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«Si la route avait été bien faite, elle ne se serait pas effondrée…»

Publié le 21/11/2016, par dans Non classé.

Professeur en génie parasismique et numérique et président du Club des risques majeurs, Abdelkrim Chelghoum affirme écarter totalement la vétusté du collecteur des eaux pluviales dans l’effondrement d’une partie de la voie express de Ben Aknoun, à Alger. Dans cet entretien, il met en garde contre ce qu’il a qualifié de « probable colmatage» du trou.
– Quarante-huit heures après l’effondrement d’une partie de la voie express de Ben Aknoun, à Alger, pouvons-nous savoir ce qui s’est passé ?

Il faut savoir que cet incident a eu lieu après trois jours de pluie intense, sur une route qui n’est pas dotée d’avaloirs dimensionnés capables d’absorber le volume d’eau qui s’est abattu en un temps très court. Conséquence : l’eau s’est infiltrée dans les fissures du bitume. Si la route avait été bien faite, c’est-à-dire avec des couches de fondations et un corps de chaussée compact et imperméable, elle ne se serait pas effondrée.

– Cette route a été réalisée il y a plus de 30 ans et n’a jamais connu d’effondrement….

Je pense que les avaloirs existaient, mais ont été bouchés ou encombrés il y a quelques années lorsque les autorités ont refait le bitume, des deux côtés de la chaussée, pour tracer cette fameuse voie bleue. De plus, il faut savoir que les défauts d’un sol n’apparaissent qu’après des années, voire des décennies.

– N’êtes-vous pas d’accord avec ceux qui évoquent la vétusté du collecteur des eaux pluviales comme une des raisons de cet effondrement ?

Bien entendu. J’ai été sur place et j’ai vu la nature du terrain, qui est du remblai où la résistance intergranulaire est réduite presque à néant. Nous avons donc ce qu’on appelle une « petite liquéfaction». On peut dire que le sol a fini par lâcher. Si les couches de terre étaient résistantes, il y aurait eu juste un affaissement et non pas un effondrement. Je ne pense pas que ce soit la vétusté du collecteur qui est responsable. Pour moi, c’est la nature du sol et les matériaux utilisés dans la réalisation de cette route qui sont les causes de l’accident.

– Mais qu’en est-il de toute cette quantité de terre engloutie ?

En fait, quelque part, la terre a trouvé un chemin d’évasion qui ne peut être que le lit d’un oued. Emportée par les eaux, elle a fini par être évacuée. Si l’on ne respecte pas la géotechnique pour la réalisation de cette route dite superficielle, on risque de revivre le même effondrement…

– Peut-on réparer un tel effondrement en 48 heures ?

J’ai bien suivi les propos des un et des autres, mais je peux dire qu’injecter des matériaux résistants dans un corps faible comporte des risques. Ces matériaux vont créer une sorte de poussée latérale par la masse de gravats et cette force va provoquer peu à peu des affaissements. Il aurait fallu laisser la crevasse ouverte pendant quelques jours, pour bien étudier ce phénomène et après remplacer la terre engloutie par la même couche compactée. Un autre matériau risque d’engendrer un désordre structural. Il ne faut surtout pas faire dans la précipitation…

– Alger connaît de nombreux points noirs, notamment liés aux réseaux hydriques et face auxquels les autorités sont souvent impuissantes. Peut-on connaître votre avis ?

Dans les années 2000, nous avions une cartographie des réseaux hydriques souterrains. Mais depuis, nous ne savons pas ce qui a été réalisé. Pour prendre en charge un risque majeur, il faut impérativement une cartographie, qui doit être publique. Je vais souvent à Londres en raison de ma spécialité et, croyez-moi, n’importe quelle personne peut avoir accès à la cartographie de tout ce qui est souterrain, y compris celle du réseau de fibre optique. Tant que les autorités ne maîtrisent pas ce qui se trouve sous terre, elles feront à chaque fois face à des situations de catastrophe, comme celle du week-end dernier. Lire la suite

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