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Santé : Le blues des blouses blanches

Publié le 13/10/2017, par dans Non classé.

Pointés du doigt quand il s’agit de responsabiliser quelqu’un du marasme que vit la santé en Algérie, les médecins spécialistes déplorent leur situation et dénoncent les conditions de travail auxquelles ils font face dans le secteur public. Certains affirment que l’insulte et l’agression sont devenues les seuls échanges qu’ils tiennent avec les patients.
« La santé ne sera en bonne santé que quand les hauts responsables de l’Etat décideront enfin de se soigner au pays», déclare, sous couverte d’anonymat, un médecin spécialiste de l’hôpital Mustapha Pacha, qui déplore la situation « catastrophique» dans laquelle se trouve, selon lui, le secteur de la santé en Algérie. La condamnation fin septembre dernier du Dr Ouali, gynécologue à l’hôpital de Djelfa, après le décès d’une parturiente de 23 ans et de son bébé, a remis sur la table le débat sur la santé en Algérie.

Alors qu’elle n’était pas de service et qu’elle pouvait être remplacée par un autre spécialiste, selon ses collègues, le Dr Ouali, une jeune maman envoyée pour son service civil dans cette wilaya des Hauts-Plateaux, a écopé d’une peine d' »une année de prison dont deux mois ferme» pour « négligence et établissement de faux documents». Quant à ses collègues dont deux sages-femmes, un directeur de garde et un infirmier, ils ont été condamnés chacun à « 6 mois de prison avec sursis».

Dès lors, plusieurs médias ont pointé du doigt les médecins en leur endossant toute la responsabilité du marasme que vit le secteur de la santé dans notre pays. Cette situation a provoqué l’ire de plusieurs praticiens de la santé, notamment les spécialistes qui, lors d’un sit-in organisé à l’intérieur de l’hôpital Mustapha Pacha en septembre dernier, ont « condamné cette compagne médiatique» et se sont demandé « pourquoi ces chaînes ne se sont pas penchées sur la situation des praticiens de la santé, notamment les médecins spécialistes ?» Et pourquoi « n’ont-elles pas cherché à connaître les raisons qui ont poussé le Dr Ouali a demandé un arrêt de travail de trois jours ?»

« Je compatis à la douleur de la famille de la parturiente qui est malheureusement décédée, mais je rappelle quand même que ce sont les praticiens de la santé qui ont été mis derrière les barreaux. Quand une praticienne exténuée — avec 10 gardes consécutives, tout le programme qu’elle a au niveau de l’établissement, le nombre de consultations qu’elle a réalisées et toutes les femmes enceintes qu’elle a en charge — demande à se reposer, il ne faut pas le lui refuser. Elle en a besoin.

Elle ne pouvait plus exercer, car elle était poussée au bout de ses limites. Et c’est la raison pour laquelle, elle a demandé un arrêt de travail sans spéculer autour de ce dernier pour dire s’il était de complaisance ou pas», explique Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP) (voir encadré).

Divorce

En réalité, le cas du Dr Ouali ne fait pas exception. Cette histoire de service civil continu a fait débat au sein des praticiens de la santé. Les médecins, qui ont le plus grand cursus universitaire, se trouvent après 7 ans d’étude de doctorat en médecine à faire 5 autres années pour se spécialiser.

Ce n’est pas tout, car au lieu de commencer enfin leur carrière, ces derniers sont sommés de faire le service civil qui varie entre une à trois années, selon l’endroit où ces derniers sont affectés. Cette durée est de deux ans dans le cas du Dr Ouali, jeune maman d’une fillette de 6 mois, originaire d’Alger, affectée dans la wilaya de Djelfa ; de trois ans dans la région nord et d’une année seulement dans le cas des villes de l’extrême Sud, comme Tamanrasset. C’est comme un travail dont les médecins sont redevables à l’Algérie pour les avoir enseigner gratuitement.

Ce service civil, appliqué exclusivement pour les médecins spécialistes, n’est pas à confondre avec le service militaire, car les garçons devront aussi, au côté du service civil, accomplir leur devoir national, obligatoire pour tous les Algériens. En tout, il faut qu’un médecin spécialiste ait au minimum plus de 32 ans pour pouvoir enfin commencer sa carrière dans la santé. Cette situation est plus que délicate pour les établissements sanitaires qui se vident de plus en plus par opposition à ce « dictat».

Dans la corporation, on parle aujourd’hui de 1800 médecins spécialisés qui ont quitté les établissements publics pour aller soit dans le privé soit à l’étranger. 13 500 médecins algériens font aujourd’hui travailler en France, selon les chiffres du conseil national de l’Ordre des médecins. Une gynécologue d’Alger, furieuse de la situation dans laquelle s’est trouvé son collègue, s’indigne : « Les médecins spécialistes algériens font le bonheur de la France et du Canada. Ces pays n’ont rien déboursé pour leurs études.

En Algérie, les médecins virent soit vers le secteur privé ou partent à l’étranger où ils sont mieux considérés.» Mère de famille, assurant la charge de ses enfants, cette gynécologue dit avoir été affectée, il y a quelques mois, d’Alger vers un hôpital du Sud-Ouest. « J’ai fait un recours et je peux vous assurer que je me suis rendue compte que nous étions des centaines à le faire quand je me suis présentée devant le ministère de la Santé. Je ne travaille plus depuis plus de 4 mois. J’attends la réponse de la tutelle. Je n’accepterai pas d’abandonner mes enfants», dénonce-t-elle.

Sud

La gynécologue évoque, entre autres, l’absence de la spécialité de la médecine dans les universités du Sud, c’est le pourquoi de l’obligation de la tutelle d’envoyer, selon elle, les médecins spécialistes dans cette grande région d’Algérie. « Ce n’est pas parce que cette région représente 25% de la population que l’Etat ne doit pas ouvrir la spécialité dans ses universités. De plus, il n’y a que deux centres hospitaliers universitaires (CHU) dans la région. C’est très peu et c’est désobligeant pour nos concitoyens de cette région», regrette-t-elle.

Cette question de CHU a aussi été évoquée par le Dr Elias Akhamouk, médecin et responsable à l’hôpital de Tamanrasset. Joint par téléphone, le Dr Akhamouk explique qu’il y a probablement une équitabilité en termes de moyens distribués Lire la suite

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