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Schizophrénie sociale et faiblesse de l’Etat

Publié le 18/09/2016, par dans Non classé.

Décidément, la rentrée 2016 sera celle des boulettes scolaires et des guerres à couteaux tirés qui, espérons-le, ne déborderont pas du cadre des réseaux sociaux parce que porteuses de profondes dissensions.
Entre pro et anti-Benghebrit, l’insulte est la règle sur fond de bigoterie et de rejet de l’autre, à croire qu’il existe désormais deux Algérie inconciliables. Pour les promoteurs de la loi de finances 2017, les polémiques actuelles sont du pain bénit qui permettra de faire passer des dispositions antisociales, sans trop d’effort. Le pouvoir machiavélique est rompu à ces méthodes de manipulation des masses certes, tout comme les cercles impliqués dans les luttes idéologiques, à l’instar des islamistes qui font feu de tout bois pour déboulonner la ministre de l’Education nationale.

Mais le processus de régression, dans lequel est engagé le pays depuis plusieurs décennies, participe davantage à rendre vulnérable la société en neutralisant ses systèmes de défense et en mettant sur le marché des « loups solitaires», à l’instar de l’institutrice de Barika et des millions de militants en puissance, capables de déraper à la moindre occasion. En plus des hostilités extérieures, le pays est exposé, en effet, à la hausse de la production nationale en matière de nuisance.

Pour revenir à l’actualité, les enquêtes confirmeront (ou pas) les motivations des auteurs de ces méfaits en cascade qui ont ciblé le secteur de l’éducation pour permettre de les sanctionner. Mais qui pourra, en revanche, arrêter le mal produit par une armée d’Algériens issus d’une école sinistrée et formés à l’automutilation identitaire. Une armée qui a aujourd’hui des moyens presque illimités pour fabriquer chaque matin le fouet et souffrir le soir de la douleur de l’autoflagellation. Le dernier topic discuté online est un parfait exemple de cette schizophrénie suicidaire qui déroute la société : nous sommes arabes à 80%, est-il affirmé dans un ouvrage vendu en librairie à l’attention des élèves !
Une précision d’abord : le livre en question est un Atlas géographique édité voici quelques années par la maison Dar El Houda, basée à Aïn M’lila. Il s’agit d’un ouvrage parascolaire dont la responsabilité n’incombe nullement au ministère de l’Education et n’engage en fait que son éditeur.

Ce qui nous conduit à cette interrogation : l’Algérie est-elle suffisamment armée pour se défendre contre les dangers imprimés, qu’ils soient produits extra ou intra-muros ? A ce sujet, il nous vient en tête le souvenir des ouvrages de propagande intégriste introduits librement en Algérie depuis le milieu des années 1980 et vendus devant les mosquées et en librairies à des prix accessibles aux plus démunis. L’Etat algérien n’a dû réagir qu’après avoir goûté à la folie meurtrière des générations nourries aux fatwas portées par ces livres importés, en soumettant au début des années 1990 l’importation à des autorisations.

Or, ces mécanismes, renforcés du temps de Khalida Toumi, et dont la démonstration de force s’exerce au moment du Salon international du livre, sont inefficaces compte tenu des mailles desserrées à plusieurs niveaux et bénéficiant souvent de complicités. Aujourd’hui encore, la loi sur le livre attendue depuis des années tarde à voir le jour faute de textes d’application, alors qu’il y est prévu notamment de soumettre le livre parascolaire aux mêmes conditions d’homologation que le livre scolaire, pour éviter les dérapages. L’Algérie produit ses propres faiblesses en s’exposant ainsi aux dangers et l’Etat est incapable de jouer son rôle de rempart.

Le meilleur exemple est sans doute la question identitaire. Celle-ci étant sujette à des surenchères absurdes et non régulées par un consensus national est un terrain livré aux charlatans et aux aventuriers militants des causes extrémistes. Et tant que l’Etat ne prend pas ses responsabilités pour confier la tâche à une élite qualifiée et raisonnable, la question sera toujours à la merci de joutes passionnées, voire violentes. Mais loin des théories du complot, il faut sérieusement considérer cette question sous l’angle du produit de l’incompétence et l’insouciance d’une génération d’employés et d’employeurs, formée par une école sinistrée et un système fondamentalement érigé sur le népotisme et l’impunité.

A l’instar de l’affaire du manuel de géographie qui, sous réserve, peut fort bien s’avérer le fait d’incompétence d’un seul agent d’infographie, l’Atlas des éditions Dar el Houda pourrait fort bien découler de cette logique. A l’instar du béton avarié coulé dans les immeubles de Boumerdès, et des produits cancérigènes importés de Chine ; à l’instar du complément alimentaire imposé comme médicament pour diabétiques et les milliers de morts sur les routes, victimes d’une mauvaise éducation routière qu’on ne doit qu’à nous-mêmes ; à l’instar de toutes ces pratiques qui défient la raison et viennent rappeler à la société ses propres créatures, l’édition, abandonnée à des amateurs cupides et autres charlatans agissant en roue libre, ne peut que produire des incartades, qu’elles soient intentionnées ou pas et ce n’est pas le plus grave. La faiblesse de l’Etat et celle de la société ne peuvent que produire les armes de leur propre destruction, le suicide national.
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