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Quand la vie politique algérienne se transforme en champ de mines

Publié le 12/10/2016, par dans Non classé.

A quelques mois des élections législatives, prévues pour le printemps prochain, suivies des élections locales de l’automne, la scène politique algérienne ressemble à un champ de mines.

La sortie fracassante et intempestive du secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Amar Saadani, qui continue à régler ses comptes avec l’ancien patron des services, le général de corps d’armée Mohamed Médiene, dit Toufik — accusé d’être derrière les événements dramatiques de Ghardaïa, les révoltes des chômeurs à Ouargla et les manifestations antischiste d’In Salah —, et vilipende son prédécesseur, Abdelaziz Belkhadem, et l’opposition, une présidence de la République qui sort de ses tiroirs un ancien membre de la direction du parti Ennahda pour le proposer à la présidence de la commission chargée de surveiller les élections, une rentrée sociale difficile, une inflation galopante, un déficit budgétaire qui se creuse de plus en plus, des oulémas qui devisent sur les poupées sexuelles — une étrange polémique créée par certains milieux islamistes — et érigent le sujet en préoccupation nationale, et un ministre des Affaires religieuses qui alerte sur la dangerosité des sectes qui s’installent dans le paysage algérien, il y a vraiment de quoi s’inquiéter.

Et il y a réellement de quoi s’inquiéter des sombres perspectives que laissent entrevoir « la misère politique» du secrétaire général du FLN, de la ténacité et du cramponnement des tenants du pouvoir à rester en place en dépit de l’échec qu’ils ont produit et de l’éventail des menaces sécuritaires et sectaires que les responsables du pays ne cessent de mettre en avant. L’Algérie semble assise sur une véritable poudrière et rien, pour l’instant, ne semble présager d’une décantation salutaire.

La crise économique et l’impasse politique — induites pour la première par l’épuisement de la rente pétrolière et la chaotique gouvernance du système mis en place par le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, et pour la deuxième par l’absence de l’alternance politique et la suppression des contre-pouvoirs — continuent de plomber un pays coincé dans une multitude de problèmes et qui se retrouve sans perspective ni visibilité.

L’approche des prochaines échéances électorales auraient pu donner lieu, d’ores et déjà, à des débats de fond en cela qu’elles pourraient bien constituer une issue à la crise à travers le retour à un processus électoral régulier et libre. Mais les choses semblent d’emblée mal engagées. D’abord par la guerre des chiffonniers qui se met petit à petit en place. Ensuite le climat de tension extrême induit par l’entêtement de l’Exécutif d’accéder aux plus légitimes revendications de l’opposition. Le premier a déjà fait son choix de créer sa propre commission de surveillance des élections, les partis de l’opposition réclament une commission indépendante.

L’enjeu du rendez-vous électoral du printemps prochain est de taille. Se tenant dans un contexte caractérisé par une inévitable guerre de succession à la présidence de la République, les législatives de 2017 se profilent comme une étape décisive pour les tenants du pouvoir qui ne veulent visiblement rien céder. Et telles que les choses s’annoncent, rien n’est moins sûr que la tenue d’une élection régulière et propre. La proposition d’un « islamiste», Abdelwahab Derbal, un ancien du parti Ennahda — qui depuis 1999 a intégré les rouages du pouvoir, à la tête de l’instance chargée de surveiller les élections —, n’emballe guère les partis de l’opposition.

Elle est même perçue comme une manière malsaine d’anticiper les appréhensions d’une grande partie de la classe politique, en engageant des consultations autour de la nomination de M. Derbal. Le pouvoir, qui a fait déjà son choix en introduisant dans la Constitution une disposition portant création d’une instance de surveillance des élections et a défini lui-même son mode de nomination, est soupçonné d’être à la recherche au moins d’un semblant de consensus autour de ses décisions. Proposer un islamiste « maison» n’est pas aussi innocent.

La suspicion est telle que l’opposition n’y voit pas un signe de bonne volonté mais plutôt une manœuvre qui alourdit encore plus le climat politique dans le pays. C’est dans ce contexte de crise intenable, de guerre de positions, d’échanges et de déclarations à l’emporte-pièce, de graves accusations, qu’intervient la rentrée politique et sociale et se préparent également les élections législatives et locales de 2017.
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