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Retour au calme à Béjaïa : Et maintenant ?

Publié le 07/01/2017, par dans Non classé.

La nuit a été calme à Akbou, Ighzer Amokrane, Sidi Aïch et Béjaïa-ville. L’après-émeute laisse place à des interrogations, dont celles relatives au nombre et au sort des personnes arrêtées.
Le retour au calme se confirme sur le territoire de la wilaya de Béjaïa, malgré quelques foyers de tension entretenus ça et là. Des groupes de jeunes ont tenté de relancer les hostilités avec les forces antiémeute qui ont renforcé, ces derniers jours, leurs effectifs, comme c’est le cas à Tazmalt. Quelques dizaines de jeunes se sont regroupés, jeudi vers 18h, aux alentours du siège de la daïra, où un impressionnant dispositif policier avait pris position et se sont déployés jusque dans les quartiers environnants.

Leur apparition n’a heureusement pas provoqué d’émeute. La nuit a été calme aussi ailleurs, comme à Akbou, Ighzer Amokrane, Sidi Aïch et à Béjaïa-ville. L’après-émeute laisse place à des interrogations, dont celles relatives au nombre et au sort des personnes arrêtées. Elle invite aussi à la réflexion sur ces événements inattendus et aux enseignements qu’il faut en tirer.

Ce n’est pas toutes les forces vives de la société qui se sont senties obligées de réagir. Certaines ne sont pas sorties de la sphère virtuelle de facebook tandis que d’autres sont tardives. L’APW tiendra demain une session extraordinaire, que l’on dit demandée par le nouveau wali. Elle sera élargie aux sénateurs, députés, élus locaux et à la société civile de la wilaya. Quelle en sera l’utilité maintenant que le calme est revenu ? Les étudiants, de leur côté, entendent marcher le lendemain.

Plus promptes, certaines parties ont pris soin de débattre du problème dans sa profondeur, comme l’a fait le « collectif de la société civile de la wilaya» qui s’est réuni, mardi dernier, au siège de la Laddh. L’appel, qui a sanctionné cette rencontre d’urgence, précise la toile de fond de ces émeutes : « La violence qui s’est exprimée n’est que l’expression d’un déni démocratique prôné par le pouvoir politique, notamment dans la négation des libertés d’organisation et d’expression.» Il n’a échappé à aucuns de ceux qui ont réagi aux événements que la situation a été d’autant plus grave que le souvenir des 126 victimes mortes lors des événements de 2001 est toujours vivace dans les mémoires.

« Cette situation nous amène plus que jamais à interpeller toutes les consciences et forces vives organisées (partis politiques, associations, syndicats…) pour la prise en charge des revendications légitimes de la population», interpelle le comité. Celui-ci a réuni de nombreux militants des droits de l’homme, des syndicalistes, des hommes politiques et des universitaires.

Tout ce beau monde s’est accordé à considérer que la situation a été « engendrée particulièrement par la loi de finances 2017». Et c’est « le pouvoir politique» qui est interpellé sur un certain nombre de « mesures adéquates» à prendre. Elles concernent d’abord le respect du « droit constitutionnel en tant que garant de la sécurité des biens et des personnes». Comme il est exigé plus que jamais le « respect du droit d’organisation et de manifestation» et « du droit d’expression».

Cet appel est né alors que les émeutes n’ont pas fini de faire rage et a été émis sur fond d’interrogations multiples. « A qui profite le dérapage et quelle leçon tirer de cette amère expérience ?» s’est interrogé Saïd Salhi, vice-président de la Laddh, à qui il n’échappe pas que « les scènes de violence et de destruction qui ont marqué la grève générale pacifique ont occulté le vrai débat sur la loi de finances 2017 et ses répercussions sur les droits socioéconomiques des citoyens, sur le pouvoir d’achat, l’augmentation des prix et les acquis sociaux menacés par cette loi». Il met en valeur des points précis qui ressortent de la situation, comme le fait que la grève n’a pas été suivie à l’échelle nationale et qu’elle l’a été à Béjaïa, « malgré les menaces et intimidations des pouvoirs publics et la démarcation des syndicats des commerçants».

« La grève a été faite en dehors des cadres organisés de la société civile ou politique, l’adhésion de la population a surpris plus d’un, néanmoins elle traduit le déficit de dialogue, de confiance, le malaise, la peur et l’incertitude», relève-t-il. Le constat est aussi que « la loi de finances et l’augmentation des prix, les droits socioéconomiques sont absents de cette épreuve». Saïd Salhi considère, à juste titre, qu’il y a « des questions [qui] s’imposent et doivent nous interpeller tous».

Parmi elles : « Maintenant que le calme est relativement revenu et tant mieux que les citoyens aient répondu à l’appel de la société civile, que la grève générale ait été interrompue, la loi de finances est toujours là et, bien évidement, les menaces sont toujours là. Quelle sera la réponse des pouvoirs publics ?» Ou cette autre question qui fait suite aux réactions des autorités accusant une « tentative de déstabiliser le pays». Mais le vice-président de la Laddh s’interroge si « c’est la grève qui est la menace alors qu’elle est l’expression d’un malaise, ou la loi de finances et le plan d’austérité qui menacent réellement la stabilité et la cohésion du pays».

Parce qu’il y a une double crise « économique et de gouvernance», « un débat sérieux, un dialogue effectif doivent être ouverts par les pouvoirs publics dans la société et avec les acteurs de la société civile pour éclairer l’opinion et reconstruire la confiance et les liens de solidarité nationale, remobiliser toutes les ressources du pays pour passer le cap sans grands dégâts. L’effort national doit être relevé par tous et toutes équitablement», recommande Saïd Salhi. En attendant que les dernières poches de tension s’estompent dans la wilaya, il est espéré des réponses des décideurs.
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