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Slimane Benaïssa écrit au président Bouteflika

Publié le 04/07/2016, par dans Non classé.

C’est la lettre d’un père inquiet du sort que l’on a réservé à son fils Mehdi. La lettre d’un père perdu dans le brouillard des conjectures, cherchant à comprendre ce qui peut justifier son emprisonnement depuis le 23 juin à la prison d’El Harrach.
« Inquiet parce que mon fils, Mehdi Benaïssa, est en prison, en colère parce que je ne sais pas exactement pourquoi», écrit Slimane Benaïssa dans sa lettre ouverte au président Bouteflika publiée dans le quotidien Le Soir d’Algérie. L’un des plus importants dramaturges algériens ne veut pas croire que la décision prise par la justice à l’encontre de son fils échappe au droit, pour s’inscrire dans d’autres enjeux. « Certes, j’ai confiance en la justice de mon pays et mon devoir est d’être à son service.

Mais quand beaucoup de mes proches et de moins proches me disent : ‘‘Il n’y a que ceux qui l’ont arrêté qui peuvent le relâcher », là j’ai peur, très peur.» L’auteur de Les Fils de l’amertume affirme que son fils apolitique, peu attiré par les idéologies qui ont guidé le monde, est à l’image de sa génération plus soucieuse d’être en phase avec leur époque et leur idéal. « Mon fils est le fils de ‘‘la chute du mur » et des idées. Il n’a pas grandi dans les idéologies, il a grandi dans la construction de valeurs.» Et de poursuive : « La génération de mon fils a des aspirations éthiques, elle ne revendique et ne défend que les valeurs qui lui permettront de s’épanouir et de se réaliser dans la société.

Cette génération n’a d’autre ambition que de s’inscrire pleinement dans le monde, dans son époque et pour cela, elle veut moraliser la vie sociale et politique : les uns par l’islam, les autres par le respect de la loi et la démocratie. Les uns ont pris le maquis, les autres se font emprisonner. En réalité, tous ces jeunes sont unis pour le même projet. Ils ne le savent pas, c’est tout.» Et de rappeler le fossé qui sépare la génération de la guerre de Libération de celle des nouvelles technologies.

« Nous sommes à 70 ans de la guerre de Libération pour ceux qu’ils l’ont faite, mais pour nos enfants, cette guerre c’est du passé, c’était il y a un siècle. Non parce qu’ils la méprisent, mais parce qu’ils sont inscrits dans une autre notion de temps. Nous n’avons pas les mêmes horloges dans nos têtes. Ils sont les enfants des réseaux sociaux et du numérique, ils parlent une autre langue que nous et nous devons apprendre à la parler si nous voulons continuer à communiquer avec eux.»

Par conséquent Slimane Benaïssa rappelle que l’on ne peut pas juger cette génération avec les a priori du passé. « Nous devons être attentifs à leur humour, à leur rire, à leur manière de porter la dérision pour mesurer leur niveau de douleur et non de méchanceté. On ne peut pas les juger de manière décalée, dépassée.

Cette façon de faire est en tout état de cause injuste, simplement par le fait qu’elle est historiquement anachronique.» « Certain de votre grandeur d’âme, de votre générosité et de votre soif de justice, je vous adresse en toute confiance cette lettre, convaincu de l’attention que vous lui accorderez», conclut Slimane Benaïssa. Lire la suite

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