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Quand un acteur parle

Publié le 30/06/2017, par dans Non classé.

Témoignage de première main d’un acteur en vue de la Révolution. En exil au Maroc où il s’occupait de sa briqueterie, Mohamed Boudiaf a décidé de détailler les préparatifs du 1er Novembre, à l’occasion de la célébration du 20e anniversaire du déclenchement de la Guerre d’Algérie.

Publié une première fois par le journal du PRS, El Jarida (Paris, 1974), le texte d’une centaine de pages a été réédité en 2010 chez Dar El Khalil (Alger) par son frère Aïssa Boudiaf qui y a adjoint l’entretien qu’il a accordé à El Khabar Hebdo.
Le document est un témoignage fort intéressant d’un acteur de cette période qui a été à la manœuvre (organisation spéciale, CRUA, groupe des 22 et des 6, etc.).

Boudiaf commence par expliquer ses objectifs : « Répondant aux désirs des militants du parti et certainement à celui de tous les Algériens épris de vérité, la commémoration du 20e anniversaire du 1er Novembre 1954 sera pour moi l’occasion de reprendre l’histoire de cette époque, des contacts, des discussions, des démarches, de l’organisation, en un mot des circonstances réelles dans lesquelles est née l’insurrection algérienne.»

Pour le rédacteur, « bon nombre de personnes étrangères à ces événements ont écrit et continuent de le faire en déformant, par intérêt ou par ignorance, les faits attribuant à des gens des rôles qu’ils n’ont pas joués, idéalisant certaines situations et passant d’autres sous silence, refaisant l’histoire après coup». Les chercheurs ne manqueront pas de se référer lorsqu’ils traitent de cette période dont beaucoup d’acteurs n’ont pas pu — mort au combat — ou voulu rédiger leurs témoignages.

La Préparation du 1er Novembre, Dar El Khalil, Alger, 2010, p. 111.

Quand Boudiaf assène ses vérités

Parfois des titres connaissent une meilleure fortune que les livres eux-mêmes.
Le livre de Mohamed Boudiaf Où va l’Algérie ? en fait partie. Publié une première fois aux éditions Librairie de l’Etoile (Paris, 1964), il sera réédité au début des années 1990 après avoir été diffusé en samizdat.

La jeune maison d’édition Tafat (ex-Belles-Lettres), installée à Béjaïa, l’a mis à la portée des lecteurs sous un format poche (2013).
Genèse du texte : enlevé par les hommes liges de Ben Bella, Boudiaf raconte dans le détail les journées de captivité. Amar Benbelaïd, étudiant et militant du PRS témoigne : « Le manuscrit a été envoyé dans le secret à des militants du PRS en France en septembre, soit deux mois avant sa libération (novembre 1963, ndlr). Quand Boudiaf fut libéré, nous étions en train de mettre la dernière main à la rédaction du manuscrit qu’il nous a fait parvenir du lieu de sa détention et qui relatait dans ses moindres détails, sa mise au secret depuis son enlèvement jusqu’à la veille de sa libération. Le soir même nous l’avions eu au téléphone et nous lui avions témoigné notre joie de le savoir enfin libre et de nouveau à sa place parmi nous.

Nous décidâmes de surseoir à la publication du livre pour lui permettre d’y ajouter une analyse politique et économique de la situation de l’Algérie et de le terminer par des propositions concrètes qui viendraient compléter la plateforme du PRS.» Le rédacteur, qui parle de ses privations, ne s’est pas retenu pour commenter l’actualité qu’il suivait sur un poste radio (crise du FFS, tensions avec le Maroc, démission de Abbas, etc.). L’auteur a consigné également des observations qui gardent, malgré la distance qui nous sépare de cette période de l’histoire de l’Algérie indépendante, toute leur force.
Mohamed Boudiaf, Où va l’Algérie ?, Tafat, P.250, 2013.

Boudiaf, l’enfant du Hodna

La ville de M’sila a connu une effervescence politique. La population indigène comme coloniale avait ses choix bien arrêtés : formations colonialistes, Parti communiste algérien (PCA), Association des oulémas, Amis du Manifeste algérien (AML), et plus tard PPA/MTLD. Birem Kamel, enseignant à l’université de M’sila, a consacré une étude sur l’activité nationaliste dans sa région du Hodna, tirée de sa thèse de doctorat. S’appuyant sur un fonds archivistique important (Archives Outre-mer d’Aix-en-Provence, Quai d’Orsay, Armées de terre-France, etc.), l’ouvrage permet de suivre les activités menées par les différents groupes organisés en « nadi» (club), ou suivant des personnalités en vue.

Né à Ouled Madhi à M’sila dans une famille déclassée, Mohamed Boudiaf fera ses premières armes dans ce milieu particulier. Après des études arrêtées en cinquième des cours complémentaires, il devient fonctionnaire successivement à Constantine et Jijel (service des contributions). Incorporé dans l’armée française en 1942 pendant la Seconde Guerre mondiale, il en sort avec le grade de brigadier-chef d’artillerie. A la fin de la guerre, il rejoint le parti MTLD/PPA (fin 1945) et en devient l’un des responsables à Bordj Bou Arréridj.
Fin 1947, il est chargé de créer une section de l’organisation para-militaire – Organisation spéciale (OS). Recherché en 1950 après le démantèlement de l’OS, il est jugé et condamné par contumace pour ses activités militantes. En 1952, il est chargé de l’organisation de la Fédération de France du MTLD.

En mars 1954, il forme le CRUA, avant d’être élu lors de la réunion des « 22» comme responsable du Comité révolutionnaire. Il quitte l’Algérie en octobre 1954, pour rejoindre la délégation extérieure. L’avion de la compagnie Air Atlas-Air Maroc qui le conduit avec quatre des leaders de la Révolution est détourné en octobre 1956 sur Alger. A l’indépendance, il s’oppose à Ben Bella. Né le 23 juin 1919, il sera arrêté le 21 juin 1963. Il connaîtra une fin funeste le 29 d’un autre mois de juin (1992).

Birem Kamel, Le Mouvement national dans la région de M’sila (1900-1954), Dar El Awtan, Sidi Moussa, Alger, 2012, p.203.
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