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Repère : L’Algérie virtuelle et l’Algérie réelle

Publié le 15/02/2018, par dans Non classé.

C’est un pur concentré du large fossé qui sépare le pouvoir et la société que nous a livré en live la chaîne privée Echorouk News, lundi soir, avec un débat autour du thème d’actualité sur la grève des médecins résidents. Le président du parti Al Karama, Benhamou, connu pour ses positions pro-pouvoir, était face à deux jeunes médecins résidents (un homme et une femme) qui lui ont donné la réplique avant de céder la place à d’autres invités qui se sont relayés sur le plateau : le chef du service CPMC de l’hôpital Mustapha, le professeur Kamal Bouzid, un responsable syndical représentant les hospitalo-universitaires du secteur public, le représentant du conseil de l’éthique de Blida et d’autres participants qui ont tous exprimé de manière claire et sans ambages leur soutien aux revendications des grévistes.

Les téléspectateurs qui ont suivi le débat ont pu déceler, dans les propos et analyses des participants, deux Algérie que tout sépare. D’une part, l’Algérie virtuelle que s’échinait à défendre avec un enthousiasme débridé le président du parti Al Karama, qui ne se connaît aucune limite dans la glorification des réalisations du pouvoir sous le règne de Bouteflika, vantant les scanners de dernière génération dont se seraient dotés nos CHU, les hôpitaux implantés dans toutes les wilayas du pays, la démocratisation et la gratuité dans l’accès aux soins…

D’autre part, l’Algérie réelle, sans fard, mutilée, meurtrie, décrite à travers le prisme du secteur de la santé par les praticiens présents sur le plateau. Les témoignages des médecins ayant pris part au débat, puisés de leur vécu professionnel avec photos à l’appui, exhibées par la représentante des médecins grévistes au débat montrant des structures hospitalières insalubres, en déshérence, des équipements à l’abandon, n’ont pas réussi à faire descendre de son nuage laudateur le président du parti Al Karama.

Bien évidemment, à l’occasion, l’argument du pouvoir et de ses satellites qui crient au complot et à la main de l’étranger à chaque fois qu’un mouvement social éclate, est servi avec le même ton vociférant mêlant menace, paternalisme de mauvais aloi et leçon éculée de patriotisme. A l’unisson, les médecins présents à l’émission, du plus haut gradé jusqu’aux jeunes résidents, ont rejeté ces accusations qui les ont fait sortir de leurs gonds et de leur réserve.

Même le professeur et chef de service du CPMC, Kamal Bouzid, connu pour sa retenue et sa discrétion, a eu du mal à garder son sang-froid et son calme devant les graves accusations portées par ce chef de parti contre l’action des médecins résidents. Incontestablement, devant les périls qui menacent le pays, conséquence de la mauvaise gouvernance aggravée par les effets de la crise économique et financière, le cercle de la contestation, au début limité aux catégories sociales et professionnelles subalternes, gagne désormais des sphères décisionnelles, des postes de commandement.

Bravant leur hiérarchie, de hauts responsables n’hésitent pas, en effet, au péril de leur carrière, à se mettre en avant, comme l’ont fait de nombreux chefs de service émérites du secteur de la santé, qui se sont impliqués avec force conviction pour soutenir leurs jeunes confrères grévistes.

La peur des représailles, l’arme fatale de l’administration, est transcendée par les luttes citoyennes qui dessinent les contours de l’Algérie nouvelle, où l’Algérien n’a pas besoin, pour faire entendre sa voix et sa détresse, de faire grève, de couper des routes, de s’immoler, de recourir aux radeaux de la mort en quête d’un avenir meilleur.
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