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Réforme de l’école : Les langues otages des luttes idéologiques

Publié le 17/10/2016, par dans Non classé.

Pour cette rentrée scolaire, les critiques se sont concentrées sur la volonté prêtée à la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, d’imposer le français et de supprimer graduellement l’enseignement de l’arabe. Le courant antiréformes qui a sonné le tocsin après la désignation de la ministre, en mai 2014, est composé d’islamistes B.C.B.G, de députés de la même tendance, de syndicalistes auxquels s’est vite joint l’ancien collègue de la ministre, l’inénarrable Amar Ghoul, et même Tahar Hadjar.
Pour la nouvelle rentrée scolaire, les critiques se sont concentrées sur la volonté prêtée à la ministre d’imposer le français et de supprimer graduellement l’enseignement de l’arabe. Le courant anti-réformes qui a tôt sonné le tocsin après la désignation de la ministre en mai 2014 est composé d’islamistes BCBG, de députés de la même tendance, de syndicalistes auxquels s’est vite joint l’ancien collègue de la ministre, l’inénarrable Amar Ghoul, et même Tahar Hadjar.

Les détracteurs de la ministre ont réussi à avoir le soutien de Abdelfattah Hamadache Zeraoui, le sulfureux prédicateur du quartier du Télémly (Krim Belkacem, Alger). Dans une vidéo postée sur sa page facebook, le président d’un obscur Front de la Sahwa salafiste libre d’Algérie a menacé le gouvernement de « faire sortir les Algériens dans la rue» si le nouveau programme scolaire n’est pas retiré. « Ou vous retirez cette réforme, ou nous allons mobiliser la population et les associations pour le soutien à la langue arabe», a-t-il gueulé, l’index levé.

L’agitation, amplifiée par les erreurs constatées dans les manuels de 2e génération, n’a pas cessé malgré les démentis de Mme Benghebrit et de son responsable, Abdelmalek Sellal sur « la langue arabe (qui) reste la première langue d’enseignement adoptée dans l’enseignement des autres matières». Mme Benghebrit a même adressé une lettre aux membres de l’association des Oulémas réunis à Koléa pour rappeler son attachement aux « constantes nationales» dans le cadre tracé par la loi d’orientation de 2008, elle-même inspirée du rapport de la commission Benzaghou installée par le président Abdelaziz Bouteflika.

Le débat sur l’utilisation des langues a ressurgi ces dernières années, après le long intermède de l’ancien ministre de l’Education, Aboubakr Benbouzid. Si durant longtemps des voix portées par les défenseurs de la langue arabe, à l’instar de Abdallah Cheraït, Athmane Saâdi et Ahmed Bennamane s’étaient concentrées sur la généralisation de l’arabe et les « dangers» du bilinguisme et de l’enseignement berbère, ces derniers mois une autre question s’est superposée avec insistance à la première : quelles langues étrangères devront apprendre les enfants ?

Pour de nombreux promoteurs de l’arabe, l’anglais doit désormais être privilégié dans l’enseignement aux dépens du français. Membre de l’initiative lancée à Kouba (Alger) pour la révision du système éducatif, et porte-parole de l’organisation des parents d’élèves, Samir Lksouri défend sur les réseaux sociaux et sur les plateaux de télévision la « primauté» de l’anglais et la place de l’arabe. « Il n’est pas dans notre projet d’exclure la langue française, mais il s’agit pour nous de procéder par ordre d’intérêt.

La langue anglaise est parlée par 1,1 milliard d’humains, contre seulement 220 millions pour le français. Donc, notre choix est vite fait», résume dans une déclaration à El Watan Lksouri qui propose, sans trop de détails, trois étapes pour permettre la généralisation de l’anglais : sonder d’abord les Algériens, « déjà acquis à l’anglais», inverser les tranches horaires au profit de l’anglais, et recruter les gens qualifiés pour son apprentissage.

Ces derniers jours, une polémique à fleurets mouchetés a agité les réseaux sociaux après le post d’une enseignante de Barika (Batna) qui a défendu, devant ses élèves, l’usage généralisé de la « langue du Paradis (l’arabe)». Des internautes se sont empressés de saluer les propos
« sensés» de la jeune enseignante, alors que d’autres ont réagi en dénonçant un discours raciste et injurieux envers une partie de la population nationale.

Genèse d’une aliénation

L’agitation sur les langues que doivent apprendre les Algériens à l’école de la République n’est pas nouvelle, mais s’est imposée au lendemain de l’indépendance. Après la phrase malheureuse du président Ben Bella qui a déclaré par trois fois à l’aéroport de Tunis en avril 1962 : « Nous sommes des Arabes, des Arabes, des Arabes !», l’Etat algérien a décidé d' »algérianiser» l’éducation par la généralisation de l’utilisation de la langue arabe fousha (classique) aux dépens des langues maternelles (l’arabe parlé et le tamazight). Défenseur de cette politique, dont un bilan sérieux n’a pas été fait par ses propres promoteurs, Taleb Ahmed Ibrahim a lancé l’arabisation après sa désignation comme ministre de l’Education sous Boumediène.

Excepté le court intermède Mostefa Lacheref, désigné comme successeur du fils du président de l’Association des oulémas, les pouvoirs publics ont craint de remettre en cause la sacro-sainte décision d’arabiser au pas de charge l’école sans tenir compte des spécificités linguistiques des populations amazighophones. Selon Gilbert Gandguillaume, spécialiste de l’arabisation et auteur d’un ouvrage de référence sur cette politique, estime que « la réintégration de la langue arabe écrite dans le cadre de l’arabisation correspondait à une nécessité de rééquilibrer les références culturelles de l’Algérie suite à la longue colonisation.»

Dans une déclaration à El Watan, l’auteur de Arabisation et politique linguistique au Maghreb, affirme que la réalisation de cette politique s’est montrée « déficiente» pour plusieurs raisons : les mesures étaient improvisées pour des raisons politiques et idéologiques sans accompagnement pédagogique, il y avait une visée monolingue tendant à éliminer le français alors que celui-ci aurait pu l’appuyer (comme ce fut le cas en Tunisie au début de l’indépendance), mais aussi une hostilité non affichée mais réelle aux langues maternelles parlées tant l’arabe que le berbère. Durant les années 90′, les autorités ont fait voter une loi sur la généralisation de la langue arabe (16 janvier 1991) et après une année de boycott des écoles en Kabylie, elles ont été contraintes de reconnaître la composante berbère de la population.

La loi sur l’arabisation a été finalement gelée et tamazight n’a été enseigné que dans les régions berbérophones. Après l’arrivée de Abdelaziz Bouteflika au pouvoir en 1999, une décision a été prise pour « réformer l’Education». Installée en mai 2000, la Commission nationale de la réforme du système éducatif (CNRSE), appelée aussi Lire la suite

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