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Semences d’hier, récoltes de demain

Publié le 19/06/2018, par dans Non classé.

C’est une petite expérience que mène l’association Axxam n Dda Ali, avec l’écoresponsable Amar Adjili, mais elle est innovante et originale. Planter des variétés de fruits et légumes anciennes ou peu connues pour diversifier l’offre sur le marché et se réapproprier les méthodes d’agriculture pratiquées par les ancêtres : naturelles et surtout sans pesticides. « De l’eau, du soleil, du compost et beaucoup d’amour», voilà notre recette, disent ces passionnés de ce qu’on appelle aujourd’hui la « permaculture». Au moment où nos marchés, du nord au sud et d’est en ouest, proposent tous la même pomme de terre nourrie aux produits phytosanitaires, la même tomate élevée sous serre et la même pastèque, souvent arrosée avec des eaux usées, il est peut-être temps de se tourner vers une agriculture qui assure le respect de la nature et de la biodiversité, une alimentation saine et un développement durable. Récit.
Reportage réalisé par Djamel Alilat

Tout commence par une rencontre et une amitié entre Amar Adjili, écoresponsable, et l’association culturelle et éco citoyenne Axxam n Dda Ali de Tizi Rached. Amar est un militant écologiste, un écocitoyen, comme on dit aujourd’hui, très volontaire. Depuis son retour de France, son pays d’adoption, vers son pays natal, il ne cesse de nettoyer forêts, plages et quartiers menant contre la pollution et la saleté un combat digne de David contre Goliath. C’est Farid Adjaoud, le président de l’association Axxam n Dda Ali (La Maison de Dda Ali), qui raconte cette rencontre : « De facto, il y a une communion d’idées, un même constat devant la tragique situation environnementale de notre pays et l’indéfectible désir d’agir. De cette union sont nées plusieurs actions, comme le nettoyage de la forêt de Yakouren, de Tizi Rached, de Tigzirt, etc.»

Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, voilà un autre rêve commun qui prend forme. Farid poursuit son récit : « Un autre projet a germé comme une graine. Un projet qui se veut ouvert aux échanges, à la découverte, à la recherche et surtout à la réappropriation des méthodes d’agriculture pratiquées par nos ancêtres que l’on désigne aujourd’hui sous le nom savant de permaculture.»

Les choses commencent donc à se concrétiser dans le courant de l’automne 2017, lorsque Amar Adjili a la bonne idée de conclure un partenariat avec Kokopelli France, une association qui distribue des semences issues de l’agriculture biologique et de l’agriculture biodynamique dans le but de préserver la biodiversité semencière et potagère. Il obtient ainsi gracieusement une quantité importante d’anciennes semences reproductibles. « Après moult échanges, discussions et sensibilisation aux dangers de l’agriculture intensive, de l’agroalimentaire, les dangers de la malbouffe, un groupe de dix personnes bénévoles et volontaires s’est constitué pour ce projet de permaculture. Février 2018, notre équipe construit une serre avec du bois de récupération.

A partir de là, les graines ont étés semées dans des bacs noirs et installés dans la serre. Aussitôt, le jardin d’Axxam a été clôturé afin de le protéger des intrusions». Il fallait déjà préserver les fragiles plantes des griffes de Lola Max et Minouche, les chien et chat membres permanents de l’association Axxam.
« On a décidé de travailler avec Kakopelli, qui a beaucoup de légumes anciens», explique Amar Adjili. « Non seulement ils ont beaucoup de variétés, mais leurs semences sont reproductibles. Elles ne sont pas stérilisées comme celles de Vilmorin ou Mansanto et ne contiennent pas d’OGM.»

Les semences, un enjeu mondial

Le contrôle des semences est devenu un enjeu mondial depuis que des multinationales, comme le géant Monsanto, se sont mis à les privatiser, obligeant au passage les agriculteurs à s’approvisionner chez elles chaque année en semences industrielles standardisées et non reproductibles. Des voix se sont alors élevées pour dénoncer cet état de fait qui constitue une menace pour la souveraineté et la sécurité alimentaire des populations locales, ainsi que pour la biodiversité de la planète. Tout le monde sait que les semences sont la base du système alimentaire humain. Depuis le néolithique, les hommes ont développé non seulement un savoir-faire en matière d’agriculture, mais également un trésor inestimable de centaines de milliers de graines de plantes, fruits et légumes adaptés à leur environnement, préservant ainsi la biodiversité agricole mondiale. C’est ce trésor qui est aujourd’hui convoité par des multinationales afin de le privatiser et de l’accaparer.

Amar veut lutter selon ses moyens contre l’agriculture intensive qui est en train de standardiser le contenu de nos assiettes. « Quand on va dans les marchés, on ne trouve que des fruits et des légumes fades, car issus de l’agriculture intensive qui abuse de produits phytosanitaires et de pesticides. De plus, on ne trouve que la même variété, sinon deux ou trois, toujours les mêmes pour chaque légume, alors que la nature est si riche et si diversifiée. Quand on sait qu’il y a des milliers de variétés rien que pour la tomate et la pomme de terre !» dit-il.

En mars 2018, les pousses semis sont plantés dans le jardin d’Axxam. Ce dernier ne pouvant pas contenir toute la production des semis, les responsables de l’association sollicitent le voisin mitoyen pour mettre à leur disposition son champ en friche de 3000 m2 et celui-ci accepte de bonne grâce. L’association bénéficie ainsi d’un champ de 3000 m2 pour étendre ses expériences. Pour Farid Adjoud, le président d’Axxam, l’accent doit être mis sur l’aspect initial de la permaculture : techniques agricoles traditionnelles, manuelles, respectueuses de la faune et de la flore, (sans labour ni produits phytosanitaires), avec couverture végétale, associations de plantes, etc. de manière à enrichir la biodiversité du site et la fertilité du sol. L’accent est mis également sur l’autonomie en ressources afin de minimiser les frais en électricité et en eau. « En plus de la petite serre aménagée sur la terrasse de notre siège, nous avons investi dans deux citernes de 3000 litres chacune, dont une est vouée à la récupération des eaux de pluie», précise Farid.

L’équipe prend les choses très au sérieux. Tout est noté minutieusement. « Depuis le lancement de ce projet, nous nous mettons aussitôt à noter sur papier l’évolution des semis, température intérieure et extérieure de Lire la suite

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