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«Repousser l’endettement jusqu’à l’usure n’est pas une bonne politique»

Publié le 03/03/2016, par dans Non classé.

– Le Premier ministre a indiqué que le retour de l’Algérie à l’endettement extérieur n’est pas immédiat tant que les équilibres sont maintenus. D’après vous, quelle est la marge de manœuvre dont dispose encore l’Algérie avant d’emprunter à nouveau le chemin de l’endettement ?

Cela dépend de quelle Algérie on parle. Si le Premier ministre vise le gouvernement, il est évident qu’il a de quoi tenir le coup, du moins jusqu’à épuisement total du FRR et de la possibilité de recours à la dette publique interne, soit un exercice et demi au plus devant lui.

Pour ce qui est de la balance des paiements, on peut couvrir nos dépenses en devises sur les réserves de change au moins durant trois exercices, ce qui aura pour conséquence de réduire la valeur du dinar et, par ricochet, l’impact futur des dépenses publiques sur ces mêmes réserves par effet de dévaluation, mais en même temps un renchérissement des investissement et des matières de base industrielles importées pour toute activité locale, tout en laminant le pouvoir d’achat des couches inférieures des salaires, impactant le rendement général des structures économiques et administratives du pays.

Mais si nous estimons que l’Algérie c’est aussi le secteur économique productif, il est visible au vu des capacités de financement limitées de l’économie productive par nos banques régulièrement ponctionnées par les politiques gouvernementales de dépenses et appelées à couvrir tout ou une partie de la dette publique interne, il est évident qu’un recours au crédit concessionnel ou au crédit acheteur est non seulement impératif dans l’immédiat mais ne représente dans les faits aucune gêne ni danger pour l’avenir économique du pays, pour peu que ces crédits soient consentis par les banques et autres organismes financiers à des entités productrices fiables et viables, sur la base d’un plan d’investissement et d’une étude de rentabilité établie par l’entité nationale demanderesse de financement et bien étudiée par l’entité étrangère créancière ou partenaire potentielle.

Pour les infrastructures publiques d’utilité économique, un recours à des crédits à long terme garantis par l’Etat et à des taux d’intérêt raisonnables aura pour effet de soulager et les finances publiques et la balance de paiement de dépenses immédiates.

– Excepté l’endettement extérieur qui, pour bien des experts et anciens responsables, est une erreur à ne pas commettre une seconde fois, quels sont, d’après vous, les autres moyens de financement de l’économie sur lesquels pourrait s’appuyer l’Algérie en cette conjoncture ?

Considérer que le retour à l’endettement est une erreur à ne pas commettre est un jugement de valeur qui n’offre pas l’alternative à un manque de ressources qui pointe à l’horizon proche, et l’alternative interne n’est pas fiable dans la mesure où l’émission de titres ou autres obligations internes ne tient pas la route au vu de la situation de l’épargne nationale des ménages (qui est justement laminée par la dévaluation) et de l’absence de confiance réciproque entre les détenteurs potentiels de capitaux non identifiés et l’Etat, pour permettre le recyclage de ces fonds dans l’économie productive ou le financement des déficits publics.

Dans les faits, la mobilisation de l’intégralité des liquidités du pays inemployées dans la sphère réelle visible ne générera au plus que 2000 milliards de dinars et la ponction de toutes les ressources destinées à l’économie chez nos banques publiques ne pourra générer que le même montant en dinars, soit 4000 milliards, donc un déficit public d’un seul exercice.

Cette manœuvre sur le court terme ne pourra se faire qu’au prix de la ponction des réserves de change de l’équivalent de ce montant pour les acquisitions ainsi couvertes en dinars par l’épargne interne. Si nous parlons d’investissement, en l’état actuel de la production nationale de biens et services, tout dinar mobilisé en épargne interne appellera son équivalent en dollar et nous ramènera à la case de départ qui consiste à choisir entre un endettement extérieur ou une ponction des réserves de change.

– Le Premier ministre a annoncé également le lancement d’un grand emprunt obligataire dans les semaines à venir à un taux attractif de 5%. Le marché financier peut-il constituer une alternative ?

Cet emprunt obligataire est censé faire appel aux fonds détenus par les particuliers, toutes catégories confondues, et, pour les raison invoquées plus haut, il ne pourra pas drainer cette épargne déjà usée par la faiblesse du pouvoir d’achat et l’inflation actuelle et à venir. On ne peut pas demander aux gens de placer de l’argent à 5% alors que la valeur de la monnaie locale est menacée par des dévaluations en cascade en cas de résorption des réserves de change, ce qui sera sûr si l’on ne recourt pas à l’endettement externe.

Pour les petits épargnants, cela ne paraît pas gratifiant, surtout que notre société a été tenue à l’écart des marchés financiers durant des décennies par une politique qui relève plus de la distribution de bons de ravitaillement que de la politique monétaire ; pour les grosses épargnes locales, qui ont une origine connue et visible, elles seront investies par leurs détenteurs dans leurs propres projets et affaires, et l’autre devra déjà être identifiée pour être utilisée et ce serait miraculeux vu la nature des fonds et des détenteurs présumés.

De toutes les manières, si les obligations émises sont destinées à financer des dépenses dont personne ne veut, ou ne peut comprimer et réorienter vers des secteurs productifs de plus-values réelles, ce sera autant de devises à dépenser en contrevaleur vu que tout finira au port pour l’acquisition de biens équivalant à ces montants.
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