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Quand l’oued Tamanrasset se réveille

Publié le 26/08/2016, par dans Non classé.

Les pluies saisonnières qui s’abattent chaque année sur la wilaya de Tamanrasset ont causé, cette fois-ci, des dégâts considérables et fait de nombreuses victimes. La Protection civile en a déjà enregistré quatre. El Watan Week-end s’est déplacé sur les lieux pour s’enquérir de la situation
« 27 personnes ont été prises en otages par oued Tamanrasset lors de son dernier débordement, le 10 août. Elles se sont retrouvées subitement cernées par les eaux, mais nos services de la Protection civile, qui sont intervenus à temps, ont fini heureusement par les sauver.» Le lieutenant Ahmed Ben Anesbaghor, chargé de la communication de la direction de la Protection civile de la wilaya de Tamanrasset, rencontré dans son bureau, affirme qu' »il n’y a rien d’inhabituel dans ce qui s’est passé». « Cet oued emporte des vies chaque année. Le lendemain de cet incident, nos services ont repêché les corps de deux personnes noyées dans ses bassins d’eau. Mais la saison ne fait que commencer.

Le bilan peut s’alourdir dans les jours à venir», s’inquiète le lieutenant dans un entretien accordé à El Watan Week-end. Le problème est que, géographiquement parlant, l’oued Tamanrasset, d’une largeur de plus de 50 m, traverse le centre-ville de la wilaya. Les habitants rencontrés ici racontent que ces eaux sont saisonnières. « Entre juin et août, elles reviennent chaque année pour rafraîchir nos terres arides durant le reste de l’année», expliquent-ils. Afin d’épargner la population des inondations qu’il cause souvent, les autorités locales ont fini par construire un mur de protection tout le long de l’oued. Mais devant la force de ce dernier, en ce mois d’août torride, une partie de la muraille n’a pu tenir et s’est effondrée, laissant ainsi les eaux envahir les deux bords, emportant tout sur leur chemin.

Marchands

Au marché Safsaf du centre-ville, adossé à ce mur de protection, plusieurs marchands se comptent parmi les sinistrés. Ici, dans cette partie de la ville appelée Gataâ El Oued, une grande superficie du souk est exploitée par les migrants nigériens. Ces derniers proposent différents services, dont la restauration, la vente de vêtements issus de la fripe, la coiffure, etc. De l’autre côté, on y trouve des marchands de légumes et des artisans dont la plupart sont des Touareg. Ces derniers fabriquent surtout des produits traditionnels de la région, comme les épées et les couteaux. Abdellah Alamine, 50 ans, père de 7 enfants, est l’un de ces artisans sinistrés.

Forgeron de métier, une profession qu’il décrit avec passion, il avoue être encore terrifié : « Nous ne l’avons même pas vu venir. Nous avons été surpris par ces eaux en furie et beaucoup d’entre nous n’avaient même pas le temps de fuir. Moi, j’ai tout de suite mis mes outils de travail à l’intérieur du magasin d’un ami.

Heureusement que je l’ai fait, car l’oued a même emporté nos enclumes qui pèsent environ 50 kg chacune.» Son ami, vendeur de charbon et de bois, Omar Ouled Mini, père de 5 enfants, raconte aussi cet épisode avec beaucoup d’amertume. Ne connaissant pas son son âge, qu’il situe entre 60 ans et 65 ans, ce Targui a perdu toute sa marchandise ce jour-là. « Je travaille dans ce marché depuis plus de dix ans et je n’ai jamais vu cet oued couler avec autant de force, témoigne-t-il. Il a déjà débordé en juillet dernier, mais il n’était pas aussi fort.»

Inondations

Dans cette région du Sud, où la principale activité reste le commerce transfrontalier et le tourisme, le travail se fait de plus en plus rare, après la dégradation de la situation sécuritaire aux frontières et la fermeture de ces dernières par l’armée algérienne. Pour subvenir aux besoins de sa famille, Omar se retrouve obligé de revendre, à 2000 DA, des sacs de charbon de 50 kg qu’il achète à 1800 DA, et du bois à 450 DA, acheté aux bédouins de la région à 250 DA. Mais depuis les dernières inondations, Omar a tout perdu. « Il m’a emporté au moins 50 sacs de charbon et tout le bois que j’avais. Je n’ai rien pu faire à part sauver ma peau. Cela me fait mal d’avoir perdu toute ma marchandise. J’ai été obligé de tout recommencer à zéro», fulmine-t-il. Mais si l’oued est désavantageux pour beaucoup, ce n’est certainement pas le cas pour les enfants de la région pour qui chaque débordement des eaux est un événement.

lll Devant l’absence de structures adéquates, comme les piscines communales, un projet qui tarde d’ailleurs à décoller, selon les témoignages recueillis sur place, les enfants de Tamanrasset ne trouvent que les eaux bloquées pour se rafraîchir durant l’été qui s’annonce chaud. Les routes qui relient les deux bouts de la ville à travers oued Tamanrasset ont été détériorées par ce dernier. Mohamed Ben Dehane, la quarantaine, activant dans une association locale, explique que les chauffeurs des véhicules et des camions « ne prêtent même pas attention à l’état des routes» car, selon lui, « ces derniers ont pris l’habitude de prendre des chemins impraticables et difficiles d’accès pour se déplacer à l’intérieur de cette plus grande wilaya algérienne du Sud».

Piscine

« Hormis les routes qui relient les grandes circonscriptions, comme In Guezzam, aucune autre n’est goudronnée en dehors du centre-ville. Ici, les routes sont quasiment inexistantes, ce qui rend difficile voire impossible les déplacements entre les villages, confie Mohamed. Dans certaines régions, les habitants se trouvent obligés d’emprunter des chemins tracés par eux-mêmes. Ce sont des routes impraticables traversées par des oued secondaires, comme celui du Hoggar. Pendant cette période, les villageois se trouvent bloqués pendant plusieurs jours. Les autorités tardent à prendre sérieusement ce problème en charge malgré les réclamations des habitants des villages, dont celui de Azarnane, à 30 km au nord-est de Tamanrasset.» A Tamanrasset, la chaleur devient insupportable, particulièrement dans l’après-midi. Les traces des dégâts causés par les dernières inondations laissent indésirable toute circulation sur l’oued Tamanrasset, pourtant convoité par les habitants. Un château d’eau nouvellement rénové a été carrément déplacé par les eaux qui ont même emporté des plaques métalliques impossibles à faire bouger.

Il n’y a que Lahcen et une dizaine de Lire la suite

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