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Sonatrach replonge dans l’instabilité

Publié le 29/03/2017, par dans Non classé.

C’est un changement aussi brutal qu’inexpliqué à l’allure d’un « putsch». Si le limogeage de Amine Mazouzi du poste de PDG de la compagnie pétrolière nationale a surpris plus d’un, c’est surtout la nomination de Abdelmoumen Ould Kaddour comme son successeur qui l’est au plus haut point.
Le premier a réussi son challenge en redressant le bateau Sonatrach qui affiche des résultats positifs ; le second est un homme qui a été condamné par un tribunal militaire pour « intelligence avec une puissance étrangère» alors qu’il était à la tête de l’entreprise algéro-américaine BRC qui a tant fait parler d’elle, il y a une dizaine d’années. Il s’agit d’une réhabilitation d’un homme condamné à 30 mois de prison pour « divulgation d’informations secret défense» en le désignant aux commandes d’une entreprise publique stratégique. Un scénario improbable qui a provoqué un sentiment de sidération générale.

« C’est une énième provocation», tempête Louiza Hanoune.
Comment une telle opération a pu avoir lieu au moment même où le gouvernement prêche la « rigueur» qui sied aux temps de crise ? Pourquoi un tel changement brusque alors qu’avec l’équipe Mazouzi, la puissante compagnie pétrolière a retrouvé une confiance et a redoré son image sapée par une série de scandales ? Que s’est-il réellement passé ? Retour sur un changement à la tête de la compagnie nationale des hydrocarbures dont l’opinion a du mal à s’expliquer les raisons et, surtout, les motivations.

Ce lundi 20 mars, le PDG de la puissante Sonatrach Amine Mazouzi ne se doutait pas que son sort à la tête du groupe pétrolier allait être scellé quand la veille, le ministre de l’Energie, Noureddine Boutarfa, l’appelle pour lui demander de convoquer une réunion du conseil d’administration de la société pour « faire une communication».

Ce jour-là Amine Mazouzi se rend sereinement à son bureau au dixième étage de la tour Sonatrach qu’il occupe depuis mai 2015. A peine pris leurs sièges pour écouter la « communication» du ministre de l’Energie, les membres du conseil d’administration et leur tête le PDG, M. Mazouzi, viennent d’assister à leur grand étonnement au limogeage du boss séance tenante. Stupeur générale. Coup de tonnerre. Noureddine Boutarfa annonce à l’auguste assemblée que désormais le nouveau patron de la compagnie sera Abderrahmane Ould Kaddour.

« Le temps s’est figé, l’annonce nous a laissé sans voix, nous n’avons même pas eu le temps de glisser un quelconque commentaire», témoigne un des présents à la scène. Un choc double : l’exécution en plein vol de Amine Mazouzi qui, avec son équipe, a pu redorer l’image de la compagnie et surtout réaliser en un temps record les objectifs fixés, et la nomination d’un personnage que l’opinion croyait à jamais banni de la vie publique en raison de sa condamnation pour une affaire grave. Le jour même, M. Boutarfa installe le nouveau patron, le partant encaisse le coup, assure la passation de pouvoir, range ses cartons et rentre chez lui, laissant derrière lui le géant pétrolier. Le staff managérial, composé essentiellement de quadras compétents craignent que la compagnie replonge dans l’instabilité.

L’affaire est pliée en une matinée. Dans l’urgence le ministre Boutarfa publie l’information sur la page facebook du ministère. Selon des sources sûres, le Premier ministre Abdelmalek Sellal n’était pas informé du changement qui s’est produit brusquement à la tête du grand groupe pétrolier, lui qui avait présidé la cérémonie de l’installation du désormais ex-patron de la Sonatrach le 25 mai 2015. Neuf jours après, le décret de nomination de Ould Kaddour n’est pas encore établi, du moins il n’est pas rendu public.

Que reproche-t-on à Mazouzi ?

Polytechnicien, diplômé de l’Ecole centrale de Paris et détenteur d’un doctorat de l’université Paris VI, Amine Mazouzi a fait toutes ses classes au sein de la société. Il a assuré la direction de différents services, est un pur produit de la boîte dont il connaît les moindres recoins, des installations pétrolières dans le désert jusqu’aux travées de la Tour de Hydra.

Lors de son installation, le premier ministre lui fixe un objectif : « doubler la production du pétrole pour faire face à la crise». A-t-il échoué ? Non seulement ce but a été largement atteint en quelques mois, mais Sonatrach a pu tenir ses engagements internationaux et assuré la demande nationale. Malgré une conjoncture défavorable en raison de la chute des cours du pétrole, l’image altérée de la compagnie, la compagnie pétrolière a dès les 4em trimestre de l’année 2016, augmenté ses exportations de 10%. Dès le second semestre 2015, elle amorcé une dynamique de croissance. La nouvelle stratégie de l’équipe Mazouzi a donné ses résultats avec une maîtrise des charges, une réallocation des ressources à l’exploration, l’exploitation et le développement.

Mazouzi à qui certains milieux « d’experts» reprochaient « le manque de charisme», a réussi un déploiement de la compagnie à l’international. S’appuyant sur une équipe efficace, Mazouzi a pu négocier et résoudre les conflits, notamment avec Total et Engie.

Un programme de développement du groupe (2015-2019) est mis en place, consistant essentiellement en la réalisation de quatre nouvelles raffineries (Hassi-Messaoud, Tiaret, Arzew et Biskra) d’une capacité de cinq millions de tonnes chacune par an. « L’entrée en production des nouvelles raffineries et des unités de conversion devrait intervenir en 2020 et l’offre nationale en carburant permettra de satisfaire, jusqu’à 2040, la demande en carburant du marché national et de dégager des quantités excédentaires à l’export.» L’équipe de l’ex-PDG a placé au cœur de son action, la rigueur dans la gestion et la rationalisation des dépenses. Un choix qui n’a pas manqué de gêner certains milieux habitués à se sucrer impunément de « la vache laitière».

« Avec lui, pas un sou dépensé sans qu’il soit justifié, même une rame de papier achetée doit être répertoriée. Il a instauré une rigueur budgétaire implacable. C’est un homme qui ne signe pas facilement», témoigne un cadre de la compagnie. « Il est fort à parier que Mazouzi est victime de son succès et de sa rigueur dans la gestion de Sonatrach», jure un autre cadre de la boîte.

Rapidement, une stratégie de harcèlement est mise en branle pour lui rendre la tâche difficile. Lire la suite

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