VIIe siècle.

L’objectif d’Agraw Imazighen était fondamentalement politique, il s’agissait d’affirmer que l’Afrique du Nord appartient à l’espace de civilisation berbère d’abord et avant tout, méditerranéen, africain et arabo-musulman ensuite. Aussi, je peux affirmer aujourd’hui que de ce point de vue agraw imazighen a atteint ses objectifs.

En effet, la création du drapeau amazigh, qui est maintenant l’emblème de Tamazgha des îles Canaris à Siwa en Egypte, la démonstration et l’affirmation de l’existence d’une langue berbère écrite, la sensibilisation et la formation de jeunes étudiants et surtout la réhabilitation du calendrier amazigh avec Yennayer sont l’œuvre de militants de l’Académie berbère.

Sur le plan symbolique, cette œuvre est extraordinaire, si l’on prend en compte le manque de moyens, le contexte politique de l’époque et l’hostilité du pouvoir algérien, car il faut préciser pour l’histoire que la majorité des militants de l’académie berbère étaient des Kabyles.

Quant à la structure baptisée Académie de la langue amazighe, elle serait une structure scientifique chargée du développement de la langue amazighe, selon le régime, à l’image de l’Icram au Maroc. Je note, malheureusement, que les pouvoirs en place en Afrique du Nord, notamment en Algérie, après la négation, la répression et la violence ont opté pour la stratégie de la ruse à l’égard de la question amazighe.

En effet, ces régimes affirment en concert qu’ils sont décidés à réparer l’injustice historique qui frappe tamazight chez lui depuis l’indépendance de ces pays, alors que la lecture des dispositifs constitutionnels et juridiques, particulièrement dans notre pays, démontre le contraire. Comment réhabiliter tamazight en affirmant dans le préambule de la Constitution que l’Algérie est une terre arabe ? Comment affirmer que la langue amazighe est une langue officielle en précisant que la langue officielle de l’Etat est l’arabe ? Je me surprends à me poser la question suivante : de quel Etat tamazight sera langue officielle ?

– Tamazight, qui a été combattu par le régime depuis l’indépendance, est aujourd’hui langue nationale et officielle en Algérie. N’est-ce pas là une victoire pour les fondateurs de l’Académie berbère ?

La plupart des membres fondateurs de Agraw Imazighen ne sont plus de ce monde, Bessaoud, Hanouz, Rahmani, Naroun, Khlifati, Taous Amrouche et tant d’autres, aussi, je profite de cette tribune pour leur rendre un hommage appuyé.

J’ai rappelé dans ma réponse à la question précédente la ruse du pouvoir algérien, car pendant des décennies celui-ci a utilisé les moyens de l’Etat, notamment de répression, du système éducatif et les mass media pour effacer tamazight de l’univers, pour le gommer totalement de l’espace public et privé algérien. Autre époque, autres mœurs, autres méthodes, tamazight est aujourd’hui reconnu formellement, mais il est combattu réellement. L’analyse de l’arsenal juridique qui est supposé promouvoir tamazigh est en vérité une armature juridique pour la minorer.

Les débats biaisés et de mauvaise foi sur la graphie de son écriture, le niveau des budgets alloués à son développement et surtout le statut de langue facultative dans l’enseignement démontrent, si besoin est, toute la perfidie du régime envers cette question. Aussi, je ne peux en aucun cas parler de victoire, je dirais aux générations futures : vigilance et mobilisation. Nous devons adapter notre lutte aux exigences du moment.

– L’Académie berbère a été dissoute suite à des pressions du gouvernement algérien sur les autorités françaises à la fin des années 1970. Les membres de l’Académie ont-ils reçu une demande officielle des autorités françaises de mettre un terme à leur organisation ?

Effectivement, l’Académie berbère a été un enjeu politique et diplomatique entre la France et les pays de l’Afrique du Nord depuis sa création. Ses dirigeants vivaient dans une tension permanente, ils étaient constamment surveillés par la police française et harcelés par de pseudo-militants de l’Amicale des Algériens en Europe qui agissaient en police politique du régime.

Je me rappelle d’un épisode en particulier, suite aux événements de Kabylie en avril 1980, nous avions appelé à un rassemblement devant l’ambassade d’Algérie à Paris, rassemblement qui a été autorisé, puis interdit par les autorités françaises, les membres de cette triste amicale se sont mobilisés pour aider la police française en indiquant les militants à arrêter.

Agraw Imazighen n’a pas Lire la suite

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