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«Si les prix sont libres, ils doivent également être justes»

Publié le 28/09/2017, par dans Non classé.

Professeur et ancien ministre de l’Economie, Hocine Benissad explique l’origine de la crise budgétaire qui s’abat sur l’Algérie et affirme qu’ « il fallait s’attendre à la persistance des difficultés financières internes» à partir du moment où le Fonds de régulation des recettes (FRR) commençait à se tarir. Aussi a-t-il analysé la nature de la crise qui n’est pas sans rappeler celle qui a secoué l’Algérie au début des années 1990 et les négociations menées avec le FMI et la Banque mondiale.
– L’Algérie fait face à nouveau à des difficultés économiques qui rappellent douloureusement les années 1990 où le pays ployait sous le poids de l’endettement extérieur. On le croyait pourtant « vacciné» pour longtemps encore contre le risque d’un retour à cette situation de crise financière (ou économique) dont on peut mesurer, hélas, les dégâts notamment sur le plan social pour en avoir connu l’amère expérience…

Je ne suis pas de cet avis. Tant que le fonctionnement de l’économie dépendra de l’exportation quasi exclusive des hydrocarbures, de produits primaires, il restera fragile. Il y a donc une fragilité systémique de l’économie que le pays ne parvient pas à surmonter bien que, depuis les années 80′, on parle de la nécessité d’ériger un « après-pétrole».

– Mieux vaut tard que jamais, le gouvernement reconnaît aujourd’hui la dimension de la crise, même si beaucoup de temps a été perdu dans des considérations populistes à des fins de légitimation de politiques que l’opinion publique a pourtant décriées dès l’apparition des premiers signes de perturbation du marché pétrolier…

Le cours du baril de pétrole n’a pas cessé d’augmenter depuis 1998/99 ; devenu un des instruments de la spéculation boursière (à l’instar d’autres produits primaires), il a même atteint le niveau extraordinaire, déconnecté de l’équilibre physique du marché de 140 dollars, en juillet 2008.

Ce mouvement haussier a fasciné la plupart des pays exportateurs d’hydrocarbures qui se sont mis à investir largement dans les infrastructures (spécialement dans des pays comme l’Algérie qui avaient un déficit dans ce domaine) et aussi à redistribuer, à travers des subventions, une partie de cette rente à la population.

Cette tendance à la fascination n’est nullement nouvelle : dans le sillage de la Révolution iranienne, il y a eu un « choc pétrolier» qui a porté le prix du pétrole algérien à plus de 30 dollars le baril ; l’OPEP, éblouie par cette évolution du marché, avait estimé, en 1980, que cette hausse allait se poursuivre de manière irréversible ; j’avais tenté, en vain, de convaincre le ministre de l’Energie de l’époque que cette anticipation était erronée, à un moment où fleurissaient, notamment en Europe, les sources alternatives d’énergie (notamment l’énergie nucléaire). Deux ans après cette euphorie, entretenue par l’OPEP, s’est produit un affaissement du marché pétrolier qui a emporté, entre autres, les pays exportateurs de pétrole lourdement endettés (Nigeria, Mexique, Indonésie, etc.).

Cette crise n’est reconnue comme telle — en Algérie (pays endetté aussi et où réapparaissent de sévères pénuries) — qu’en 1986 à la faveur d’un plongeon drastique du prix du pétrole ; l’idéologie socialiste du parti unique fait alors obstacle (comme dans la Roumanie communiste de Ceausescu) au rapprochement avec le FMI, dont l’Algérie est membre depuis son indépendance.

C’est dans ce cadre, celui de la cessation de payement externe de nombre de pays en développement, que les prestations du FMI et de la Banque mondiale sont montées en puissance ; ces deux institutions (relevant des Nations unies) ont alors usé de leur assistance conditionnelle pour semer dans le monde l’orthodoxie néo-classique, les politiques économiques libérales.

Il faut, toutefois, préciser qu’en situation de cessation de payement externe, l’appel du pays débiteur au FMI, essentiellement, est le passage obligé pour conserver quelques bonnes grâces de la communauté financière internationale (Etats étrangers compris, comme l’atteste l’expérience grecque récente) pour éviter un quasi embargo, un étranglement économique et financier. Pour revenir à la situation d’aujourd’hui, il faut se rappeler que la crise des
 »Subprimes», survenue en 2007/2008 aux Etats-Unis avant de se propager au reste de la planète, a fait chuter, entre autres, le prix de produits primaires (dont le pétrole).

Depuis cette période, le cours de l’or noir conventionnel a fluctué tout en étant encore de 99 dollars en 2014 avant de décliner sous l’influence d’un concurrent : le pétrole de schiste américain (dont la production quotidienne, de 100 000 barils seulement en 2000, a dépassé les 9,5 millions de barils en 2015 ; le pétrole de schiste a bouleversé fondamentalement le marché des hydrocarbures et a détrôné l’OPEP de son rôle de régulateur du marché). Pour sauvegarder leurs parts de marché, les monarchies du Golfe ont réagi en inondant, par une offre surabondante, le marché pétrolier pour ruiner les producteurs de pétrole de schiste (à coût de production élevé) et provoquer, par la suite, un redressement des prix au profit des producteurs d’hydrocarbures conventionnels.

Bien qu’une telle posture adoptée par ces mêmes monarchies dans d’autres contextes ait échoué, il se peut que l’Exécutif ait espéré, alors, en 2014/2016, que cette stratégie réussisse et hésité à adopter prématurément des mesures à même d’être douloureuses au plan socio- économique.

– Il n’empêche, le gouvernement Ouyahia continue de finasser avec l’opinion en essayant de présenter son plan d’action, arc-bouté sur le financement non conventionnel, comme étant la panacée. Or, son choix de faire tourner la planche à billets comporte bien des risques sérieux. Quelle est votre analyse ?

Avec un cours du baril de pétrole qui a souvent été inférieur cette année à 50 dollars, prix sur la base duquel a été conçu l’actuel budget de l’Etat, il fallait s’attendre à la persistance des difficultés financières internes, surgies antérieurement. Le Fonds de régulation des recettes étant asséché pour combler le déficit budgétaire, les seules solutions sont les suivantes : outre la compression de la dépense (notamment celle de l’équipement, qui a commencé de facto en 2015), les autres solutions sont : l’augmentation des recettes par l’alourdissement de l’impôt, l’emprunt conventionnel sur le marché (qui consiste à puiser dans la masse monétaire existante en circulation), le financement externe et la création de monnaie nouvelle.

Comme trop « d’impôt Lire la suite

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