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Santé : Les défaillances cernées par une étude sur l’offre de soins obstétricaux en Algérie

Publié le 22/09/2017, par dans Non classé.

Le décès d’une parturiente et de son bébé à Djelfa, survenu fin juillet, a fortement marqué les esprits et mis en émoi l’opinion publique nationale.
Ce drame a fini par donner lieu à une procédure judiciaire, dont le verdict tombera d’ailleurs le dans quelques jours. Aussi à l’institution d’une commission d’enquête ministérielle chargée de faire la lumière sur tous les aspects administratifs, organisationnels et médicaux liés à cette affaire.

Il s’agit, autrement dit, de dresser un état des lieux du secteur de la santé dans la wilaya de Djelfa, lequel ne saurait être dissocié de la réalité des structures hospitalières à travers le pays. L’étude réalisée par le professeur Abdelaziz Tadjeddine avait permis, en 2013, d’établir un premier état des lieux, et ce dans le cadre d’une mission ordonnée par le ministère de la Santé et financée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

L’étude sur l’offre de soins obstétricaux en Algérie, intitulée « Etat des lieux de la gamme de santé de la reproduction» s’est ainsi intéressée, entre autres, au dépistage et la prise en charge des cancers du sein et du col, le suivi de la grossesse et des soins néonatals dans les wilayas de Aïn Témouchent, Tiaret, Djelfa, Béjaïa, Jijel, Sétif, Béchar, Oran et Alger.

En préambule, le professeur Tadjeddine constate que le taux annuel d’accroissement démographique en Algérie a connu une augmentation continue en passant de 1,57% en 1998 à 2,04% en 2011, alors que le taux de fécondité a quasiment stagné en passant de 3 enfants par femme à 2,87 au cours de la même période. Selon lui, le taux de mortalité maternelle qui était de 117,4 pour 100 0000 naissances vivantes en 1999 est estimé à 73,9 pour 100 0000 en 2011.

Le défi est de faire reculer ce taux à 57,5 pour 100 0000 à partir de 2015, explique le Pr Tadjeddine. « Pour y parvenir, et en sus des progrès réalisés en matière d’accouchement en milieu assisté (95,2% en 2006), il convient d’étendre, voire de généraliser l’offre de soins obstétricaux néonatals essentiels à tous les niveaux, mais aussi, d’avoir un accès universel aux produits de santé reproductive (SR) sans rupture de stock, spécialement dans les wilayas défavorisées», préconise-t-il.

Pesanteurs socioculturelles

Les difficultés liées à l’accessibilité géographique (vaste étendue du territoire) et la persistance de certaines pesanteurs socioculturelles entravent, indique-t-il, l’accès des femmes et des filles aux services de la santé reproductive et de planification familiale, notamment en milieu rural, et limitent leur autonomisation et leur participation pleine et active dans la vie sociale et économique.

Pour mener convenablement cette étude, des questionnaires différenciés ont été élaborés pour les polycliniques, hôpitaux (CHU, EHS, EPH), les Etablissements de santé publique (EPSP), salles de soins et les Service d’épidémiologie et de médecine préventive (Semep). Au total, l’échantillonnage de l’étude a englobé deux CHU (Béjaïa et Sétif), 14 EPH, 7 EHS, 7 cliniques privées, 14 Semep, 21 polycliniques et 21 salles de soins. Aussi, 155 prestataires ont été interviewés, dont 39% sont des sages-femmes, 15,5% médecins généralistes, 16% médecins spécialistes, 13% pharmaciens, 16,5% représentant le personnel administratif.

Les résultats de cette étude ont ainsi révélé que 9 structures hospitalières sur 10 n’assurent pas d’offres de consultations prénatales et d’examens d’échographie, alors que dans 67% des structures, il existe des médecins référents en cas de grossesse à haut risque (GHR). « (…) Les missions de coopération étrangères (chinoise et cubaine) jouent un rôle important dans ce volet, c’est le cas de Sétif, Djelfa et Béchar», souligne le Pr Tadjeddine.

Pour 33% des structures où il n’existe pas de référent, les femmes sont dirigées vers le secteur privé ou évacuées vers une structure publique, citant l’exemple des évacuations effectuées à partir de l’EPH de Frenda vers l’EHS de Tiaret sur une distance de 50 kilomètres. S’agissant des hémorragies post-partum et néonatologiques, il est constaté que l’ensemble des hôpitaux visités prennent en charge ces cas d’urgence. La disponibilité de Centres de transfusion sanguine (CTS) est également prise en considération par cette étude.

67% des structures visitées par le Pr Tadjeddine possèdent un CTS, alors qu’au niveau de trois structures, ces centres sont indisponibles, à l’image de l’hôpital Aït Mokhtar de Béjaïa. Au niveau des polycliniques, une structure sur deux ne dispose pas de dispositif valide de prise en charge des hémorragies du post-partum, ce qui fait que les conditions d’évacuation ne sont souvent pas respectées : absence d’ambulance médicalisée, déficit en médicament…

Etat d’esprit des sages-femmes

Cette même étude révèle d’autres aspects intéressants relatifs à l’offre de soins obstétricaux : le rôle et l’état d’esprit des sages-femmes interviewées dans le cadre d’un groupe de discussion (Focus Group Discussion) organisé en septembre 2013 à la maternité de Sétif « Nous sommes en présence de sages-femmes qui totalisent à elles seules plus d’un siècle d’expérience. Elles sont en situation de préretraite ; toutes sont passées par les structures de protection maternelle et infantile (PMI) urbaines et rurales, constate le Pr Tadjeddine.

Toutes sont d’accord pour dire qu’elles n’ont pas été valorisées pour le travail qu’elles ont effectué. Elles assurent que la relève n’a pas été anticipée et que l’année prochaine (2014, ndlr), des unités de santé seront fermées faute de personnel.» Et d’ajouter :  » (Leurs) conditions de travail sont difficiles du fait du nombre important d’accouchements et le manque de gynécologues, outre l’absence de structures appropriées.»

A l’hôpital Mère-Enfant d’El Eulma (Sétif), lors d’un autre groupe de discussion, le cas d’une femme âgée de 37 ans, décédée à l’hôpital suite à une hémorragie du post-partum, a permis d’affiner les questions soulevées sur les causes de la mortalité maternelle et les mesures à observer pour en faire baisser le taux. Premier constat : ce cas présentait une cardiopathie qui n’a pas été suivie en consultation prénatale durant toute la grossesse, car la victime résidait à plus de 50 kilomètres d’El Eulma.

Pour les participants à ce forum de discussion, il est nécessaire de définir clairement la relation de l’hôpital avec les structures périphériques. Les parturientes, considèrent-ils, ne doivent pas être obligées d’aller vers plusieurs spécialistes dans le cas de pathologie maternelle : Lire la suite

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