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Rabeh Sebaa anthropologue : Les chiffres annoncés sur le chômage manquent de crédibilité

Publié le 22/01/2017, par dans Non classé.

ElWatan.com revient sur les récents chiffres publiés sur le chômage (voir présentation), en sollicitant l’avis de Rabeh Sebaa, professeur d’anthropologie culturelle, sociologue-essayiste. Selon lui, ces chiffres là  » manquent de crédibilité car ils ne reposent pas sur  » des projections prospectives…Notre spécialiste se penche aussi sur notre rapport au travail en tant qu’Algérien.

Malgré toutes les fois où on annonce tel ou tel chiffre sur le chômage, nous n’arrivons toujours pas à avoir une visibilité sur le chômage en Algérie, encore moins sur le profil du chômeur potentiel. Pourquoi à votre avis ?

Non seulement il n y pas de visibilité mais le chômage a toujours été entouré d’une épaisse opacité. La raison tient prioritairement au fait qu’il a toujours été considéré comme une question d’ordre politique et non comme une réalité essentiellement économique. Des les années soixante dix, le système bureaucratico-socialiste l’a traité par le déni. Une économie prétendument planifiée ne pouvait tolérer une telle tare qui sonne comme un aveu d’échec. Et ce déni se poursuit.

Les chiffres annoncés manquent eux même de crédibilité car l’Office National des Statistiques et les autres structures censées fournir des données chiffrées reçoivent régulièrement des instructions pour les édulcorer. Dans ces conditions, il est difficile de connaître le profil du chômeur, tant réel que potentiel, dans la mesure où cette connaissance suppose des études soutenues du terrain, conjuguées à des projections prospectives qui font drastiquement défaut dans l’univers bureaucratique des institutions étatiques.

Quel rapport entretient-on avec le travail?

Problématique. Il faut remonter aux premières années de l’indépendance pour déceler les prémisses de cette problematicité. Les grandes liesses populaires de la liberté retrouvée ont consacré également la sourde perplexité de l’accès à la responsabilité historique du  » droit aux problèmes. Et notamment l’urgence de travailler et de produire qui a été collectivement différée, pour ne pas dire renvoyée aux calendes grecques.

La période du dessein socialiste a aggravé ce report avec le glacis du bureaucratisme public, corolaire d’un secteur économique étatique, véritable matrice de la paresse nationale. La fameuse  » mentalité d’assisté, tant décriée, prend ses racines dans le déficit chronique de la conscience de l’obligation de travailler. L’Etat providence étant omniprésent pour pourvoir à tout. Et la mentalité spécifiquement algérienne du  » droit à tout a la peau très dure. Elle ne fait guère bon ménage avec l’effort ou le labeur comme valeurs sociétales partagées.

La débrouillardise caractérise aujourd’hui la notion du travail chez nous dans le sens où en plus du travail déclaré, de nombreuses personnes multiplient des boulots par ci par la pour arrondir les fins de mois. Cela est symptomatique de quoi ?

D’une économie en total dérèglement. Il suffit de voir l’importance prise par le secteur informel pour comprendre le sens et la portée de cette  » débrouillardise qui est symptomatique d’une absence drastique des leviers de contrôle et donc de régulation des flux et reflux économiques. Le recours à des tâches multiples  » pour arrondir les fins de mois n’est pas forcément fondé sur un appât du gain. Dans la plupart des cas, il est le signe d’une volonté de survie face à une inflation galopante et une monnaie continuellement dévaluée. Ce recours se faisant nécessité et parfois urgence, ayant pour cadre naturel le chaos d’une économie totalement déstructurée, conjuguée à une absence permanente d’autorité.

Est-ce que le travailleur algérien connait ses droits ?

Toute une batterie de textes est supposée les régir. Mais la connaissance de ces derniers par le travailleur algérien n’est pas une nécessité. La raison d’exister des syndicats est bien de les faire connaitre et surtout de veiller à les faire respecter. Mais quand on sait que le syndicat principal, en l’occurrence l’UGTA, est l’appendice structurel du pouvoir, le travailleur algérien n’a strictement aucune prise sur son propre réel et encore moins sur le moindre droit en rapport avec ce réel. Ce syndicat étouffoir est le premier à les bafouer. Dans l’arrogance et l’impunité.

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